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Côte d'Ivoire : les élèves les plus "faibles" menacé de renvoi des établissements scolaires en fin d'année

Des élèves assistent à un cours dans une école du quartier de Koumassi à Abidjan, en Côte d'Ivoire, lundi 25 mai 2020.
Des élèves assistent à un cours dans une école du quartier de Koumassi à Abidjan, en Côte d'Ivoire, lundi 25 mai 2020.
AP Photo/Diomande Ble Blonde

Cette semaine, les élèves des collèges et lycées ivoiriens connaissent une rentrée "sous pression". Ceux dont la moyenne annuelle ne sera pas supérieure à 8.5 sur 20 seront exclus de leur établissement. Une décision rendue publique par la ministre de l'Éducation nationale Mariatou Koné qui s’inquiète du niveau général dans les établissements scolaires du pays.

Cette semaine, les élèves ivoiriens du secondaire ont repris le chemin de l'école avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. De la sixième à la terminale, ceux ayant moins de 8,5 de moyenne annuelle seront exclus de leur établissement.

Cette mesure est la première rendue publique du rapport des "États généraux sur le système éducatif" menés par le ministère d’éducation nationale et de l’alphabétisation. Ce dernier a remis son rapport au Premier ministre ivoirien au début du mois de septembre.

La ministre de l’éducation Nationale, Mariatou Koné, défend cette réforme censée "inciter les élèves au travail." 

"Lutter contre la médiocrité"

"C'est une mesure qui existe depuis les années 70 et qu'on rappelle pour inciter les élèves au travail et lutter contre la médiocrité", soutient aux journalistes de l'AFP la ministre de l’éducation Nationale Mariatou Koné, en fonction depuis le 6 avril 2021. 

Cet enthousiasme est partagé par Claude Kadio Aka président de l’Organisation des parents d'élèves et étudiants de Côte d'Ivoire (Opeeci), joint par TV5MONDE.

"Cette mesure est une mesure ancienne qui s’impose si nous souhaitons mettre en œuvre un enseignement de qualité dans le pays", affirme-t-il.
 
Des enfants sont dans des classes élevées et ne savent même pas écrire une phrase élémentaire.Christelle Okingni interrogée par l'AFP.
"L’ancienne ministre de l'Éducation nationale ivoirienne Kandia Camara Kamissoko [aujourd’hui Ministre des Affaires étrangères] a décidé il y a une dizaine d’années de faire passer tous les enfants en classes supérieures quels que soient leurs niveaux. Cette décision a engendré beaucoup de problèmes relatifs aux niveaux des élèves", dénonce Claude Kadio Aka. 

"Aujourd'hui un élève a trois possibilités", explique t-il. "S’il réussit, un élève passe en classe supérieur, s’il a des difficultés il redouble, s’il n’y arrive tout simplement pas alors il est renvoyé". 

Au collège Pierre Amondji d'Adjamé, dont la maxime "Qui cherche la perfection obtient l'excellence" est affichée en lettres capitales sur les murs de la cour, des témoignages recueillis par l’AFP, rapportent une satisfaction des élèves. 

"Je trouve ça positif, ça va nous amener à redoubler d'efforts et travailler plus", estime Djénébou, élève de terminal passant le bac en fin d'année. 

"C'est une bonne mesure, le but c'est d'améliorer nos connaissances et sortir avec une bonne formation", renchérit son camarade de classe Seydou. 

Christelle Okingni mère de quatre enfants scolarisés salue elle aussi l’initiative : "Des enfants sont dans des classes élevées et ne savent même pas écrire une phrase élémentaire". 

À lire : Côte d'Ivoire : l'alphabétisation se fait aussi en ligne
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L’enseignement technique : "Une dernière chance pour les élèves en difficulté"

Dans le quartier populaire d'Adjamé, au cœur d'Abidjan, à la veille de la rentrée c'est l'effervescence devant de petites échoppes de fournitures scolaires. La même question est sur toutes les lèvres "que vont devenir les élèves exclus" ? 
 
