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Conflit israélo-palestinien : le président Biden ne change rien au positionnement diplomatique américain

Joe Biden, alors vice-président des Etats-Unis, et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en 2010.
Joe Biden, alors vice-président des Etats-Unis, et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en 2010.
Ariel Schalit / AP

Le conflit israélo-palestinien prend de l’importance au Congrès américain. Malgré des vues divergentes au sein du parti Démocrate, le président Biden ne devrait pas changer le positionnement américain dans la région : les États-Unis restent un soutien indéfectible d’Israël tout en maintenant leur statut d'unique médiateur entre Israël et Palestine.

Depuis son élection à la présidence, Joe Biden n'a eu de cesse de rompre avec son prédecesseur. Farouchement pro-israélien, Donald Trump est le premier président américain en activité à s'être rendu au Mur des Lamentations. Il a déménagé l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et affirmé être "ami" avec Benjamin Nétanyahou. L'ex-président refusait la solution à deux Etats, poussant l'Autorité palestinienne à rompre le dialogue avec les États-Unis.

Joe Biden aussi est pro-israélien. "Il n'y a pas de changement dans mon engagement pour la sécurité d'Israël, point à la ligne. Pas de changement du tout", insiste le président américain lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche le 21 mai le jour d'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, le mouvement islamiste palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza. Et d'ajouter : "Le changement est que nous avons toujours besoin d'une solution à deux Etats. C'est la solution". Si Biden marque sa différence avec Trump, il est aussi confronté à une nouvelle génération d’élus démocrates qui le poussent vers une approche plus nuancée. La jeunesse du parti n’hésite pas à critiquer ouvertement la politique israélienne. Alors, Joe Biden, comme à son habitude, cherche des compromis.

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Au Congrès américain, plus de diversité pour plus d’opinions

Traditionnellement, Israël jouit d’une popularité indéfectible des deux bords de l’échiquier politique américain. Républicains et Démocrates sont unis derrière un même discours : Israël se défend légitimement face au Hamas, une organisation considérée comme terroriste aux États-Unis. De plus, beaucoup d'Américains voient en Israël une terre sacrée. Les élus veulent satisfaire leur électeurs. “Pour la frange évangélique du parti Républicain, c’est une terre sainte à protéger”, analyse Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis et auteur de plusieurs livres sur la politique américaine.  Avec 40% d’électeurs évangéliques et 70% d’électeurs pro-Trump, le parti Républicain ne changera pas de si tôt sa ligne de conduite. L’évolution se situe du côté des démocrates. “Et à la gauche des Démocrates, il y a la branche ‘Bernie Sanders’ qui défend les droits des Palestiniens”, conclut-il.

Les élus démocrates font un parallèle entre le traitement des Afro-américains et les Palestiniens : pour eux il s’agit d’une question de droits humains

Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis

"Palestinian Lives Matter”, écrit Bernie Sanders. Par cette phrase, le sénateur du Vermont (sur la côte nord-est des Etats-Unis) engagé à l'aile gauche du parti Démocrate, conclut ainsi sa tribune publiée dans le New York Times publiée le le 1er mai. Le texte fait écho au mouvement Black Lives Matter. Pour Jean-Eric Branaa, cette analogie explique pourquoi le conflit prend de l’importance aux États-Unis : “Les élus démocrates font un parallèle entre le traitement des Afro-américains et les Palestiniens : pour eux il s’agit d’une question de droits humains”. Le 20 mai, Bernie Sanders annonce qu'il présentera prochainement une résolution au Sénat afin de bloquer la vente de 735 millions de dollars d’armes à Israël. Si aujourd’hui, “il est plus entendu que les autres” sur ce conflit, c’est aussi parce que ce double candidat aux présidentielles, “est juif et qu’il critique les politiques israéliennes”, affirme M. Branaa. Mais surtout, “son rôle est clé car il réinvente la gauche américaine et qu’il est suivi par d’autres élus", selon le spécialiste des États-Unis. 

