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Coronavirus : "Notre mépris pour la nature a causé cette pandémie", pour la primatologue Jane Goodall

Jane Goodall après avoir reçu un prix pour l'ensemble de son oeuvre lors de son 85ème anniversaire, à l'Hôtel de ville de Los Angeles (Etats-Unis) - 3 avril 2019.<br />
 
Jane Goodall après avoir reçu un prix pour l'ensemble de son oeuvre lors de son 85ème anniversaire, à l'Hôtel de ville de Los Angeles (Etats-Unis) - 3 avril 2019.
 
© AP / Damian Dovarganes

C'est le "mépris" de notre environnement qui a causé la crise du Covid-19, estime Jane Goodall, 86 ans, primatologue britannique qui a voué sa vie à la défense des animaux, notamment les chimpanzés, et de l'environnement. Mais il est temps d'apprendre de nos erreurs et tenter d'éviter de futures catastrophes, plaide-t-elle. La chaîne National Geographic diffuse un documentaire sur sa vie ce 22 avril : "Jane, un message d'espoir".
 

Jane Goodall, la primatologue britannique, comme tout le monde, est confinée chez elle. Elle se trouve dans sa maison de famille à Londres, et non en Tanzanie où elle réside habituellement.

La Dre Goodall a transformé la vision que le monde avait des chimpanzés en observant ces primates, dans leur milieu naturel en Afrique, il y a soixante ans, alors qu'elle n’avait même pas de diplôme universitaire, dans ce qui est devenu le Centre de recherche de Gombe stream en Tanzanie.

Elle a ensuite pris fait et cause pour les chimpanzés en captivité, se battant pour qu’ils ne soient plus utilisés dans les laboratoires. Aujourd’hui, le Jane Goodall Institute soutient la recherche initiée à Gombe stream ainsi que d’autres programmes de développement en matière d’éducation et d’écologie.

La primatologue est extrêmement préoccupée des effets économiques que ce confinement va avoir sur les populations les plus pauvres comme elle l’expliquait à un journaliste du New York Times récemment. « Aux Etats-Unis, une partie de la population peut avoir accès au chômage ou à de l’aide sociale. Mais prenez la Tanzanie par exemple. Les gens qui travaillent dans les bars, ou des restaurants, ou en vendant de la nourriture sur des petits étals dans la rue – tout ce qui est interdit maintenant. Comment vont-ils faire pour vivre ? »

Pour la sortie d'un nouveau documentaire sur sa vie, ce 22 avril, « Jane, un message d'espoir » sur la chaîne National Geographic, elle a répondu aux questions de l'Agence France-Presse sur les effets de la pandémie de coronavirus.

La bande-annonce du documentaire :

  • Comment percevez-vous cette pandémie ?

C'est notre mépris pour la nature et notre manque de respect pour les animaux avec lesquels nous devrions partager la planète qui ont causé cette pandémie, qui avait été prédite de longue date. Car à mesure que nous détruisons, par exemple la forêt, les différentes espèces d'animaux qui l'habitent sont poussées en proximité forcée et des maladies passent d'un animal à un autre, et un de ces animaux, rapproché par force des humains, va probablement les infecter.

Ce sont aussi les animaux sauvages chassés, vendus sur des marchés en Afrique ou en Asie, notamment en Chine, et nos élevages intensifs où nous parquons cruellement des milliards d'animaux, ce sont ces conditions qui donnent l'occasion aux virus de faire le saut entre les espèces vers les humains.

  • Concernant ces marchés animaliers, que faire ?

C'est une très bonne chose que la Chine ait fermé les marchés d'animaux vivants. C'est une interdiction temporaire dont nous espérons qu'elle deviendra permanente et que d'autres pays asiatiques vont suivre.

Mais en Afrique il sera très difficile de stopper la vente de viande de brousse, car tant de gens en dépendent pour leur subsistance. Il faudra penser très attentivement à comment faire, car on ne peut empêcher quelqu'un de faire quelque chose quand il n'a absolument pas d'argent pour vivre ou faire vivre sa famille. Mais que cette pandémie nous apprenne au moins quoi faire pour en éviter une prochaine.

  • Quelles leçons tirer de cette pandémie ?

Nous devons comprendre que nous faisons partie du monde naturel, que nous en dépendons, et qu'en le détruisant, en fait, nous volons l'avenir de nos enfants. J'espère qu'en raison de cette riposte sans précédent, ces confinements partout dans le monde, plus de gens vont se réveiller, commencer à penser des façons dont ils pourraient vivre différemment leurs vies.

Nous pouvons tous faire une différence, tous.Jane Goodall, primatologue

Tout le monde peut avoir un impact chaque jour, si vous pensez aux conséquences des petits choix que vous faites. Pensez à ce que vous mangez, d'où ça vient. Si ça a causé de la cruauté envers les animaux, si ça provient d'une agriculture intensive, ce qui est le cas en général. Est-ce que c'est bon marché grâce à du travail forcé d'enfants ? Est-ce que sa production a nui à l'environnement ? Combien de kilomètres a-t-il fallu le faire voyager ? Avez-vous pensé à marcher au lieu de prendre la voiture ? Comment pourriez-vous lutter contre la pauvreté ?

La primatologue Jane Goodall avec son mari Hugo Van Lawick, 1974 (Photo Associated Press)
La primatologue Jane Goodall avec son mari Hugo Van Lawick, 1974 (Photo Associated Press)
Parce que les gens pauvres ne peuvent pas faire ce genre de choix éthiques, qu'ils doivent faire ce qu'ils peuvent pour survivre, ils ne peuvent pas se poser des questions sur ce qu'ils achètent, ça doit être le moins cher et ils abattront le dernier arbre parce qu'ils sont au désespoir de trouver de la terre pour faire pousser quelque chose à manger... Ce que nous pouvons faire chacun dans notre vie dépend de qui nous sommes, mais nous pouvons tous faire une différence, tous.
 
Revoir notre rencontre avec Jane Goodall en 2018 :
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Reportage : N. George, C. Alline, A. Demart
©TV5MONDE