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Coronavirus en Suisse : la parade 2.0 du festival du film sur les droits humains de Genève

Affiche du festival
Affiche du festival
© FIFDH

Obligée d'annuler en catastrophe le Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH) pour des raisons sanitaires, la direction de cet évènement mondial a trouvé une parade inédite au coronavirus. Le festival aura lieu sur Internet. Et l'épidémie a révélé une chaîne de solidarité aussi efficace que bouleversante.

Un coup de massue. Une équipe sidérée puis consternée. Quand le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) se voit contraint d'annuler le festival pour prévenir les risques d'infection liés au coronavirus, les larmes ne sont pas loin. Un an de travail à l'eau pour environ 300 personnes, le staff de l'équipe.
Pour tous, alors, l'ascenseur émotionnel est bloqué au sous-sol.

Toute manifestation interdite

Isabelle Gattiker, directrice du festival, se souvient : "Avant la conférence de presse qui annonçait le programme du Festival, le coronavirus nous semblait une chose un peu lointaine qui touchait la Chine et l'Asie. Puis les premiers cas sont arrivés en France, en Suisse. L'annonce du Conseil Fédéral est venue d'un coup. Ils ont décrété que toute manifestation était interdite à partir de mille participants simultanément dans une salle et que pour les autres rassemblements, il fallait prendre contact avec le médecin cantonal (la Santé en Suisse est gérée par les Cantons) et se mettre d'accord pour demander l'autorisation.

Comme nous avons des invités du monde entier, dont certains viennent de pays touchés par le virus, que le Festival dure deux semaines, que notre public vient de très loin mais aussi d'Italie et de France pour voir nos évènements et que nous ne pouvons pas retracer qui est dans la salle au cas où, par malheur, une personne serait infectée par le coronavirus et que nous ne pouvons pas avertir les autres... Cela était trop dangereux. C'est cela qui a été le facteur déclenchant".

Tout bascule en 48H

Décision est donc prise d'annuler le festival. Une décision crève-cœur mais responsable : impossible de mettre en danger les 40 000 spectateurs attendus mais aussi les centaines de personnes de l'équipe. Adieu les 65 lieux prévus pour les manifestations, les innombrables rendez-vous cinéastes-public. Mais tout à coup, c'est l'étincelle. Isabelle Gattiker refuse d'annuler l'évènement !
L'équipe du FIFDH, lors de la conférence de presse, avec, en son centre, tenue orangée,  la directrice Isabelle Gattiker
L'équipe du FIFDH, lors de la conférence de presse, avec, en son centre, tenue orangée,  la directrice Isabelle Gattiker
Miguel Bueno / FIFDH

La directrice réunit alors son équipe. "Chacun avait différentes idées pour mettre en place ce festival d'une autre manière. Nous avons le droit de faire voyager les individus et celui de faire des débats retransmis sur internet. Les gens peuvent aussi poser des questions via ce mode."

En 48  heures à peine, tout va basculer.

L'équipe contacte la RTS, la chaîne suisse de télévision, qui répond présent. Elle accepte de bouleverser sa programmation pour diffuser les films en compétition ! Le jury, dès lors, peut regarder les films à distance et donner son palmarès. Un point.
 

Cette crise a renforcé notre envie de faire vivre notre mission.
Isabelle Gattiker, directrice du FIFDH
Mais comment procéder pour les cinéastes qui avaient fait cadeau de la sortie mondiale de leur documentaire de création ou de fiction ? Impossible de les proposer en VOD, notamment  pour des questions de droits.

La bouillonnante directrice appelle alors chacun des réalisateurs et une solution est trouvée : dix festivals de la région, ainsi le Festival du Réel à Locarno, vont accueillir ces films-orphelins. Nulle hésitation, une grandeur d'âme intelligente parmi ses compatriotes, tous unis dans l'adversité.
Parenthèse : on se prend à rêver d'une telle solidarité en France où les jeux de l'égo verrouillent tant de projets artistiques...

Elégance et solidarité

Le coronavirus a peut-être trouvé là son anticorps : la solidarité. Impossible aussi de ne pas penser à Jean Renoir qui affirmait : "Il faut changer chaque obstacle en tremplin".
Mission réussie !

Mais tout cela a un prix.  Il faut faire l'impasse sur 160 000 euros de billetterie.
Isabelle Gattiker tient à saluer l'élégance et la solidarité des partenaires dans cette crise : aucun n'a souhaité être remboursé des subventions allouées.
L'artiste et cinéaste Ai Weiwei en 2019 devant le public du FIFDH
L'artiste et cinéaste Ai Weiwei en 2019 devant le public du FIFDH
Miguel Bueno / FIFDH

A quelques heures de l'ouverture de ce festival remanié, historique dans sa conception, tous les invités des forums seront présents pour les débats. Aucune personne, en effet, ne s'est désistée.

"Cette panique liée en ce moment à cette épidémie de coronavirus a donné envie, et à l'équipe et aux invités, de dire : " C'est justement le moment de parler de tout ce que coronavirus est en train de cacher ! On ne parle plus que de ça dans la presse, au détriment des nouvelles vagues de migrations massives. On ne parle plus de justice climatique, des peuples qui se révoltent dans une cinquantaine de pays dans le monde etc." Tout cela a renforcé notre envie de faire vivre notre mission. Parce que nous sommes tous révoltés par ce qui se passe sur la planète. Profondément."

Le festival ouvrira donc sa gigantesque paupière numérique ce vendredi 6 mars.
N'en déplaise au coronavirus.


Pour connaître le programme et suivre les débats sur le net  : FIFDH