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Coronavirus en France : les enseignements de la première étude de l'Institut Pasteur

L'Institut Pasteur mène des études pour trouver les traitements qui permettront de stopper la prolifération du nouveau coronavirus, SARS-CoV-2. Paris, France, 6 février 2020.
L'Institut Pasteur mène des études pour trouver les traitements qui permettront de stopper la prolifération du nouveau coronavirus, SARS-CoV-2. Paris, France, 6 février 2020.
© AP / Francois Mori

Les chercheurs de l'Institut Pasteur ont mené une étude sur l'un des premiers foyers de développement de l'épidémie de Covid-19 dans un lycée du département de l'Oise, au nord de Paris. D'après les résultats, près d'un tiers des individus ont été infectés (26%) et ont développé des anticorps. Une étude qui permet de comprendre un peu mieux comment le coronavirus SARS-CoV-2 a pu se propager et ce qui a pu aussi le freiner.

Fin février 2020, l'une des toutes premières personnes infectées par le coronavirus SARS-CoV-2, décède à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, à Paris. Il s'agit d'un enseignant de Crépy-en-Valois, une commune située au nord de la capitale française.
Cette ville - ainsi que le département de l'Oise - a été identifiée depuis comme l'un des principaux foyers de développement du Covid-19 ("cluster").

C'est ici que l'Institut Pasteur a mené une étude épidémiologique entre le 30 mars et le 4 avril 2020. Au total, 661 personnes reliées à un lycée de Crépy-en-Valois ont été testés. Grâce à la population de Crépy-en-Valois, et suite à l’utilisation de tests de détection du virus, associés à trois tests sérologiques (analyse de sang) développés par l’Institut Pasteur, cette étude révèle que 26% de la population étudiée a été infectée par le SARS-CoV-2 et possède des anticorps contre ce virus.

Cette première étude a pour objectif de déterminer le pourcentage de personnes touchées par le Covid-19. "Afin d'enrichir ces données préliminaires, il est devenu essentiel de détecter la présence d’anticorps dirigés contre le virus SARS-CoV-2 chez l’ensemble des personnes qui ont fait l'objet de l'investigation épidémiologique début mars, qu’elles aient été symptomatiques ou non", explique Bruno Hoen, l'un des auteurs de l'étude et directeur de la recherche médicale à l’Institut Pasteur.

Plus précisément, parmi les personnes fréquentant le lycée de Crépy-en-Valois, 41% ont été infectées. Mais seulement 11% ont été touchées parmi leurs proches (parents ou fratries). L'Institut Pasteur précise toutefois que l’échantillon de l’étude n’est pas représentatif de la population générale française. 
 

Effets positifs du confinement


L'étude révèle que les vacances scolaires le 14 février, et le confinement de Crépy-en-Valois, le 1er mars, ont entraîné une forte baisse de la circulation du virus.

Par ailleurs, les personnes hospitalisées sont plus âgées : 49 ans en moyenne, contre 18 ans chez les personnes non hospitalisées. Les hommes autant que les femmes sont touchées.

On en sait un peu plus aussi sur les symptômes majeurs qui permettent d’identifier qu’une personne a été contaminée : "84,7% des personnes ayant eu une perte d’odorat et 88,1% ayant eu une perte du goût sont infectées", précise l'étude. Mais 17% des personnes infectées n'ont pas eu de symptômes.

Enfin l'infection a touché moins les fumeurs (7,2%) que les non-fumeurs (28%) dans cette étude, confirmant de précédentes observations d’un très faible taux de fumeurs chez les patients hospitalisés pour Covid-19. Mais "les fumeurs, en cas de contamination, risquent de faire plus des complications de la maladie Covid-19", commente le Pr Arnaud Fontanet, l'un des auteurs de l’étude et responsable de l’unité Epidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur.
 

Les participants de l’étude suggèrent que l'immunité collective ne s'établira pas rapidement.Pr Arnaud Fontanet, Institut Pasteur

Selon les chercheurs, il est clair que le niveau de contamination est totalement insuffisant pour justifier le moindre relâchement. On est en effet bien loin des 60% à 70% espérés dans la population générale pour avoir une immunité collective suffisante pour stopper l'épidémie.

De plus, les chercheurs n'ont pas encore assez de recul pour savoir si les anticorps sont réellement protecteurs contre le coronavirus et si cette immunité peut perdurer au moins plusieurs mois.

"Dans l'ensemble, les résultats de cette étude ont des implications importantes pour les mesures de santé publique et le suivi de l’épidémie. Les taux d’attaque observés parmi les participants de l’étude suggèrent que l'immunité collective ne s'établira pas rapidement. De plus, d'autres régions de France, où le virus n'a pas encore circulé, sont quasiment naïves par rapport à ce virus", avertit Arnaud Fontanet.

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