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"Convois de la liberté" : contre les restrictions sanitaires, une fronde internationale ?

Manifestant d'un "Convoi de la liberté" à Nice (Sud-Est de la France) le 9 février 2022.
Manifestant d'un "Convoi de la liberté" à Nice (Sud-Est de la France) le 9 février 2022.
© REUTERS/Eric Gaillard REFILE - QUALITY REPEAT

Inspirés par deux semaines de mobilisation au Canada, des manifestants se mobilisent en France et en Nouvelle-Zélande contre les restrictions imposées par les gouvernements pour endiguer la pandémie de Covid-19. Estampillés "convois de la libertés", ces mobilisations s'enrichissent parfois, comme en France, de revendications nationales. À quelques semaines de la présidentielle, la campagne en sera-t-elle bouleversée ?

À moins de deux mois de la présidentielle française, le second souffle du mouvement des Gilets jaunes va-t-il trouver sa source au Canada ? 

Refus du pass vaccinal, mais aussi essence et électricité trop chères, colère contre Emmanuel Macron.... À écouter les manifestants français des "Convois de la liberté", les revendications sont en partie les mêmes qu’il y a trois ans quand apparurent les rassemblements de Gilets jaunes sur les ronds-points. Ces rassemblements se propageront ensuite puis chaque samedi dans les rues des grandes villes de France? Ces revendications sont toujours présentes mais elles se sont enrichies du ras-le-bol lié à la situation sanitaire et aux mesures contraignantes prises par le gouvernement pour tenter de la résoudre.

Plusieurs cortèges sont en effet partis dès mercredi de Nice, Bayonne ou Perpignan dans le sud de la France avec la ferme intention de rallier Paris.

Selon les organisateurs, il s’agit clairement d’un point de rencontre entre la mobilisation antigouvernementale des "gilets jaunes" et celle des opposants au passe sanitaire.

Interdictions de se rendre sur Paris

Tous prévoient de se retrouver à Paris vendredi soir avant de rallier Bruxelles pour une "convergence européenne" lundi 14 février. Les autorités belges ont toutefois décidé de leur interdire l'accès de la capitale, faute d'en avoir fait la demande. 
À Paris, la préfecture de police a également annoncé l’interdiction de cette mobilisation pour "risques de troubles à l'ordre public". Le préfet a donné "des consignes de fermeté" aux policiers et promis que "les participants seront verbalisés".
 

Des mouvements politiques, souvent radicaux, ont cherché à capitaliser sur cette lassitude.

Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement français

Environ 1.600 personnes ont été comptabilisées jeudi. C'est ce qu'ont indiqué des sources policières à l'AFP, soulignant que le mouvement est fluctuant et que beaucoup de participants ne font que quelques étapes.

Interrogé mercredi, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a estimé que l'exécutif était "lucide, parfaitement conscient qu'il y a une lassitude vis-à-vis de cette épidémie et des mesures" de restriction. "Il y a plus que quelques centaines de milliers de personnes qui en ont marre de vivre avec ce virus", a-t-il ajouté, dénonçant "des mouvements politiques, souvent radicaux, (qui) ont cherché à capitaliser sur cette lassitude".

Le ministre des Affaires européennes s’est, lui, voulu beaucoup plus véhément, s’attirant les foudres d’opposants sur les réseaux sociaux.


Au sein de l’opposition politique, la candidate RN Marine Le Pen dit "comprendre" le mouvement tandis que le numéro 2 de La France insoumise, Adrien Quatennens, a "encouragé les Insoumis qui souhaitent y aller".

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Un mouvement apparu au Canada

Fin janvier, c'est dans la capitale fédérale du Canada, Ottawa, que le mouvement est apparu.

Depuis bientôt deux semaines, la capitale canadienne est l'épicentre d'une contestation partie des routiers du pays opposés à l'obligation vaccinale pour passer la frontière américaine. Des centaines de camions occupent ainsi les rues du centre d'Ottawa, une situation "hors de contrôle" d'après le maire de la ville, qui a décrété l'état d'urgence.

"Nous vous avisons que quiconque bloque les rues ou aide d'autres personnes à les bloquer pourra être poursuivi" et "est susceptible d'être interpellé", a prévenu la police canadienne, qui a aussi menacé de saisir des véhicules alors que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a appelé à mettre un terme à l'occupation des rues d'Ottawa qui dure depuis fin janvier.

"Les blocages, les manifestations illégales sont inacceptables" et ont "un impact négatif pour nos commerces, nos manufacturiers", a-t-il dit devant les députés.

Tensions à Wellington

En Nouvelle-Zélande, le mouvement a là aussi trouvé un écho.

Des centaines de campings-cars et de camions ont bloqué mardi le quartier du Parlement à Wellington. La plupart sont partis après 24 heures mais un noyau dur est resté, déterminé à s'y maintenir "aussi longtemps que nécessaire".

Ce jeudi 10 février, des heurts ont éclaté près du Parlement à Wellington entre la police et des manifestants anti-vaccin. Une centaine de personnes ont été arrêtées.
Les policiers ont reçu des coups de poing et de pieds. Des slogans tels "Ce n'est pas la démocratie", "honte à vous" ou encore "Abandonnez l'obligation" ont été scandés.
Les autorités ont fermé l'enceinte du Parlement, ce qui se produit très rarement, pour éviter que les manifestants ne reçoivent de renfort.

La police a avancé dans l'enceinte du Parlement, mais s'est repliée derrière des barricades en fin d'après-midi, alors que les manifestants applaudissaient et criaient victoire. L'évacuation pourrait prendre des jours selon le commandant de la police de Wellington qui accuse certains militants d'utiliser les enfants comme boucliers humains pour tenir la police à l'écart.