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COP26 : un sommet marqué par l'absence de nombreux pays du Sud

Des enfants portent des sacs sur leur tête en traversant des champs inondés à côté de Malualkon au Sud-Soudan le 20 octobre 2021. 
Des enfants portent des sacs sur leur tête en traversant des champs inondés à côté de Malualkon au Sud-Soudan le 20 octobre 2021. 
AP/ Adrienne Surprenant

De nombreux pays du Sud ont décidés de ne pas se rendre à la COP26, notamment après avoir rencontré de (trop) nombreux problèmes logistiques. Visas toujours en attente, restrictions de voyage selon certaines provenances... l’inclusivité soi-disant recherchée par les organisateurs ne sera pas le maitre-mot lors de cette édition.

« Cette COP sera extrêmement blanche et privilégiée. » Asad Rehman, membre du mouvement pour la justice climatique Coalition COP26 est résigné. Dans un article du Guardian, il se désole de l’absence de nombreux pays du Sud : « Les négociations de cette COP vont être excluantes. Cette année, la logistique a été très mal gérée. Ceux qui sont le plus affectés par le dérèglement climatique seront, comme à chaque fois, mis sous silence et exclus. »

Il y a 10 jours, les deux tiers des représentants des îles Pacifiques avaient déjà annoncé qu’ils ne se rendraient pas à Glasgow. Un constat qui semble aujourd’hui partagé par une grande partie des pays dits du Sud.

Dans l’histoire des COP, les pays les plus vulnérables et les plus pauvres sont systématiquement sous-représentés par rapport aux grosses délégations des pays occidentaux. 

Cécile Marchand du mouvement citoyen sur le climat ANV-COP21

Vaccins, quarantaine et loyer hors de prix


« Dans l’histoire des COP, les pays les plus vulnérables et les plus pauvres sont systématiquement sous-représentés par rapport aux grosses délégations des pays occidentaux », souligne Cécile Marchand du mouvement citoyen sur le climat ANV-COP21, jointe à TV5MONDE. « Mais cette année, c'est encore pire ».

La première raison invoquée serait celle de la vaccination. Le gouvernement britannique avait assuré que tous les délégués qui avaient fait la demande d’une vaccination seraient vaccinés d'ici le début de la conférence. « Une promesse qui n’a pas été tenue. » assure Cécile Marchand, « tout comme celle qui avait été faite d’aider à financer les campagnes de vaccination dans les pays les plus vulnérables pour pouvoir assurer que tout le monde soit vacciné avant novembre. »

Par ailleurs, les conditions de voyage et de quarantaine selon les provenances, ont été dernièrement l’objet de modifications régulières. « Pour certains pays, les règles de voyage liées au Covid ont changés à la dernière minutes, ou oblige à fournir des tests qui sont parfois introuvables dans certains pays, affirme la militante. Concernant la question des visas, le département de l'immigration britannique ne s’est pas du tout montré coopérant auprès de beaucoup de personnes qui avaient pourtant fait leurs demandes depuis très longtemps ». 

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Enfin, les coûts des habitations temporaires auraient explosé, notamment lié à une mise en place d’une sous-traitance. « La COP26 a délégué l’offre des chambres d’hôtels à une entreprise qui gère toutes les accommodations officielles de la COP. Pour réserver, il faut donc passer par cette entreprise qui a réservé au préalable l’entièreté des chambres d'hôtel de Glasgow et qui a fait exploser les prix. Pour deux semaines on peut se retrouver avec une facture de 12 000 livres. Des prix inaccessibles pour une majorité de pays.» se désole la militante.

Une absence aux lourdes conséquences


Ce manque de représentativité ne date pas d’hier pour certains. Lidy Nacpil, du mouvement climatique et de justice fiscale des peuples asiatiques sur la dette et le développement déclare dans le Guardian : « Les obstacles liées à la vaccination et aux visas sont les principales raisons de notre absence. Mais les conférences internationales ont aussi toujours été dominées par des pays riches et des interets économiques. »

Leur absence ne fera que renforcer les logiques de domination et les positions dominantes des pays occidentaux. 

Cécile Marchand du mouvement citoyen sur le climat ANV-COP21

Pour Lidy Nacpil, « étant donné la participation mineure des pays du Sud, la COP26 ne nous mènera en aucun cas à une justice climatique. » La prise de conscience des conséquences climatiques parait de fait plus évidente auprès de pays qui en subissent déjà les conséquences. Selon Cécile Marchand du mouvement citoyen sur le climat ANV-COP21 : « Leur absence ne fera que renforcer les logiques de domination et les positions dominantes des pays occidentaux. Cela importera aussi les solutions mises en oeuvre. Souvent avec les pays du Nord, on se retrouve avec des solutions ultra techniques comme les marchés carbones qui sont très compliqués à mettre en place. » 

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Une demande de report avait même été formulée par une coalition de plusieurs ONG il y a encore un mois, afin mettre en place les meilleurs conditions pour assurer la venue de tous les pays. Une demande qui avait été refusée par les organisateurs de la COP. « Cela fait un an que l'on sait que les conditions pratiques allaient être compliquées. Ils avaient un an pour s’assurer qu'il y ait des chambres d'hôtel à prix abordable à Glasgow. C’est clairement une question de manque de volonté politique. » s’agace la militante qui appuie le propos de son confrère. « Sur le papier, la COP disait qu'elle voulait être inclusive alors qu'on va, en effet, assister à une COP des plus blanches et des plus dominés par les pays riches. »