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Coronavirus : le Québec fait face à une troisième vague

Plus de 50% des nouvelles contaminations sont dues aux variants dans la province du Québec comme à Montréal, capitale économique de la province francophone.
Plus de 50% des nouvelles contaminations sont dues aux variants dans la province du Québec comme à Montréal, capitale économique de la province francophone.
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Face au coronavirus, le Québec n’échappe pas à une troisième vague de contaminations alors que la province est pourtant entrée dans un déconfinement progressif depuis plusieurs semaines. Le gouvernement compte cependant sur la campagne de vaccination pour battre de vitesse la montée des variants du virus. Éclairage.
 

Ce 29 mars le ministre québécois de la santé, Christian Dubé, ne cachait plus son  pessimisme : « On n’a pas à se poser de questions sur la troisième vague, on y est. » L'homme promet de faire le maximum pour « la contrôler le plus longtemps possible. »

L’arrivée des variants au Québec

Les variants du coronavirus sont en effet responsables de cette troisième vague selon les épidémiologistes. « Cette semaine, on va dépasser les 50% de toutes les nouvelles infections avec les variants, ça varie selon les régions du Québec, la majorité, c’est la souche britannique, mais il y a la souche sud-africaine qui est présente dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue, dans le nord du Québec. Le problème avec la souche sud-africaine, c’est qu’en plus d’être très contagieuse, elle semble résister aux vaccins. Cette souche-là, il ne faut vraiment pas la laisser se répandre, il faut absolument la contrôler » explique ainsi l’épidémiologiste Nimâ Machouf.
 

Cette semaine au Québec, on va dépasser les 50% de toutes les nouvelles infections avec les variants

Nimâ Machouf, épidémiologiste


On rapporte en effet une forte hausse de cas dans cinq régions de la province qui sont donc sous haute surveillance. « Les prochains jours vont être critiques » avertit le premier ministre québécois François Legault, inquiet que les Québécois relâchent leur respect des consignes durant les festivités de Pâques. « Le plus important, c’est de ne pas faire de visites dans les maisons » précise François Legault, en déplorant que beaucoup de jeunes adultes ne respectent pas cette interdiction de rassemblement. Le couvre-feu à partir de 21h30 est d’ailleurs maintenu partout dans la province. « Prudence, prudence, prudence » a conclu François Legault dans son point de presse.

Retour à l’école à temps plein pour tous les collégiens

 

C’est dans ce contexte de troisième vague que sont retournés cette semaine les élèves des écoles secondaires québécoises, après avoir passé les six derniers mois à aller à l’école un jour sur deux. Un retour qui inquiète la communauté médicale : l’école est un lieu de prédilection du virus et ces variants sont plus contagieux que la souche initiale, on craint donc que le retour en classe de tous les collégiens ne s’accompagne d’une accélération des contaminations.

L’épidémiologiste Nîma Machouf s’alarme : « Je pense que le Québec ne va pas dans la bonne direction. Les variants vont bientôt dominer les nouveaux cas au Québec et ils sont plus contagieux que la souche originale. Ces souches mutées affectent plus les jeunes, maintenant que les plus âgés sont immunisés, et les enfants deviennent de grands transmetteurs. Chaque enfant qui ramène le virus à la maison infecte toute la maisonnée. Dans un mois, le printemps sera là, on pourra rouvrir les fenêtres dans les classes, ce sera plus sécuritaire. Mais maintenant, c’est trop tôt ».

Lire : Covid-19 au Québec : un an après, quel bilan dans la province la plus touchée du Canada ?

Le gouvernement québécois ne cache pas son inquiétude lui aussi mais il maintient cette décision afin de limiter notamment les problèmes d’apprentissage et les cas de décrochage scolaire.

Ce retour en classe fait partie des mesures de déconfinement progressif introduit par le gouvernement au cours des dernières semaines, comme la réouverture des cinémas, des salles de spectacles, des centres sportifs. Un déconfinement trop hâtif selon de nombreux spécialistes : « Ce n’est pas le temps de faire du déconfinement, laissons-nous au moins un mois pour contrôler cette troisième vague et entreprendre après ce déconfinement » estime Nimâ Machouf.

