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Coronavirus au Canada et aux États-Unis : la guerre des masques

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre canadien Justin Trudeau (à droite) lors d'un sommet de l'OTAN à l'hôtel The Grove (image d'illustration). Watford, dans le Hertfordshire, Angleterre, 4 décembre 2019.
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre canadien Justin Trudeau (à droite) lors d'un sommet de l'OTAN à l'hôtel The Grove (image d'illustration). Watford, dans le Hertfordshire, Angleterre, 4 décembre 2019.
© AP / Evan Vucci

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, les Canadiens regardent avec une inquiétude croissante ce qu’il se passe au sud de leur frontière. Une inquiétude plus que justifiée car le Canada n’a pas que la crise sanitaire du coronavirus à gérer : il doit aussi composer avec un imprévisible Donald Trump qui n’hésite à jouer au "cowboy" quand il s’agit de déclencher une « guerre des masques » entre les deux pays.

Tous les pays aux prises avec cette épidémie ont ou craignent des pénuries de matériel médical - gants, masques, blouses, respirateurs artificiels - pour protéger adéquatement le personnel médical, soigner et sauver les patients qui souffrent des complications causées par la Covid-19.

Certains ont une approche plus "agressive" pour assurer leur approvisionnement et en tête de liste se trouvent les États-Unis. Sous l’impulsion de leur président, ils n’ont pas hésité à détourner, à coup de millions de billets verts payés cash, une cargaison de masques à destination de la France sur le tarmac d’un aéroport en Chine.

Le 3 avril dernier, Donald Trump a ordonné à la compagnie américaine 3M, le plus gros fabricant des masques N95 dans le monde, de ne plus exporter vers le Canada et l'Amérique latine.

Le président américain invoquait une loi datant de la guerre de Corée afin de mobiliser en priorité, de manière exceptionnelle, la production de 3M pour les besoins de la sécurité du pays.

Consternation et colère au Canada

Le Premier ministre Justin Trudeau a rapidement passé le message que le Canada exportait aussi du matériel médical aux États-Unis et qu’il n’était dans l’intérêt de personne de se livrer à une guerre commerciale de cette nature en ces temps de crise.

S’en sont suivi plusieurs journées de négociations délicates entre des membres de l’administration Trump et des diplomates et ministres canadiens - dont la vice-Première ministre. Chrystia Freeland est la première sur la ligne de front quand il s’agit de négocier avec le gouvernement américain.

Comme toujours quand la situation se corse avec le voisin du sud, la stratégie du gouvernement Trudeau est de parler avec quelques contacts dans l’entourage de Trump à la Maison Blanche. Finalement, après négociations, le président américain a donné son accord pour que 3M poursuive ses exportations vers le Canada et l’Amérique latine : le Canada devrait donc recevoir ce 8 avril une commande de 500 000 masques N95.

Une « bonne nouvelle », a dit Justin Trudeau, qui a pris soin de rappeler aux Américains à quel point les frontières entre le Canada et les États-Unis étaient intégrées et que le libre-échange qui prévaut entre les deux pays doit s’appliquer au matériel médical et à toute marchandise essentielle en ces temps de crise.

Autrement dit, le gouvernement canadien espère qu’il n’aura pas à négocier de nouveau la livraison de marchandises médicales en provenance des États-Unis au cours des prochaines semaines. Comme il faut s’attendre à tout venant de la part de Donald Trump, on peut avancer qu’il s’agit ici d’une fin heureuse du premier épisode de la « guerre des masques ».

Réduire sa dépendance envers l’étranger

Que retient le Canada de tout ceci ?  Qu'il doit réduire au maximum sa dépendance envers les autres pays en matière de matériel médical. Le gouvernement Trudeau a lancé un appel aux entreprises canadiennes pour réorienter leurs activités vers la production de gants, blouses, masques et respirateurs artificiels.

Parmi elles, une distillerie, célèbre pour son Gin, voit, depuis la mi-mars, du gel désinfectant sortir de son usine. Le fruit d'une collaboration avec une entreprise qui disposait des technologies nécessaires à la fabrication du gel et, pour cette entreprise, une façon de participer à l'effort national.

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Cinq mille compagnies ont répondu présent. Le Premier ministre a ainsi pu annoncer que quelque 30 000 respirateurs artificiels vont être fabriqués au Canada au cours des prochaines semaines. Le pays en dispose actuellement de 6 500. « On est dans une situation où on doit se préparer au pire » a justifié Justin Trudeau en précisant qu’il espérait que le Canada n’aura pas besoin de se servir de tous ces respirateurs, auquel cas il pourrait en partager avec d’autres pays qui, eux, en auront besoin.

D’autres compagnies vont se lancer dans la production de blouses et de gels désinfectants. Santé Canada a notamment délivré des autorisations pour 85 produits de gels sanitaires.

Huawei donne 1 million de masques au Canada

A noter enfin que dans ce dossier de la guerre des masques, le géant des communications chinois Huawei vient de donner au Canada en toute discrétion des équipements médicaux, dont un million de masques, 30 000 paires de lunettes et 50 000 paires de gants.

La compagnie chinoise dit qu’elle veut simplement aider tous les pays qu’elle peut aider. Justin Trudeau a pris soin de préciser que ces dons n’auront pas d’impacts sur les décisions du Canada sur d’autres enjeux.

Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, est en liberté conditionnelle depuis 18 mois à Vancouver au Canada où elle a été arrêtée en décembre 2018 à la demande des Américains qui réclament son extradition.

Le Québec dévoile ses projections sur l’épidémie


Devant l’insistance ces derniers jours des médias et des spécialistes dans différents domaines, le gouvernement du Québec a finalement rendu publiques ses projections sur l’épidémie de coronavirus, en y mettant tous les bémols possibles.

Selon les prévisions, le Québec atteindrait le pic de l’épidémie à partir du 18 avril. Il y a deux scenarios : l’optimiste et le pessimiste.

Le scénario pessimiste : basé sur le modèle italien, il prévoit 59 845 cas, 8860 décès, 3028 hospitalisations et 1009 personnes aux soins intensifs.

Le scénario optimiste : basé sur les situations au Portugal et en Allemagne, il prévoit 29 212 cas, 1263 décès, 1404 hospitalisations et 468 personnes aux soins intensifs.

Au regard de la situation actuelle, la réalité pourrait se rapprocher du modèle optimiste, avec toutefois plus de cas et plus de décès mais moins d’hospitalisations.

L’intervention rapide du gouvernement québécois pour prendre des mesures de confinement, de distanciation sociale et de mise sous cloche de l’économie de la province a permis d’éviter les scénarios catastrophes vécus par plusieurs pays européens.

Le Québec est la province la plus touchée par l’épidémie au Canada : on y recense la moitié des cas du pays (9340 cas en date du 7 avril). La province compte 8 millions d’habitants.

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