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Coronavirus en France: le gouvernement poursuit le confinement jusqu'au 15 avril

Le Premier ministre français Edouard Philippe lors de l'annonce de l'allongement de la durée du confinement. Paris, France, 27 mars 2020.<br />
 
Le Premier ministre français Edouard Philippe lors de l'annonce de l'allongement de la durée du confinement. Paris, France, 27 mars 2020.
 
© AP / Christophe Ena, Pool

Le gouvernement français a décidé de prolonger le confinement de la population pour deux semaines à compter de mardi, soit jusqu'au 15 avril, a annoncé vendredi le Premier ministre Edouard Philippe, précisant que cette période pourrait être prolongée.

"Avec l'accord du président de la République, j'annonce aujourd'hui le renouvellement de la période de confinement pour deux semaines supplémentaires à compter de mardi prochain, soit jusqu'au mercredi 15 avril" dans les mêmes conditions, a-t-il déclaré, à l'issue d'un Conseil des ministres. "Cette période pourra évidement être prolongée si la situation sanitaire l'exige".

Le pic épidémique du coronavirus pas atteint

L'allongement du confinement a pour but d'interrompre la propagation du coronavirus dont les cas lourds déferlent en l'Ile-de-France et menacent les services hospitaliers de saturation.

"Nous sommes encore au début de la vague épidémique", a justifié Edouard Philippe depuis le palais de l'Elysée en prévenant que les règles restaient les mêmes, mais que "cette période pourra évidement être prolongée si la situation sanitaire l'exige".

L'épidémie a déjà fait quelque 1.700 morts rien que dans les hôpitaux, dont une adolescente de 16 ans, sa plus jeune victime.

Pour soulager le système de santé du Grand Est, principal foyer de la maladie, un avion militaire a réalisé une nouvelle évacuation de six malades de Mulhouse vers Bordeaux, au lendemain d'un transfert inédit par TGV médicalisé de patients vers le Centre et l'Ouest du pays, moins touchés. 

Et 48 nouveaux malades du Grand Est vont être transférés ce week-end par trains médicalisés vers des hôpitaux de la Nouvelle-Aquitaine, selon l'Agence régionale de santé (ARS) à Bordeaux.

C'est maintenant l'Ile-de-France qui touche ses limites, alors que le pic épidémique n'est toujours pas atteint, comme en témoigne le dernier bilan national de jeudi soir, avec 548 nouveaux patients placés en réanimation en 24 heures et 2.365 nouveaux hospitalisés, pour un total de près de 14.000.

"On pousse les murs partout pour accueillir le plus possible ces patients en réanimation, (mais) on n'est pas encore au plateau de la courbe de l'épidémie, il va falloir trouver des solutions", a averti vendredi matin le professeur Bruno Riou, directeur médical de crise de l'AP-HP (hôpitaux de la région parisienne).

Il a souhaité que des évacuations similaires soient rapidement envisagées de la région capitale vers d'autres moins affectées afin "de retrouver de la disponibilité pour les malades" à venir, alors que les services de réanimation de Seine-Saint-Denis sont déjà pleins.

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TV5MONDE | K.HENRY • J. BOUILLIEZ

Mais la "situation sanitaire ne va pas s'améliorer rapidement", avait déjà averti le Premier ministre à l'issue d'une réunion de crise du gouvernement par visioconférence. "La vague épidémique qui déferle sur la France (...) est une vague extrêmement élevée et elle soumet l'ensemble du système de soins, l'ensemble du système hospitalier, à une tension redoutable". "Il va falloir tenir", a-t-il lancé.

Le confinement génère des millions de contrôles

Les autorités entendent faire strictement respecter les restrictions et plus de 225.000 procès-verbaux ont déjà été dressés pour violation du confinement pour 3,7 millions de contrôles, selon le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. 

Le Premier ministre a annoncé qu'il tiendrait samedi une conférence de presse avec le ministre de la Santé Olivier Véran, pour faire un point "transparent" sur la situation sanitaire, notamment la pénurie de masques ou la question controversée des tests, que la France n'a pas généralisés, faute de moyens plus que par stratégie selon de nombreux spécialistes.

Jeudi soir, le dernier bilan s'élevait à 1.696 morts du Covid-19 enregistrés à l'hôpital depuis le début de l'épidémie fin janvier et 3.375 patients en réanimation (+548 en une journée), sur un total de 13.904 patients hospitalisés en France.

Ces chiffres ne prennent pas en compte les malades décédés chez eux ou en maison de retraite. Or la situation est particulièrement cruelle dans ces établissements, où le nombre exact de décès n'est pas connu, mais se chiffre a minima en dizaines.

Julie, 16 ans, plus jeune victime du Covid-19

Fait inédit dans ce dernier bilan, la mort d'une adolescente, Julie, 16 ans, décédée à l'hôpital Necker à Paris, plus jeune victime à ce jour de l'épidémie en France. "On n'aura jamais de réponse, c'est invivable", a confié à l'AFP sa mère, Sabine, racontant son épreuve. Les tests, d'abord négatif puis positif, car Julie avait "juste une toux", l'hospitalisation et puis ce coup de fil en pleine nuit: "Venez, vite!" 

Pour le directeur général de la Santé, le professeur Jérôme Salomon, cette information est "importante, puisque les formes sévères chez les sujets jeunes sont extrêmement rares". Mais le professeur Riou explique que "même si la population des plus jeunes a un risque individuel extrêmement faible, avec le fait que la population touchée augmente, naturellement il y aura quelques patients très sévèrement atteints parmi les plus jeunes".

Les conséquences du confinement

Confinés chez eux depuis plus d'une semaine, les Français s'inquiètent des conséquences sanitaires mais aussi sociales de la crise. Selon un sondage Ifop réalisé du 21 au 23 mars et publié vendredi dans Le Parisien, 87% ont peur "de voir l'économie française s'effondrer", 81% "de perdre des proches", 62% de "perdre (eux-même) la vie", 57% de "perdre une part significative de (leurs) revenus" ou encore 40% de "venir à manquer de nourriture".

Côté économique justement, le président Emmanuel Macron a réuni les partenaires sociaux en audioconférence, alors que les dérogations au droit du travail inquiètent les syndicats, qui dénoncent aussi le manque de protection des salariés dans plusieurs secteurs toujours en activité, dont la distribution.

Selon le patron de CGT Philippe Martinez, un "projet de loi" serait en préparation pour inciter les entreprises qui ont reçu des aides d’État à ne pas verser de dividendes cette année.

En attendant, la Bourse de Paris reculait à nouveau vendredi après trois séances de rebond, alors que les Etats-Unis, première puissance économique mondiale, comptent désormais plus de cas de coronavirus que la Chine, foyer initial de l'épidémie.