Troisième vague en Ontario

En Ontario,  plus grande province du Canada, la troisième vague déferle. Plus de 2000 nouveaux cas sont recensés quotidiennement depuis une semaine déjà. Et la majorité de ces nouvelles contaminations, 60%, est liée à des variants, principalement le britannique. Les autres provinces canadiennes enregistrent elles aussi une augmentation constante de nouveaux cas, notamment en Colombie-Britannique, dans l’ouest du pays, qui a enregistré ces derniers jours un record de contaminations quotidiennes. Seules les provinces maritimes, dans l’est du pays, sont relativement épargnées par la pandémie, la « bulle maritime » comme on l’a baptisée, qui s’explique notamment par le fait que ce sont les provinces les moins peuplées du pays et qu’elles ont rapidement fermé leurs frontières afin de limiter la propagation du virus.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, ici le 14 février 2020 à Munich, ne cache pas son inquiétude face à la troisième vague et exhorte les Canadiens à "éviter les rassemblements".
Le premier ministre canadien Justin Trudeau, ici le 14 février 2020 à Munich, ne cache pas son inquiétude face à la troisième vague et exhorte les Canadiens à "éviter les rassemblements".
AP Photo/Jens Meyer

Le premier ministre Trudeau ne cache pas son inquiétude devant cette troisième vague, surtout à l’approche du week-end pascal : il exhorte les Canadiens : « Il faut éviter les rassemblements, il ne faut pas voyager. (…) Avec les nouveaux variants, il ne faut pas baisser la garde. »

C’est le vaccin qui va nous sauver !

Nimâ Machouf, épidémiologiste

C’est la course contre la montre entre les vaccins et les variants actuellement au Canada. La campagne de vaccination rentre donc en mode accélération : dans cette dernière semaine de mars, trois millions de doses sont attendues, ce qui porte à 6 millions le nombre de vaccins reçus au Canada depuis le début du processus, tel que promis par le premier ministre Trudeau. Pfizer doit livrer d’ici juin un total de 9 millions de doses. Au total, 44 millions de doses seront administrées d’ici le début de l’été, ce qui permet à Justin Trudeau de promettre que tous les Canadiens adultes qui le désirent seront « entièrement vaccinés » d’ici septembre.

11% des Canadiens ont reçu au moins une dose de vaccin

Jusqu’à maintenant 11% des Canadiens ont reçu au moins une dose de vaccin. Le Québec est la province championne de la vaccination, avec 1,3 millions de doses injectées, et le gouvernement Legault promet que tous les Québécois adultes qui le veulent auront reçu leur première dose d’ici le 24 juin, jour de la fête nationale. Rien qu’à Montréal, 19% de la population a reçu sa première dose, soit près d’un Montréalais sur 5, âgés de plus de 60 ans.

Santé Canada ne veut pas administrer le vaccin AstraZeneca aux plus de 55 ans

Parlant de vaccin, celui d’AstraZeneca connait ici aussi sa part de controverse. Santé Canada vient d’émettre un avis recommandant de ne pas administrer ce vaccin aux moins de 55 ans. Nimâ Machouf croit pour autant que ce vaccin est aussi bon que ceux de Pfizer et Moderna et qu’il est peut-être plus victime de considérations politiques que scientifiques : « Cela ressemble plus à une opération marketing mal gérée, car au Canada, sur les 300 000 doses de ce vaccin qu’on a administrées, on n’a pas rapporté de cas de thrombose. Mais on freine son utilisation par prudence », avance l’épidémiologiste. Au Québec, le premier ministre François Legault a précisé qu’aucun effet secondaire lié à l’AstraZeneca n’avait été rapporté.

« C’est le vaccin qui va nous sauver et on en a plusieurs, donc on peut vacciner plus rapidement » conclut Nimâ Machouf, qui voit le bout du tunnel se profiler à l’automne 2021, quand la majorité de la population canadienne aura été vaccinée. Elle croit, cependant, que le Canada devra garder un contrôle serré à ses frontières, en maintenant les mesures mises en place cet hiver (test obligatoire et trois jours imposés dans un hôtel en attente du résultat). L’épidémiologiste fait partie de ceux qui sont en faveur d’un passeport vaccinal pour pouvoir entrer au Canada : « Je pense que ça va être le salut pour notre société ».