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Comment la CIA a effacé la mémoire de citoyens canadiens durant la guerre froide

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A Montréal, des victimes d'un programme secret et illégal de la CIA demandent justice. Venus se faire soigner dans un institut psychiatrique cautionné par les autorités canadiennes, des centaines de patients ont subi un lavage de cerveau expérimental pour le compte de l'agence de renseignement américaine.

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C'est une réunion, unique en son genre, qui se tient à Montréal ce dimanche 20 mai 2018, plus d'un demi siècle après les faits, inimaginables à l'époque, qui se sont déroulés dans cette même ville. Des faits relatés dans une enquête de Radio-Canada.

Malgré le temps écoulé, les larmes, le désespoir et la colère gagnent les participants, des victimes et leurs familles.  Tous sont venus  raconter les blessures irréparables infligées dans les années 1950 et 1960 par l'Institut Allan Memorial de Montréal. C'est alors un centre psychiatrique de premier plan du pays. Mais des centaines de patients qui vont y séjourner sont soumis à une traitement inhumain : un lavage de cerveau visant à effacer la mémoire d'une personne pour ensuite la reprogrammer et la manipuler.

A leur insu, les patients sont plongés dans le sommeil pendant des jours voire des semaines, ingurgitent des drogues hallucinogènes expérimentales comme le LSD sans le savoir, écoutent en boucle des messages sur le comportement et subissent des séries d'électrochocs.

Souffrant de troubles psychologiques et de dépression, ils étaient venus se faire soigner et ont payé pour subir un tel traitement.

Leur bourreau est une sommité de la psychiatrie. Le Docteur Ewen Cameron, médecin d'origine écossaisse, professeur au sein de l'université anglophone Mc Gill, dirige l'Institut Allan Memorial.

En réalité, il utilise ces patients comme des cobayes pour mener des expériences secrètes et illégales pour le compte de la CIA. C'est le projet MK-Ultra développé par l'agence de renseignement américaine. Un projet inscrit dans le contexte de la guerre froide et à des fins militaires. 

Les conséquences sont désastreuses pour les victimes, détruites par ces traitements, et leurs familles, brisées. Depuis, les indemnisations ont été délivrées au compte-goutte. Moins d'une dizaine de patients l'ont été par la CIA au départ, et environ 70 autres par le gouvernement fédéral canadien dans les années 1990 qui leur a octroyé 100 000 dollars, pour " des raisons humanitaires". D'autres règlements à l'amiable ont pu être accordés au cas par cas.

Aujourd'hui, c'est une démarche collective qui anime les victimes et leurs familles, réunies à Montréal. Elles réclament de l'Etat fédéral des compensations pour tous et des excuses publiques.