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Coronavirus, ma vie en quatorzaine : apprenons à avancer masqué

Pénurie de masques dans une pharmacie parisienne, vendredi 6 mars 2020.
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Pénurie de masques dans une pharmacie parisienne, vendredi 6 mars 2020.
© AP Photo/Francois Mori

Après un week-end en Italie, notre journaliste Pierre Desorgues a bien malgré lui été placé en quatorzaine. A quoi ressemble sa vie quotidienne ? Que fait-il de ses journées ? Pierre nous fait régulièrement le point sur sa "crise de la quarantaine".

Ca y est je suis équipé ! Un maque FFP2 ! Le nec plus ultra du masque ! La Rolls de la protection ! Merci internet ! Merci Jeff Bezos ! Bref, comme beaucoup de Français, j’ai pu en obtenir un sans passer par la case pharmacie.
Les autorités imposent désormais une ordonnance médicale pour pouvoir se le procurer. Bien compliqué tout cela ! De toute façon comment aurais je pu me procurer ce masque en pharmacie sans masque ?

Gel pour les mains en poche, je vais enfin pouvoir sortir ! Je vais enfin échapper à une forme de désocialisation, voir de nouveaux visages, marcher respirer, vivre !
"L’enfer, c’est les autres", selon Jean-Paul Sartre. Je n'en suis plus si certain. Sur le palier de ma porte, je tente d'enfiler mon FFP2, un peu hésitant.  Je ne suis pas habitué. Je force ma respiration. Une buée se colle sur mes verres de lunettes. Je me calme. Je contrôle mon souffle.
 
Direction l’arrêt de bus de la ligne 105. Rendez-vous Mairie des Lilas pour faire une course. Sur place, personne. Personne à effrayer ?
Le bus arrive ! Je monte. Le conducteur me lance un "bonjour" un peu surpris en voyant ma mine. Mais il ne  tente pas une réflexion. Juste un petit sourire...
Est-ce la première fois qu’il voit une personne masquée à bord de son véhicule ?
Facile de trouver une place assise, le 105 n’est pas bondé. Il est 10 heures du matin mais je sens mes voisins me regarder avec un forme d‘étonnement. Une forme de résignation peut-être. Je suis sans doute pour eux le premier signe de l'arrivée de la maladie dans le grand Est parisien...  La France va sans doute passer au stade 3 dans

L'homme au masque d'enfer.
L'homme au masque d'enfer.
© Pierre Desorgues

les prochains jours, celui de l’épidémie. Les usagers ont sans doute intégré cette probabilité. Personne ne prend ses distances. Je tente le dialogue avec ma voisine assise en face de moi : "Ne vous inquiétez pas, c’est une mesure de prudence " ! "Je crois que vous l'avez mis à l’envers, votre masque", me répond-elle avec un sourire amusé. Mince ! "Peut être que le logo ne doit pas apparaître sur votre visage", m’explique-t-elle. Elle a raison. Mais je ne peux pas l’enlever ici, ce serait ridicule !
 
Je descends au premier arrêt, un peu dépité. Je remets mon masque à l’endroit et je marche. Les passants m’ignorent. Je me dirige vers le premier supermarché. La radio annonce des rayons vides. Les gens feraient des provisions. "Un peu comme pendant la guerre du Golfe en février 1991", se souviennent les anciens.

Je rentre (avec mon masque remis à l’endroit).
L'agent chargé de la sécurité me regarde avec surprise mais il ne dit rien. Les étalages sont pleins,  fruits, légumes, viandes, pâtes, riz, bref comme d’habitude. Me voilà rassuré.
Caisse automatiques ou un petit coucou à la caissière ?  Un agent de sécurité me lance : "utilisez la caisse automatique". "Pourquoi ? " Il reste ferme. "S’il vous plait !" Je m'exécute. Il ne faut pas faire peur au personnel.
Ce sera le seul moment où je serai rappelé à ma condition d'homme en quarantaine.
Je rentre à pied de mon escapade. Jour 10 de ma quarantaine, pardon de ma  quatorzaine.
L'incubation du virus dure entre 7 et 14 jours. Je serai bientôt fixé sur mon sort !