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Corée du Nord : un arsenal nucléaire et militaire de plus en plus sophistiqué

Un écran de télévision montre une image du lancement du missile "monstre" Hwasong-17, par la Corée du Nord, à la gare de Séoul à Séoul, en Corée du Sud, le samedi 19 novembre 2022.
Un écran de télévision montre une image du lancement du missile "monstre" Hwasong-17, par la Corée du Nord, à la gare de Séoul à Séoul, en Corée du Sud, le samedi 19 novembre 2022.
AP Photo/Ahn Young-joon

Ce dimanche, Kim Jong Un a récompensé les militaires et scientifiques impliqués dans le développement du nouveau Hwasong-17, surnommé le "missile monstre" par les analystes militaires. Une arme, qu’il dit être "la plus puissante du monde". Entre tirs de missiles balistiques et déclarations fortes, Pyongyang mobilise tout un arsenal militaire, de plus en plus sophistiqué.

Si jusqu'à présent, les tirs de missiles nord-coréens étaient analysés comme des provocations ou des réponses à l'activité conjointe de Séoul et Washington dans la région, Kim Jong Un semble être entré dans une nouvelle phase. Il entend posséder "l'armée la plus puissante du monde". Un changement de stratégie qui ponctue des années à développer un arsenal militaire de plus en plus puissant.

Les prémices… et la bascule

Si la Corée du Nord a lancé son programme d'armement dès la fin des années 1960, son premier essai balistique connu, lui, date de 1984. Le missile lancé, adapté du Scud-B soviétique, a une portée estimée de 300 kilomètres.
Pyongyang effectue un certain nombre d’essais jusqu’à la fin des années 1990, mais on parle, alors, toujours de missiles à courte portée. 

C’est en 1998 que le le Taepodong 1 est testé comme lanceur spatial, pour la première fois (2 500 km de portée estimée). Avec cet essai, la Corée du Nord ouvre la porte à des tirs de missiles à longue portée.
Photo d'archive du Taepodong 1.
Photo d'archive du Taepodong 1.
Agence de presse centrale coréenne/Service de presse coréen via AP Images
Les décisions de Pyongyang vont d’ailleurs dans ce sens, quelques années plus tard. En 2003, les nord-coréens annoncent leur retrait unilatéral du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Deux ans plus tard, le pays annonce officiellement produire des armes nucléaires. Une bascule qui fait passer la Corée du Nord dans une toute nouvelle dimension en quelques années.
 

Les premiers essais nucléaires

Si en 2005, la Corée du Nord s’engage à ne pas se nucléariser, dans la déclaration commune des pourparlers à six (États-Unis, Chine, Corée du Sud, Corée du Nord, Japon et Russie), Pyongyang confirme les inquiétudes américaines et mène son premier essai nucléaire souterrain en 2006.
Le Conseil de sécurité de l’ONU sanctionne immédiatement le pays, notamment en gelant un certain nombre d’actifs financiers.

L’année suivante, Pyongyang s'engage à geler son programme puis à démanteler ses installations nucléaires en échange de fourniture d'énergie et de garanties de sécurité. Le pays s’engage à fermer la centrale de Yongbyon. Une fermeture confirmée par l’AIEA. 

Pourtant, pas moins de deux ans plus tard, le pays réalise le deuxième essai nucléaire de son histoire. Là encore, le Conseil de sécurité de l'ONU décide de sanctionner Pyongyang et exige des pourparlers.
Cela n’empêche pas les nord-coréens de tester le Taepodong 2. La propulsion de ses engins balistiques s'améliore (6 700 km de portée estimée, soit près de 3 fois plus que le premier modèle) et la menace s’accroît. 
 

La mort de Kim Jong-il, un tournant

Kim Jong-il décède le 17 décembre 2011. Son fils, Kim Jong Un prend les rênes du pays. Un tournant, puisque dès lors, le nouveau chef d’État multiplie les tirs et renforce son programme balistique. 
En 2017, Pyongyang passe dans une nouvelle dimension. Le pays teste, pour la première fois, des missiles intercontinentaux.
Un homme regarde un écran de télévision montrant le tir du missile balistique intercontinental Hwasong-15, à la gare de Séoul, en Corée du Sud, le jeudi 30 novembre 2017.
Un homme regarde un écran de télévision montrant le tir du missile balistique intercontinental Hwasong-15, à la gare de Séoul, en Corée du Sud, le jeudi 30 novembre 2017.
AP Photo/Ahn Young-joon
Ils sont désormais capables d'atteindre la quasi-totalité du globe, puisque la portée du Hwasong-15 est estimée à près de 13 000 kilomètres. 

2018, l’année de l’apaisement

La menace plane, notamment sur les États-Unis qui décident d’entrer en négociations avec la Corée du Nord en 2018. Cette même année, des gestes historiques sont faits. 
Parmi eux, la première rencontre bilatérale entre les deux Corées depuis 2007, ou encore la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un. 
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, à gauche, et le président américain Donald Trump se serrent la main avant leur rencontre sur l'île de Sentosa, à Singapour, le 12 juin 2018.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, à gauche, et le président américain Donald Trump se serrent la main avant leur rencontre sur l'île de Sentosa, à Singapour, le 12 juin 2018.
AP Photo/Evan Vucci
Cette année-là, les exercices américano-sud-coréens sont suspendus et aucun tir n'est effectué par Pyongyang.
 

