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Coronavirus : la contamination à travers la planète s'accélère

Patrouille militaire dans le centre de Milan, en Italie. ©AP / Claudio Furlan
Patrouille militaire dans le centre de Milan, en Italie. ©AP / Claudio Furlan

L'épidémie de pneumonie virale s'accélérait lundi à travers le globe, avec des bilans en forte hausse de la Corée du Sud à l'Iran et trois nouveaux pays touchés, plaçant les marchés financiers en état d'alerte. 

Le directeur général de l'OMS a appelé lundi le monde à se préparer à une "éventuelle pandémie" du nouveau coronavirus, en jugeant "très préoccupante (...) l'augmentation soudaine" de nouveaux cas en Italie, en Corée du sud et en Iran.

Les deux pays se retrouvent en première ligne face au coronavirus, avec respectivement le plus grand nombre de cas de contamination et de décès en dehors de Chine.

Moins d'une semaine après la détection du nouveau coronavirus, Téhéran a annoncé quatre nouveaux décès, portant à 12 le nombre de victimes de l'épidémie en République islamique. Les autorités iraniennes promettent également la transparence sur ce nouveau coronavirus, et démentent catégoriquement que l'épidémie ait pu faire une cinquantaine de victimes, comme l'affirme un député ultraconservateur. 

Ailleurs au Moyen-Orient et en Asie centrale, plusieurs pays ont annoncé de premiers cas de contamination: Afghanistan, Bahrein et Koweit. Une trentaine de pays et territoires sont désormais touchés, avec un bilan d'au moins 30 morts hors de Chine.

État d'urgence en Corée du Sud

A elle seule, avec un record quotidien de 231 nouveaux cas de contamination en l'espace de 24 heures, la Corée du Sud dénombre désormais plus de 800 patients contaminés, dont sept mortellement, soit plus que le Japon où le paquebot Diamond Princess constituait jusqu'à présent le premier foyer de contamination hors de Chine.

Face au rythme de contagion, le président sud-coréen Moon Jae-in a proclamé dimanche l'état d'alerte maximale.

Dans le sud-est, Daegu, une cité de 2,5 millions d'habitants où ont été signalés un grand nombre de cas, prenait lundi des allures de ville morte. Seule une poignée de voyageurs, le visage recouvert d'un masque, entrait ou sortait de la gare de la quatrième ville du pays.

Plus de la moitié des cas annoncés en Corée du Sud concernent des membres d'une secte d'inspiration chrétienne. Dix-huit d'entre eux rentraient d'un pèlerinage en Israël où deux cas ont été déclarés et où de nouvelles mesures d'interdiction d'entrée ont été prises.

Au Moyen-Orient, plusieurs pays ont pris des mesures pour se protéger de la propagation rapide du virus en Iran. Le Koweït et le royaume de Bahreïn ont d'ailleurs annoncé, ce lundi, les premiers cas de personnes infectées par le nouveau coronavirus, en précisant qu'elles revenaient de l'Iran voisin.

Inquiets de la multiplication des cas dans ce pays (47), l'Arménie, la Turquie, la Jordanie, le Pakistan et l'Afghanistan ont fermé leur frontière ou restreint les échanges avec ce pays.

La République islamique a annoncé samedi la fermeture des établissements éducatifs dans 14 provinces, y compris Téhéran.

En Chine même, où le coronavirus est apparu en décembre sur un marché de Wuhan (centre), l'épidémie a fait encore 150 morts au cours des dernières 24 heures.

Alors que les autorités se montrent ces derniers jours plus optimistes quant à l'évolution de la maladie, ce chiffre constitue une nette remontée du nombre de décès par rapport au chiffre annoncé la veille (97). Au total, près de 2.600 personnes ont succombé en Chine.

Le nombre de nouveaux cas de contamination a en revanche reflué à 409 contre 648 annoncés dimanche.
 

Sanctions

Signe de la gravité de la situation, le régime communiste a décidé de reporter la session annuelle du parlement, qui devait s'ouvrir le 5 mars -- une première en trois décennies.

A Wuhan, la mairie a renoncé aux mesures d'allègement de quarantaine qu'elle avait elle-même annoncées quelques heures plus tôt.

Coupée du monde depuis exactement un mois, la ville de 11 millions d'habitants avait annoncé lundi matin que les non-résidents allaient pouvoir quitter la ville du centre du pays s'ils ne présentaient pas de symptômes de la maladie et n'avaient jamais été en contact avec des porteurs du virus.

Quelques heures plus tard, la mairie a affirmé que cette décision était "invalidée" et que des sanctions étaient prises contre ceux qui avaient fait cette annonce "sans autorisation".

"Wuhan met en oeuvre l'esprit des importantes instructions du (président) Xi Jinping" concernant la lutte contre la propagation du virus, a assuré la mairie.

Une équipe d'experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est rendue pendant le week-end à Wuhan, a rapporté le ministère de la Santé.

Il s'agit de la première visite annoncée d'experts internationaux sur place depuis le début de l'épidémie. Selon le ministère, ils ont inspecté deux hôpitaux ainsi qu'un hôpital de fortune installé dans un centre sportif.
 

France et Italie en alerte

En Europe, l'Italie est devenue le premier pays du continent à imposer des mesures de quarantaine dans une dizaine de communes du nord de la péninsule.

A ce jour, le décompte se stabilise à 229 cas de contamination au nouveau coronavirus, dont 7 morts. La dernière victime est un homme de 62 ans, originaire de Castiglione d'Adda, au sud de Milan, où se trouve l'un des foyers de l'épidémie.

Environ 52.000 personnes ont passé dimanche leur première journée dans des zones de confinement instaurées en Lombardie et Vénétie.

Le Carnaval de Venise, qui devait se terminer mardi, a été annulé dès dimanche.

La France a émis une série de recommandations pour les personnes revenant des deux régions italiennes touchées par le nouveau coronavirus, la Lombardie et la Vénétie, en leur demandant notamment d'éviter "toute sortie non indispensable".

A Lyon, un bus en provenance d'Italie a été bloqué en raison d'une suspicion de coronavirus à son bord. Il pourrait s'agir du conducteur du véhicule qui pris d'une forte toux a été évacué vers un hôpital lyonnais. Une série de recommandations ont d'ailleurs été émises pour les personnes revenant des deux régions italiennes touchées, la Lombardie et la Vénétie. Il leur est notamment demandé d'éviter toute sortie non indispensable. 

A Paris, un commissariat du XIIIe arrondissement a été fermé par mesures de précaution. Une ressortissante chinoise venue porter plainte a fait un malaise. Les entrées et sorties du bâtiment ont été bloquées le temps de vérifier s'il s'agit du nouveau coronavirus.

Risque pour l'économie

L'accélération des contaminations au cours des derniers jours faisait décrocher les marchés boursiers, particulièrement en Europe où, les bourses de Milan, Paris et Francfort chutaient de plus de 3% dans la matinée.

Tandis que les cours du pétrole s'enfonçaient lundi pendant les échanges européens en raison des risques que la propagation de l'épidémie de pneumonie virale hors de Chine fait peser sur la demande mondiale, dans un marché déjà excédentaire.

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a averti que la crise "pourrait mettre en péril la reprise" mondiale, lors d'une réunion ministérielle du G20 en Arabie Saoudite.

Le FMI a déjà abaissé de 0,4 point sa prévision de croissance pour la Chine en 2020, à 5,6%. La Chine étant la deuxième économie mondiale, ce repli devrait coûter 0,1 point de croissance au PIB planétaire.