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Coronavirus en Guadeloupe : "Ça dépasse tout ce qu'on avait pu imaginer"

Centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, dans les Antilles françaises, le lundi 27 août 2012.
Centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, dans les Antilles françaises, le lundi 27 août 2012.
AP Photo/Dominique Chomereau-Lamotte

Aux urgences du CHU de Guadeloupe, le service de réanimation, saturé, prend de plein fouet la quatrième vague de l'épidémie de Covid-19 qui déferle sur les Antilles. Le préfet, Alexandre Rochatte, a annoncé de nouvelles mesures restrictives à compter de vendredi, afin d'endiguer une situation sanitaire devenue incontrôlable.
 

"La situation est inédite par son ampleur, ça dépasse tout ce qu'on avait pu imaginer. On doit décupler nos efforts pour ouvrir les lits de réanimation supplémentaires", constate Marc Valette, le chef du service de réanimation dans cet hôpital de Pointe-à-Pitre.

En temps normal, le nombre de lit en réa sur le territoire n'atteint pas 30. "On a déjà 67 lits ouverts, 55 en au CHU, et 12 au centre hospitalier de Basse-Terre", détaille Marc Valette, qui complète: "sur nos 55, 44 sont pour des patients Covid, et ils sont tous plein, on est à saturation".
Autrement dit, pour faire rentrer quelqu'un en réanimation, il faudra que quelqu'un d'autre en sorte. "Soit parce qu'il va mieux, soit parce que, malheureusement, il décède", dit doucement le chef de service.

La semaine du 2 au 8 août, 14 personnes sont mortes du Covid en Guadeloupe. Au CHU de Pointe-à-Pitre, où l'on commence à prioriser les patients, on anticipe déjà jusqu'à 15 décès par jour, parfois parmi des patients qui n'auront pas le temps d'être soignés.

"Actuellement, il y a des patients qui mériteraient, qui devraient être dans des lits de réanimation et qui sont gérés à l'hôpital mais en dehors des services de réanimation qui sont saturés", souligne Marc Valette.

Une écrasante majorité des personnes hospitalisées ne sont pas vaccinées. Avec un taux d'incidence qui frôle les 2 000 cas pour 100 000 habitants, un niveau jamais vu en France, la Guadeloupe entame vendredi un confinement strict pour faire baisser les contaminations.
Il y a des patients qui devraient être dans des lits de réanimation, mais qui sont gérés en dehors des services de réanimation, qui sont saturés
Marc Valette, chef du service de réanimation de l'hôpital de Pointe-à-Pitre.

Durcissement du confinement

Le préfet de la Guadeloupe, Alexandre Rochatte, a annoncé un "durcissement" du confinement de la Guadeloupe. "Il faut qu'à partir de maintenant chacun reste chez soi pour les trois semaines à venir sauf pour des déplacements indispensables", a-t-il ajouté.
Il a annoncé l'extension du couvre-feu actuellement en vigueur à partir de 19H00 (contre 20H00) et jusqu'à 5H00. Les habitants ne pourront plus sortir sans autorisation d'un périmètre de 5 km autour de leur domicile. 

En plus des restaurants déjà fermés, les commerces devront également fermer leurs portes, hors commerces dits "essentiels". Tous les autres commerces devront fermer, pour trois semaines, jusqu'au 1er septembre inclus.

Les lieux de loisirs et les lieux culturels seront également fermés. Les seuls établissements publics qui pourront rester ouverts sont ceux notamment destinés aux mineurs, comme les centres aérés ou les crèches. Seules les manifestations dites "revendicatives" seront autorisées. Les plages resteront, elles, resteront autorisées, mais uniquement pour les activités sportives, dans les limites de 5 km. 

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Urgences bondées

En attendant, le couloir des urgences où sont admis les patients atteints du Covid-19 est bondé. "On avait 47 dossiers quand on a pris la garde à 18 heures et on a déjà hospitalisé 4 à 5 patients" explique ce mercredi soir Hubert Vaast, interne en gastro-gastroentérologie, volontaire pour effectuer une nuit de garde aux urgences Covid.

"On va essayer de limiter le nombre de patients au même moment ici, mais on ne maîtrise pas les arrivées", ajoute-t-il. Les patients qui attendent respirent pour beaucoup avec difficulté, se tordent sur leur brancard ou leur fauteuil roulant et toussent avec douleur. 

"Nous approchons de 70-80 entrées aux urgences par jour", indique Aurélie Beral, médecin urgentiste qui s'active dans la zone de déchocage, sorte de zone tampon entre les urgences et l'hospitalisation en médecine ou en réanimation, où sont prodigués des soins urgents.
La salle est prévue pour recevoir quatre patients. "Nous en avons déjà cinq ce mercredi soir", indique Aurélie Béral. "Deux autres attendent d'être pris en charge dans le couloir des urgences où on fait un pseudo déchocage."

Ces deux patients, déjà placés sous oxygène, ne pourront entrer dans la salle que si ceux déjà présents en sortent. Sauf que le CHU est plein à craquer : "On est obligés de réorganiser la totalité de l'hôpital, je dois fermer des services pour les remplacer par des unités Covid", confie Gérard Cotellon, le directeur général du CHU.

Dans les jours qui viennent, les blocs opératoires accueilleront des lits de réanimation. "Après ça, explique Marc Valette, l'hôpital sera arrivé à son maximum capacitaire, en termes de lits mais aussi d'oxygène". Et aussi en termes d'effectif. Car les renforts arrivés mardi soir de métropole seront déployés sur les nouveaux lits ouverts, pas sur les zones déjà en activité.

"C'est bien mais ça ne va pas forcément nous soulager plus que ça étant donné qu'on ouvre des lits supplémentaires", note Cécile Baboulall, infirmière en réanimation.