Donald Trump ne suffit pas

Après leur rencontre à Singapour, Donald Trump et Kim Jong Un se retrouvent 8 mois plus tard, à Hanoï, au Vietnam.
Le jeudi 28 février 2019, les deux leaders se quittent sans avoir réussi à se mettre d’accord pour signer une déclaration conjointe portant sur la dénucléarisation, la paix sur la péninsule coréenne et un assouplissement des sanctions de l’ONU visant la Corée du Nord.
Donald Trump se dit pourtant "optimiste pour l’avenir", notamment parce que Kim Jong Un le promet : il ne testera "pas de missiles ou de fusées, ou quoi que ce soit ayant un rapport avec le nucléaire". 

Pourtant, dès le mois de mai, Pyongyang reprend les hostilités. Le pays multiplie les tirs de courte portée. Il dépasse même les niveaux d'avant 2018. 
En juin, Donald Trump propose un rendez-vous impromptu, via Twitter, au leader nord-coréen, sur la zone démilitarisée entre les deux Corées. Le but : faire baisser les tensions récentes. C’est la première fois qu’un président américain foule le sol nord-coréen. Mais la rencontre de 50 minute ne suffit pas.
<p>Donald Trump, à gauche, rencontre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un du côté nord-coréen de la frontière, dans le village de Panmunjom, dans la zone démilitarisée, le 30 juin 2019.</p>

Donald Trump, à gauche, rencontre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un du côté nord-coréen de la frontière, dans le village de Panmunjom, dans la zone démilitarisée, le 30 juin 2019.

AP Photo/Susan Walsh
Début 2020, le dictateur nord-coréen renonce au moratoire sur les essais nucléaires et balistiques, estimant n'avoir "aucune raison de continuer à être lié unilatéralement par cet engagement". 
Il va plus loin et menace les États-Unis d’une actions "sidérante" pour leur "faire payer le prix de la douleur subie" par son peuple. En cause ici, les sanctions américaines qui perdurent. 
 

2022, l’année des records

Si l’année 2022 n’est pas encore terminée, elle rime d’ores et déjà avec records pour la Corée du Nord de Kim Jong Un. Jamais dans son histoire Pyongyang n'avait autant tiré de missiles en une année.
En septembre, la Corée du Nord proclame que son statut de puissance nucléaire est "irréversible", fermant définitivement la porte à toute négociation sur son désarmement. Elle a par la suite menacé les Etats-Unis de riposte nucléaire en cas d'attaque.

Le 4 octobre, un missile nord-coréen est tiré. Il déclenche une alerte d’évacuation après avoir survolé le nord-est du Japon, avant de tomber dans l’Océan pacifique. Une première depuis 2017 lorsque les dirigeants américain et nord-coréen étaient en conflit ouvert.

(Re)voir : un nouveau tir de missile balistique
 
Moins d’un mois plus tard, l’escalade continue. Après des manoeuvres aériennes sud-coréennes et américaines dans la région, Pyongyang tire 6 missiles de diverses portées, accompagnés de 23 missiles sol-air.

(Re)voir : poussée de fièvre dans la péninsule coréenne​
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Le chef d’État nord-coréen en tire d’autres les jours qui suivent. Séoul indique que certains seraient des missiles balistiques intercontinentaux, notamment celui tiré le 17 novembre dernier.

Kim Jong Un profite des dissensions qui existent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment à cause de la guerre en Ukraine pour laisser libre cours à ses velléités militaires. Ces dernières semaines, le message "la Corée du Nord a procédé à un tir de missile" est devenu assez commun dans les fils d’information. 
Cette année, Kim Jong Un a tiré plus de missiles que ses deux prédécesseurs en 25 ans.
 

Le lancement du Hwasong-17, pour s’affirmer

Avec le lancement du Hwasong-17 (15 000km de portée estimée) nouveau missile intercontinental, le 18 novembre dernier, le chef d’État a pour objectif de renforcer son statut de puissance nucléaire. 

Kim Jong Un affirme que le Hwasong-17 est "l'arme stratégique la plus forte du monde" et constitue "un magnifique bond en avant vers le développement de la technologie pour monter des ogives nucléaires sur des missiles balistiques".
Le 18 novembre, la Corée du Nord effectue un nouveau tir de missile balistique, mais pas n'importe lequel... Un missile <em>"monstre" </em>selon Kim Jong Un. Le tir est retombé non loin des côtés japonaises. Une action condamnée par l'ONU.
Le 18 novembre, la Corée du Nord effectue un nouveau tir de missile balistique, mais pas n'importe lequel... Un missile "monstre" selon Kim Jong Un. Le tir est retombé non loin des côtés japonaises. Une action condamnée par l'ONU.
TV5Monde
Pour Hong Min, de l'Institut coréen pour l'unification nationale, "si le lancement du Hwasong-15 en 2017 visait à devenir une nation capable de menacer le territoire américain grâce à l'arme atomique, le dernier missile se concentre sur l'objectif de devenir l'Etat le plus puissant doté de missiles balistiques intercontinentaux".

Au sein de la communauté internationale, l’inquiétude grandit. On craint qu’à la manière de Poutine, Kim Jong Un envahisse son voisin du Sud avant de menacer d'utiliser l'arme nucléaire en cas de riposte. 
Séoul et Washington s'attendent par ailleurs à ce que Pyongyang procède sous peu à un essai nucléaire, qui serait le septième de son histoire et le premier en cinq ans.