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Coronavirus en Haïti : famine et crise sanitaire inquiètent

Scène de rue à Pétion-ville, un des quartiers de la capitale, Port-au-Prince, le 7 avril 2020.
Scène de rue à Pétion-ville, un des quartiers de la capitale, Port-au-Prince, le 7 avril 2020.
©AP Photo/Dieu Nalio Chery

Haïti n'est pas épargnée par la pandémie de SARS-CoV-2. L'île de la Caraïbe a connu ses premiers cas le 19 mars 2020 et compte 101 cas dont 12 décès ce 7 mai selon les données de l'Université Johns Hopkins. Mais ce qui inquiète le plus dans ce petit état à bas revenus, c'est la famine. Avec le coronavirus, Haïti qui connaît déjà une crise politique majeure depuis des mois pourrait ne pas se relever.

Fin avril, ce sont les organisations humanitaires qui sonnent l'alarme. Le Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire (CCFD) rappelle cette donnée essentielle : "Haïti a fait le choix d’importer massivement des denrées au lieu de renforcer sa production locale. En pleine pandémie de Covid-19, la paysannerie est aujourd’hui dans l’impossibilité de constituer des stocks pour nourrir la population", écrit le CCFD dans un communiqué. Avec la fermeture des frontières, les difficultés pour s'alimenter se sont logiquement accrues.

La petite île de la Caraïbe n'avait en effet pas besoin de cette crise sanitaire supplémentaire. En une décennie, Haïti a connu un tremblement de terre dévastateur, une épidémie de choléra meurtrière, une corruption endémique et des soubresauts politiques qui génèrent aujourd'hui encore colère et frustration de la population.
 
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Reportage de Pascal Priestley, Guillaume Gouet et Cédric Alliot. Montage Benoît Tricot. Janvier 2010 (prix du Festival WebTV de la Rochelle)
 

Risques de famine

Au-delà de la peur de mourir du coronavirus, celle de mourir de faim préoccupe les Haïtiens. Les céréales constituent deux tiers des apports énergétiques quotidiens des plus pauvres. Or le prix du riz a plus que doublé sur certains marchés par rapport à 2019.

Cette forte hausse des prix accompagnant l'épidémie de coronavirus ne va qu'amplifier la récession dans le pays, commencée à l'automne. "Avec la crise qui se profile, on s'attend à un repli de près de 4% du Produit intérieur brut. Cela résulterait principalement d'un quasi effondrement du secteur agricole, qui verrait sa demande effective chuter considérablement", a indiqué le Premier ministre, Joseph Jouthe, lors d'un sommet annuel sur la finance, organisé uniquement sur Internet cette année, crise sanitaire oblige.

Interrogé par l'AFP, l'économiste Etzer Emile rappelle que le secteur agricole ne pèse que 21% dans le PIB mais qu'il concentre la moitié des emplois d'Haïti. Et bien avant que la pandémie de coronavirus ne vienne paralyser l'économie mondiale, les Nations unies avaient déjà estimé que 40% des Haïtiens auraient besoin d'une assistance humanitaire d'urgence cette année.

Le Fonds monétaire international (FMI) a pour sa part annoncé, le 18 avril dernier, le versement d'une aide d'urgence de 111,6 millions de dollars en faveur de Haïti pour lutter contre la pandémie. "Le soutien financier du FMI fournit des ressources aux autorités pour les dépenses essentielles de santé et le soutien des revenus pour atténuer l'impact de Covid-19 sur la population", précise l'organisation internationale.
 

Quid des mesures sanitaires ?

L'apparition du coronavirus en Haïti, à la mi-mars, a fait paniquer autorités et communauté humanitaire, compte tenu de l'extrême faiblesse du système de santé du pays. Pour endiguer la propagation du virus, le gouvernement a annoncé samedi 2 mai que le port du masque serait obligatoire dans tous les lieux publics à partir du lundi 11 mai, sous peine de sanction légale.

Pour suivre l'évolution de l'épidémie de coronavirus en Haïti :


Le site Internet du Ministère haïtien de la Santé Publique et de la Population (MSPP)

Par ailleurs, Haïti a reçu ce jeudi 7 mai, le premier des cinq avions cargos devant acheminer du matériel médical commandé fin mars à la Chine pour combattre l'épidémie de nouveau coronavirus

L'avion parti de Shanghai a livré en Haïti 500 lits d'hôpital, 100 respirateurs artificiels, 250.000 visières en plastique, 200.00 masques chirurgicaux, 50.000 masques de type N95 ainsi que 137.000 lunettes de protection, a détaillé la ministre de la santé Marie Greta Roy Clément.

(Re)voir : Coronavirus en Haïti : quel est l'impact de l'épidémie sur la population ?

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Scénario catastophe

Dans le même temps, le gouvernement haïtien, tout comme les ONG, se montre alarmiste. Selon sa cellule scientifique, le nombre de décès pourrait vite grimper.

"Dans le meilleur scénario possible, nous prévoyons environ 2.000 décès mais, suivant l'évolution de la situation, nous pouvons prendre ces prévisions et les multiplier par cinq, par dix", a annoncé l'épidémiologiste haïtien Patrick Dely. "Et dans un cadre catastrophique, nous pouvons aller au-delà de 20.000 décès", a-t-il ajouté lors de la première conférence de presse de la cellule scientifique mise sur pied en avril dernier par le gouvernement haïtien.

D'éventuelles mesures de confinement, comme celles instaurées en Europe par exemple, seraient difficiles à mettre en oeuvre car la grande majorité des habitants dépend quotidiennement de l'économie informelle pour survivre et que les gestes barrières sont difficiles à faire appliquer dans les parties les plus démunies de l'île.