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Coronavirus en Italie : les grands musées rouvrent et se réinventent

Des visiteurs admirent des papyrus exposés au musée d'égyptologie de Turin, en 2015.
Des visiteurs admirent des papyrus exposés au musée d'égyptologie de Turin, en 2015.
AP Photo/Antonio Calanni

Le musée égyptologique de Turin rouvre ses portes ce 2 juin. D 'autres grands musées à Rome l'ont déjà fait. Mais les difficultés commencent. Comment accueillir un large public dans un lieu fermé tout en assurant la sécurité sanitaire ? Les grands musées en Europe vont sans doute devoir trouver d'autres modes de fonctionnement. Entretien avec la présidente du musée égyptologique de Turin, Evelina Christillin.

C’est le branle-bas de combat dans les galeries du musée égyptologique de Turin. Il faut remettre en ordre les galeries, déballer à nouveau certaines œuvres, repenser les entrées du public...

Le musée est une grande institution italienne, le deuxième musée du pays en termes de fréquentation (hors sites archéologiques) derrière la Galerie des offices de Florence. C'est près d'un million de personnes, qui ont franchi en 2019 les portes du musée, situé dans le coeur de Turin, pour admirer papyrus et pharaons sculptés. Le musée va donc enfin rouvrir, un peu plus de trois mois après sa fermeture. La date est fixée au 2 juin. Et tout le monde est à son affaire. Evelina Christillin, la présidente de la fondation qui gère le musée, se réjouit de cette réouverture.
 

La réouverture, un impératif financier


L’enjeu est tout d’abord financier. « Notre institution comme beaucoup de musées en Italie, contrairement à la Galerie des offices, ne dépend pas de l’Etat italien. Nous avons tenu parce que nous avons pu mettre en chômage partiel des dizaines de salariés. Mais ces mesures ne vont pas être prolongées indéfiniment. Il faut reprendre l’activité pour assurer la pérennité du musée », avance Evelina Christillin
 

Le musée accueille près d'un million de visiteurs par an. Ici un journaliste reporter d'images en 2015 pour un reportage sur une exposition.
Le musée accueille près d'un million de visiteurs par an. Ici un journaliste reporter d'images en 2015 pour un reportage sur une exposition.
AP Photo/Antonio Calanni

Les grandes institutions muséales à Rome ont rouvert la semaine du 18 mai. C’est le cas de la Galerie Borghèse qui a ouvert ces portes ce mardi 20 mai. Le Maxxi, le musée d’art contemporain de la capitale italienne, accueille à nouveau du public ce vendredi 22 mai. La date du 2 juin peut sembler donc tardive. Mais, le Piémont a été la deuxième région la plus touchée par l’épidémie derrière la Lombardie. Et les autorités sanitaires italiennes invitent les grands  musées du nord de l’Italie à rouvrir de manière plus décalée, au regard du niveau de circulation du virus.

Une réouverture partielle des grands musées


Le musée égyptologique de Turin, ce 2 juin, a besoin d'au moins 1500 visiteurs par jour sur une semaine complète pour pouvoir redémarrer sur des bases financières à peu près équilibrées. Ce ne sera pas tout de suite le cas. La visite du musée, dans un premier temps, ne sera permise que deux à trois jours par semaine. D’autres grandes institutions comme le Maxxi à Rome ont décidé également d’aller dans cette voie. La réouverture reste ainsi très partielle. Durant ces journées d’ouverture, l’accès au musée va rester très encadré.

« Nous avons à peu près 11 000 mètres carrés de salles d’exposition. Avant la crise sanitaire nous accueillons quelque 5000 à 6000 visiteurs quotidiennement. Cette capacité va être divisée au moins par deux. Et les visiteurs ne pourront pus acheter de billets sur place, il faudra se les procurer en ligne et réserver sur le site un créneau horaire précis. Pas plus de 280 visiteurs pour 1 heure 30 de visite. C’est le seul moyen de rendre possible la distanciation sociale dans les salles », confie la présidente du musée, Evelina Christillin.
Et tous ces visiteurs devront porter un masque et se laver les mains avant de rentrer dans le musée.

Le problème de la climatisation

Tout n’est pas encore réglé. Les équipes se penchent par exemple sur une épineuse question, celle du réglage de la  climatisation.  Un problème difficile, selon Evelina Christillin. « Les grands musées en Italie sont en majorité en fait des sites archéologiques en extérieur et donc ouverts. Dans un lieu fermé les risques de contaminations sont plus élevés. Il a fallu revoir toute la climatisation, la rendre plus efficace. Les autorités sanitaires nous ont conseillé d’ouvrir les fenêtres des salles mais nous avons des œuvres d’art et des objets qui ont plus de 5000 ans. Ces objets ne peuvent être qu’exposés dans un lieu fermé où le taux d’humidité et le niveau d'aération sont contrôlés », indique la présidente du musée.

La simple lumière du jour endommage les œuvres. Le musée égyptologique de Turin possède en effet la deuxième collection au monde d’antiquités égyptiennes derrière le musée du Caire. Il expose 6 500 œuvres et 26 500 œuvres sont en réserve. « Il faut préserver les oeuvres d’art mais il faut assurer surtout la sécurité sanitaire des gens. C’est une tâche très compliquée et un casse-tête qui se pose pour d’autres grands musées en Europe comme Le Louvre par exemple », ajoute la présidente du musée.

Malgré le succès de la réouverture d’une institution comme la Galerie Borghèse, les responsables du musée de Turin restent prudents sur le niveau de fréquentation future du musée de  Turin. Les gens seront-ils là ?  C'est ce que se demande la présidente du musée égyptologique de Turin. « Notre public est essentiellement étranger. Et les touristes vont sans doute privilégier leurs futurs vacances dans leur pays d’origine. Les visites scolaires ne sont pas encore à l’ordre du jour. Les gens ont sans doute encore une forme d’appréhension, une crainte des lieux fermés publics. »

Voir : la réouverture de la galerie Borghèse

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Le musée comme d’autres institutions culturelles en Italie a décidé de baisser les prix. Le ticket d'entrée ne coûtera que 9 euros au lieu des 15 habituels. Comment alors là aussi compenser ce manque à gagner financier ? La vente d’expositions clé en main auprès d’autres centres culturels dans le monde constitue une source importante de revenus pour le musée, et en règle générale pour les grands musées européens. Cette source s’est tarie, souligne Evelina Christillin. « L’une de nos créations a fait par exemple un peu plus de 4 millions de  visiteurs dans le monde. Nous vendons ce savoir-faire. Les autres musées ont fermé à cause de la pandémie et donc nous avons perdu nos clients et cette manne. »

Quel modèle pour les musées avec la pandémie ?

Les grands musées ont démocratisé l’accès à l’art. Ils ont construit leur fonctionnement sur un nombre croissant de visiteurs. Ils doivent en ces temps d’épidémie restreindre l’accès du public pour des raisons sanitaires. Faut-il donc revoir le modèle  ? La présidente répond par l’affirmative : « Il faudra sans doute développer des expositions virtuelles. Il faudra peut-être ne pas être qu’un musée mais accroître aussi les activités de recherches, mettre en avant l’expertise des conservateurs. Difficile à dire de quoi sera fait le prochain musée mais il faut se transformer. »

Pour aller plus loin : Le site du musée égyptologique de Turin