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Coronavirus en Italie : un confinement qui risque de se prolonger au-delà du 3 mai

Giuseppe Conte alors qu'il prononce son discours annonçant la reouverture de certains commerces, Palazzo Chigi, Rome (ITALIE) - capture d'écran (10/04/2020)
Giuseppe Conte alors qu'il prononce son discours annonçant la reouverture de certains commerces, Palazzo Chigi, Rome (ITALIE) - capture d'écran (10/04/2020)

Première à avoir imposé le confinement à toute sa population pour endiguer la pandémie de coronavirus, l'Italie est loin de la sortie : Rome a annoncé vendredi 10 avril sa prolongation jusqu'au 3 mai, malgré l'inquiétude du patronat pour l'économie. 

En début d'un weekend pascal confiné, le Premier ministre Giuseppe Conte a annoncé cette décision "difficile mais nécessaire dont j'assume toute la responsabilité politique", lors d'une allocution solennelle à la télévision vendredi 10 avril. 

Les 60 millions d'Italiens ont écouté le chef du gouvernement leur annoncer la poursuite des mesures imposées depuis un mois: interdictions de rassemblements, atteintes drastiques à leur liberté de circuler, quasi-mise à l'arrêt de leur économie. 

Depuis plusieurs jours, Giuseppe Conte est soumis à une double pression contradictoire. 

Médecins et scientifiques l'appellent à ne pas faire repartir le pays trop tôt, au risque de relancer la pandémie alors qu'elle ralentit depuis une dizaine de jours dans le pays qui reste le plus endeuillé au monde (19.000 morts), selon les bilans officiels.

La crainte d'une récession

A contrario, les milieux d'affaires mettent en garde contre les dommages terribles que risque la troisième économie européenne. Ce dilemme est particulièrement fort pour le Nord, le plus touché par le Covid-19, avec 80% des décès, mais qui est aussi le poumon économique de l'Italie (45% du PIB).

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Si Lombardie, Emilie-Romagne, Vénétie et Piémont "ne repartent pas à court terme, le pays risque d'éteindre définitivement son moteur", ont prévenu cette semaine des responsables du patronat (Confindustria) dans ces régions. Ils ont exigé "une feuille de route pour une réouverture ordonnée et en toute sécurité du coeur économique du pays".

Celle dessinée vendredi par Giuseppe Conte risque de ne pas leur convenir. "Je sais que nous sommes tous impatients de repartir" et "j'espère qu'on pourra le faire après le 3 mai avec prudence et de façon graduelle", a déclaré le responsable, qui n'a pas détaillé cette hypothétique reprise. 

Il n'a par exemple pas évoqué la réouverture des écoles qui, selon les médias, ne serait pas envisagée avant septembre. Quelques rares secteurs - les librairies, les papeteries, les commerces pour les nouveaux-nés et l'exploitation forestière - pourront toutefois reprendre mardi.

"Nous ne pouvons nous permettre une reprise de la contagion" et "si on abandonne maintenant, on risque (...) de devoir repartir de zéro", a-t-il prévenu. 

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La bataille des "coronabonds"

Considérables, les conséquences de cet arrêt prolongé sont difficiles à mesurer exactement.

L'agence de notation Moody's prévoit pour le moment un recul de 2,7% du PIB italien en 2020, tandis que la banque américaine Goldman Sachs table sur une chute abyssale de 11,6%. La Confindustria s'attend à un recul de 6%, à condition toutefois que la machine reparte effectivement en mai.  

"Les dernières prévisions du FMI parlaient d'une baisse du PIB de 7% en 2020, très proche de celle de l'Allemagne (-6,8%), les deux chiffres les plus mauvais en Europe. Ces deux pays ont une spécialisation très élevée dans le secteur industriel, et sont donc les plus touchés", a dit vendredi à des journalistes Andrea Boitani, professeur de macroéconomie à l'Université catholique du Sacré Coeur à Milan. Selon lui, il faut donc "faire tout ce qui est possible" pour éviter des faillites et relancer l'économie, alors même que le pays avait déjà une croissance faible avant la crise.

A cet égard, Giuseppe Conte a répété que les mesures décidées par l'Union européenne, notamment un fonds de 500 milliards d'euros, n'étaient pas à la hauteur du défi.  "Notre principale bataille sera d'obtenir un fond financé par des Eurobond" a-t-il expliqué, "parce qu'il est nécessaire qu'il y ait une puissance de feu proportionelle" au défi inédit auquel doit faire face l'Union Européenne. "Ce fond doit être disponible immédiatement" a précisé le Premier ministre. Les pays du Nord, notamment l'Allemagne et les Pays-Bas, ont refusé ce compromis.

Rome a annoncé mi-mars une enveloppe de 25 milliards d'euros pour aider les Italiens à pallier leurs pertes de revenus et pour soutenir l'économie.

Le Premier ministre a aussi débloqué un total de 750 milliards d'euros de liquidités pour les entreprises et des garanties publiques pour les prêts contractés par les sociétés.

Les nouvelles mesures, partielles, de déconfinement :
Certains magasins vont pouvoir ouvrir, tout en respectant les consignes sanitaires de distance entre les clients et les normes d'hygiène ainsi que le port du masque et de gants pour le personnel y travaillant, à partir du 14 avril :
- les papeteries
- les librairies
- les magasins vendant des articles pour nouveaux-nés et enfants
- les laveries
- les distributeurs de boisson
Les achats en ligne ne sont pas limités.

La reprise d'activité pour certains secteurs de l'économie se fera au cas pas cas en fonction de l'évolution de l'épidémie dans chaque région, à partir du 4 mai.
Le Premier ministre Conte appelle à l'extrême prudence. Notamment pour les ponts du 25 avril, jour de la fête nationale italienne, et du 1er mai, il demande à la population de respecter strictement le confinement. Les déplacements, en dehors de ceux pour motif professionnel, ne sont toujours pas autorisés.