Bernie Sanders au Congrès lors du discours des 100 premiers jours de la présidence Biden.
Bernie Sanders au Congrès lors du discours des 100 premiers jours de la présidence Biden.
Michael Reynolds/AP

En 2021, 23% des membres du Congrès sont des personnes issues des minorités. Ils n’étaient que 11% en 2000 et 1% en 1945. Autrement dit, les membres du Congrès n’ont jamais eu des origines aussi diverses. Et les points de vue aussi se multiplient. Un groupe de trois nouvelles élues, appelé “The Squad” par les médias américains, est la figure de proue de cette nouvelle génération Démocrate. Rashida Tlaib, élue du Michigan d’origine palestinienne, Ilhan Omar, élue du Michigan et réfugiée somalienne, et Alexandria Ocasio-Cortez, élue de New York, font partie de l’aile gauche du parti à l’instar de Bernie Sanders. Toutes les trois sont publiquement engagées contre la politique israélienne en Palestine.

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“Le Congrès ne s’intéresse pas trop à la politique étrangère historiquement”, selon Jean-Eric Branaa. Pourtant, les choses changent. Le 19 mai dernier, 138 élus démocrates sur les 219 élus à la Chambre des Représentants ont signé une lettre demandant au président Biden de faire pression sur Israël et le Hamas afin d’atteindre un cessez-le-feu. “Du jamais vu”, d'après Hasni Abidi, politologue à l’université de Genève. “Joe Biden a pratiqué une politique d’évitement par rapport à la question mais il n’a pas résisté à la pression des élus qui l'ont poussé à prendre publiquement position”, explique-t-il. 

Rashida Tlaib, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Alexandria Ocasio-Cortez, nouvelle génération d'élues démocrates progressistes.
Rashida Tlaib, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Alexandria Ocasio-Cortez, nouvelle génération d'élues démocrates progressistes.

Retour au statu quo d'avant Donald Trump

“Biden fait du Biden en ce moment, c’est-à-dire qu’il fait de la diplomatie et cherche des compromis”, d’après M.Branaa. Même s’il est resté discret sur la question depuis son élection, il a indiqué à plusieurs reprises que son gouvernement reconnaissait l'Autorité palestinienne et son chef Mahmoud Abbas comme autorité légitime des Territoires palestiniens.Tout le contraire de Donald Trump, dont les agissements ont poussé M. Abbas à annoncer que les États-Unis n’était plus le médiateur du conflit israélo-palestinien. Joe Biden cherche à restaurer le dialogue rompu depuis le début de la présidence Trump.

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“Le gouvernement fait tout pour que le pays reste le seul acteur légitime”, d’après Hasni Abidi. Les États-Unis sont déterminés à maintenir leur monopole sur les négociations entre Israël et Palestine. Le pays a en effet rejeté plusieurs résolutions de l’ONU depuis le début du conflit. "Cela montre que les Américains veulent maintenir leur exclusivité dans la médiation du conflit”, selon M. Abidi. La première résolution rejetée était une déclaration condamnant les violences au Proche-Orient. La deuxième prévoyait d'appeler à une cessation des hostilités et à un accès humanitaire.

Pour autant, la marge de manoeuvre des Américains est très limitée en Palestine. “Le gouvernement ne discute qu’avec l’Autorité palestinienne qui elle-même n’a qu’une influence limitée sur les Territoires”, explique-t-il. En effet, le gouvernement Biden, à l'instar de ses prédécesseurs, considère le Hamas comme une organisation terroriste. Problème, le Hamas est plus influent que l’Autorité palestinienne, surtout dans la bande de Gaza.

“Joe Biden n’est pas le président du changement”, conclut M. Abidi. Un exemple est sa première déclaration concernant le conflit. M. Biden a insisté sur la légitime défense israélienne sans en dire beaucoup sur une possible reprise des négociations. Une prise de parole “décevante” pour le politologue suisso-algérien. Même si la position américaine “est évolutive”, elle ne devrait pas changer fondamentalement dans la région. Joe Biden rompt avec Donald Trump, mais pas avec ses prédécesseurs.

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