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Conférence des donateurs pour le Liban : "C'est le statu quo, rien n'a changé dans le pays"

Illustration. Habitants du village de Aïn Qana (sud du Liban), le 22 novembre 2020. <br />
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Illustration. Habitants du village de Aïn Qana (sud du Liban), le 22 novembre 2020. 



 
AP Photo/Mohammed Zaatari

Emmanuel Macron a tenu sa promesse. Comme il s’y était engagé lors de sa visite au Liban en septembre, le président français a ouvert ce mercredi 2 décembre à Paris une deuxième conférence internationale d’aide d’urgence pour le Liban, quatre mois après l’explosion dévastatrice survenue dans le port de Beyrouth. Cette visioconférence était co-présidée par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, en présence des chefs d’état, des organisations internationales, des bailleurs de fonds et des représentants de la société civile libanaise. Que faut-il en retenir ? Le Liban peut-il sortir de la crise ? Entretien avec Antoine Basbous, politologue et directeur de l’Observatoire des pays arabes (OPA).

TV5MONDE : Qu’est-ce qui ressort de cette nouvelle conférence de donateurs pour le Liban ? 

Antoine Basbous : Je dirais deux constantes. Tout d’abord, il y a une une constante libanaise. C’est le statu quo, rien n’a changé, malgré les promesses, la catastrophe économique, humanitaire, et financière du pays. L’autre constante, c’est que le président français Emmanuel Macron tient sa promesse, il ne désespère pas alors qu’il y a tout pour le faire désespérer. On sert de l’aspirine au Liban. La France collecte comme la Croix-Rouge internationale de l’aide humanitaire, qu’elle confie non pas au gouvernement libanais en qui elle n’a aucune confiance mais aux ONG qui distribuent directement aux populations nécessiteuses. 

TV5MONDE : Est-ce qu’une aide financière a été promise avec un montant ?

Antoine Basbous : A ma connaissance il n’y a pas encore eu de communiqué là-dessus. Mais je crois que la conférence du mercredi 2 décembre s’inscrit dans le prolongement de celle du 9 août 2020 qui a dépassé la promesse qui avait été envisagée, qui était de 250 millions d’euros. En fait, ce sont 280 millions d’euros qui ont été délivrés aux ONG au profit de la population libanaise. 

TV5MONDE : Les exigences de la France sont-elles toujours les mêmes ? Une aide financière en échange de la formation d’un gouvernement et de la mise en oeuvre de réformes structurelles ?

Antoine Basbous : Les conditions de la France mais aussi de la Banque mondiale, du Fonds Monétaire International et la communauté internationale, sont que des réformes structurelles puissent avoir lieu, qu’un gouvernement voie le jour au Liban, mais pas avec des "mafieux". Et ces conditions-là n’ont pas été tenues pour que la communauté internationale se penche sur les aides structurelles au Liban et contribue à redresser les structures de ce pays. Pourquoi ? Parce que tout est entre les mains des mafias libanaises, tout est entre les mains d’un parti d’une milice qui est aux ordres de l’Iran et qui gouverne le Liban pour le compte de Téhéran. 
Par conséquent, tant que la mafia et le bras armé de l’Iran tiennent la place, il n’y aura pas d’aide internationale à ce pays. En attendant, la France mène le combat pour garder ces naufragés la tête hors de l’eau au lieu de s’enfoncer, de sombrer et de créer une nouvelle crise à l’est de la Méditerranée.

A re(voir) : Un audit de la Banque centrale du Liban ?

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TV5MONDE :  Plus de trois mois après la démission du Premier ministre Hassan Diab, le Liban est toujours sans gouvernement. Selon vous, est-ce que le Liban peut sortir de la crise ?

Antoine Basbous : Le Liban ne peut pas rester dans la crise parce que la corde s’est totalement usée et qu'elle va lâcher, et que ce sera la catastrophe. Mais évidemment, tous les "mafieux" se sont associés pour garder le statu quo pour ne rien lâcher. Ils ne peuvent pas envisager de quitter le pouvoir et que leurs successeurs fouillent dans leur passif. 
C’est la raison pour laquelle l’audit de la Banque du Liban n’a pas pu avoir lieu parce que tout le monde bloque la situation étant donné que tout le monde est coupable, et s’est servi au passage.

Avec cette classe politique libanaise il n’y a rien à attendre. Je dirais que s’il doit y avoir un vrai changement, ce serait une révolution, une autre classe politique qui voit le jour, mais est-ce le moment ? Je l’ignore. N’est-il pas préférable de voir la fin de la milice (Hezbollah) qui contrôle le pays avant de trouver une solution ? Je ne sais pas. Mais en tout cas la situation d’aujourd’hui est doublement bloquée. D'un côté par une milice qui contrôle tout ce qui concerne la souveraineté, la défense, la politique de paix ou de guerre, les finances, les frontières et le gouvernement. Et de l’autre côté il y a une classe politique mafieuse qui se sert et se partage le gâteau. Tant que ces deux constantes sont présentes, il n’y a pas de solution au Liban.

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