Les élèves ne seront pas exclus du système scolaireMariatou Koné, ministre de l’éducation Nationale​ ivorienne.
Le Ministère assure que "les élèves ne seront pas exclus du système scolaire. Il y a des passerelles avec l'enseignement technique et la formation professionnelle".

Mais ces passerelles ne sont pas automatiquement proposées aux élèves concernés révèle Claude Kadio Aka. "L’enseignement technique est prêt à donner une dernière chance à tous les enfants qui ne parviennent pas à suivre le rythme normal mais c’est aux parents d’inscrire leurs enfants aux passerelles de professionnalisation", prévient-il. 

"Ces enseignements techniques sont accessibles sur concours", explique le représentant de l’Opeeci. "Un enfant ne peut pas être mauvais partout, il convient donc de tester les enfants puis de déterminer, en fonction de leurs prédispositions, les domaines dans lesquels il faut les orienter", affirme-t-il. 

Le Ministère n’a pour l’heure pas dévoilé comment il entend procéder pour faciliter la réorientation de ces élèves dont la scolarité reste obligatoire jusqu’à 16 ans selon la loi. 

De son côté, Claude Kadio Aka assure commencer à entreprendre des "opérations de sensibilisation" auprès des parents pour qu’ils trouvent des formations à leurs enfants.

Il souhaite également convaincre les autorités de "lister les enfants concernés [ceux renvoyés par leurs établissements] de telle sorte à pouvoir demander aux autorités un budget pour leur accompagnement."

Le risque de voir des enfants descolarisés 

Pourtant la crainte de voir des enfants déscolarisés existe aujourd’hui dans le pays. "La mesure est trop drastique, que va-t-on faire des élèves exclus", s’alarme Mariam Eïd mère de famille interrogé par l’AFP devant un magasin de fourniture scolaire. 

Si en théorie l’éducation reste gratuite dans le pays, les fournitures scolaires elles sont à la charge des parents. Leur coût est bien souvent trop important pour des familles en grande difficulté financières dans un pays soumis à l’inflation (4,1% en 2021, selon les données de la Banque mondiale).

À voir : Côte d'Ivoire : le gouvernement annonce des mesures pour lutter contre la hausse des prix
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Au-delà des enjeux de niveau, le système scolaire ivoirien rencontre d’importantes difficultés. Il n'est pas rare en Côte d'Ivoire de trouver des salles de classe avec 60, voire 80 élèves. Le manque de professeurs ampute parfois l'année scolaire de plusieurs semaines, selon les experts interrogés par l’AFP.
 
Il n’est pas rare qu’un enfant échoue faute de moyens
Claude Kadio Aka, président de l’Organisation des parents d'élèves et étudiants de Côte d'Ivoire.
Mercredi 14 septembre, le gouvernement a annoncé la distribution gratuite de 6 millions de manuels scolaires et 5,3 millions de kits de fournitures ainsi que la mise à disposition de 167.000 tables. 

Pourtant ces annonces ne concernent souvent que les étudiants des écoles primaires. "Chaque année on donne des kits scolaires aux enfants du primaire mais au niveau du secondaire toutes les charges des fournitures reviennent aux parents. Il n’est pas rare qu’un enfant échoue faute de moyens", révèle Claude Kadio Aka.
 
Il existe un risque que les enfants soient dans la nature. Claude Kadio Aka, président de l’Organisation des parents d'élèves et étudiants de Côte d'Ivoire.
Les enfants expulsés de leur établissement et n’étant pas en mesure de trouver une formation risque ainsi d’être déscolarisés. "Il y’a déjà aujourd’hui une déperdition chez les jeunes en Côte d’Ivoire avec beaucoup de petits voyous qui trainent dans les rues et qui ne font pas honneurs aux pays", estime Claude Kadio Aka. 

Si cette réforme vise à offrir "un métier précis" à tous les jeunes du pays, il existe aujourd’hui un "risque que les enfants soient dans la nature", selon le représentant de l’association des parents d’élèves.