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Coronavirus : en Guyane un foyer de contamination inquiète

Le pont sur l'Oiapoque reliant la Guyane française au Brésil, à Saint-Georges de l'Oyapock (2018).
Le pont sur l'Oiapoque reliant la Guyane française au Brésil, à Saint-Georges de l'Oyapock (2018).
© Wikipédia, Romulo Ferreira

Alors que toute la France est désormais déconfinée depuis le 11 mai, une commune de Guyane est toujours confinée. A la frontière fluviale de l'Amazonie brésilienne, Saint-Georges de l'Oyapock a 37 cas de Covid-19 confirmés pour 4.220 habitants et une propagation qui augmente. Une conséquence de la gestion de la crise du président brésilien Jair Bolsonaro ?

Ces deux derniers jours, 17 des 18 nouveaux cas positifs de Guyane confirmés proviennent de Saint-Georges.

"Cela ne va pas s'arrêter là", prévient le Dr Mirdad Kazanji, directeur de l'institut Pasteur de Cayenne qui réalise les deux tiers des tests de dépistage en Guyane. Au total, Saint-Georges compte près d'un quart des 164 cas confirmés dans toute la Guyane (dont un décès).

Proximité avec le Brésil

Si Saint-Georges est touché, c'est en raison de sa proximité avec la ville brésilienne d'Oiapoque et ses 27.270 habitants, située juste en face, sur l'autre rive du fleuve-frontière, et durement frappée par le virus avec 57 cas confirmés dont un mort et 151 cas suspects.

Oiapoque, dans l'Etat d'Amapa, est une ville de transit et de recrutement des chercheurs d'or des sites aurifères illégaux de Guyane. Selon l'Agence régionale de Guyane, la contamination initiale sur Saint-Georges a eu lieu à Oiapoque.
Plus largement, l'Etat d'Amapa (845.000 habitants) a franchi mercredi la barre des 3.000 cas confirmés et compte 94 morts. Les décès y sont quotidiens.
A Saint-Georges, les relations sont régulières avec la rive brésilienne. Deux tiers des habitants sont d'ailleurs d'origine brésilienne. 

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"La vigilance se doit d'être accrue en Guyane avec la frontière brésilienne", soulignait fin avril une note de la cellule interministérielle de crise anti-Covid, révélée par le média local Guyaweb. "En effet, la situation tend à s'aggraver (...) en raison de la progression du Covid-19 et des mesures de confinement peu ou pas respectées côté brésilien", toujours dans cette note de la cellule interministérielle de crise.

Renforcer le contrôle des frontières

Le document notait aussi une "hausse notable des tentatives de traversée de l'Oyapock constatée par les services de la police aux frontières, qui ont notamment procédé au refoulement de près de 80 pirogues entre le 15 et le 17 avril".

"Pour faire face à ce risque sanitaire élevé, le dispositif PAF-Gendarmerie-Douanes a été renforcé à Saint-Georges (...) avec l'arrivée des forces armées de Guyane depuis le 19 avril", conclut la note, ce qu'a confirmé la préfecture à l'AFP.
Saint-Georges a connu son premier cas d'infection le 23 avril, puis deux le lendemain.

Dans ce contexte, alors que la Guyane a entamé son déconfinement lundi, comme la France hexagonale, Saint-Georges en a été privé : "Nous tenons compte du développement rapide de l'épidémie sur la rive brésilienne de l'Oyapock et de ses conséquences à Saint-Georges (...) Les résultats de mardi et mercredi montrent que le virus y circule fortement et valident donc le maintien en confinement", explique à l'AFP le préfet Marc Del Grande.

D'autant que le confinement n'est pas particulièrement respecté sur place. "Je déplore que des gens de Saint-Georges aient continué à fêter les anniversaires pendant le confinement", souligne le maire Georges Elfort.

En Guyane, le couvre-feu a été reconduit. "Cette mesure a évité bien des occasions de contacts et de circulation du virus. L'idée est de ne pas supprimer brutalement cette mesure efficace. Elle est assouplie", note le préfet. Ce sera de 23H à 5H, au lieu de 21h à 5h. Et la vente d'alcool reste interdite de 18H00 à 08H00.

Pour le Dr Kazanji, "s'il y a relâchement, ce que l'on observe déjà (...) si le virus arrive dans les quartiers défavorisés où les gens vivent un peu les uns sur les autres, il fera les mêmes dégâts qu'en Amapa puisqu'on y retrouve les mêmes modes de vie".
Parallèlement lundi, l'ARS a reconnu "un problème d'approvisionnement en réactifs (nécessaires aux tests PCR) pour plusieurs laboratoires" dont celui de l'hôpital de Cayenne. Ce qui pourrait rendre plus difficile la détection des cas.

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