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Covid-19 au Brésil : Jair Bolsonaro, un président "coronasceptique"

Le président brésilien porte un masque lors d'une conférence de presse sur le nouveau coronavirus. Palais présidentiel le Planalto, Brasilia, Brésil, 18 mars 2020.
Le président brésilien porte un masque lors d'une conférence de presse sur le nouveau coronavirus. Palais présidentiel le Planalto, Brasilia, Brésil, 18 mars 2020.
© AP / Andre Borges

Jair Bolsonaro, connu pour ses discours sulfureux, a limogé jeudi 16 avril en pleine crise du coronavirus son populaire ministre de la Santé, Luis Henrique Mandetta, avec lequel il était en désaccord total sur les moyens de faire face à la pandémie. Le président brésilien sous-estimait jusqu'à présent, voire niait les risques du coronavirus. Il est désormais contraint de faire machine arrière.

C'est le dernier épisode du coronascepticisme de Jair Bolsonaro. Luis Henrique Mandetta a toujours préconisé le confinement et la distanciation sociale, suivant à la lettre les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), au nom de "la science".

Mais le chef de l'État entravait sans cesse son action, qualifiant le virus de "petite grippe" et remettant en cause les mesures de confinement prises par les gouverneurs de presque tous les États brésiliens.

Le chef de l'Etat a évoqué un "divorce par consentement mutuel" au sujet du limogeage du ministre, remplacé par l'oncologue Nelson Teich, qui a indiqué en conférence de presse qu'il ne prendrait pas de "décision brusque" en ce qui concerne une éventuelle levée des mesures de confinement réclamée par le président Bolsonaro.

Après des prises de position controversées, notamment sur l'homosexualité, les femmes ou encore les peuples indigènes, il n'était pas étonnant de voir Jair Bolsonaro, élu depuis janvier 2019, minimiser les dangers du Covid-19. En étant obligé de revenir sur ses propos il fragilise, de facto, son discours et son image.

Jusqu'ici, au Brésil comme aux États-Unis, la priorité avait été donnée à la sauvegarde de l'économie. Aussi bien Jair Bolsonaro que Donald Trump sont tous deux rattrapés par la réalité de la pandémie et ses centaines de victimes quotidiennes. Ils sont donc condamnés au rétropédalage.

Les deux chefs d’État n'ont de cesse, dans leur discours, de préparer leurs concitoyens à un lourd bilan de décès. Les deux hommes appellent aujourd'hui la population à respecter les gestes barrières, ou encore les mesures de confinement.


Jair Bolsonaro et le déni de la pandémie

C'est à la mi-mars que les premières réactions d'exaspération de la population brésilienne, face au déni de leur président, se font entendre : le mercredi 18 mars,  étaient scandés  des "Fora Bolsonaro" (dehors Bolsonaro) dans les rues des grandes villes brésiliennes.

Le lendemain, on assistait au  premier fléchissement de la position du président. Il déclarait, en conférence de presse, encadré par huit de ses ministres, et portant un masque, que l'expansion du Covid-19 est "grave". Une rupture avec son discours du 15 mars, dans lequel il soutenait des rassemblements organisés dans plusieurs villes du pays contre un Congrès et un  pouvoir judiciaire accusés de se montrer trop alarmistes.

Il a été jusqu'à s'adonner à des bains de foule et des embrassades, contrevenant à toute mesure de prudence quant au virus, et allant jusqu'à publier, sur Twitter, les images de son insouciance assumée. Sur CNN, il se justifie affirmant : "À partir du moment où je suis négatif, je ne mets pas en danger la vie et la santé de ceux que j’approche". 

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Un discours qui ne passe pas

Après cet épisode, la députée Janaina Paschoal (PSL, extrême droite) qui a pourtant soutenu Jair Bolsonaro pendant sa campagne électorale, a, dans la foulée, appelé à lancer une procédure d’impeachment contre lui.

Dès le lendemain, une demande est officiellement déposée par des députés appuyés par des maires et des intellectuels de gauche. Le président brésilien est accusé de "crime de responsabilité" pour avoir décidé de faire fi des consignes de l'Organisation mondiale de la santé : "Sa conduite est criminelle et son irresponsabilité est un risque pour la santé nationale", dénonçe la députée Fernanda Melchionna (PSOL, gauche).

Controverse sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux, d'ordinaire non-interventionnistes, s'en sont même mêlés. Facebook a décidé de supprimer une vidéo du président brésilien faisant l’éloge de l’hydroxychloroquine. Twitter a fait disparaître deux tweets relayant le  message dans lesquel Jair Bolsonaro encourage à cesser toute forme de distanciation sociale. 

Cela n'a pas empêché le président brésilien de récidiver. Le 31 mars, il postait une vidéo tournée sur un marché de la ville de Belo Horizonte, dans le sud-est du pays, dont les étals étaient apparemment vides. Il y déclare : "Vous critiquiez le discours du président en pensant que l’économie n’était pas si importante et qu’il fallait sauver des vies. La faim, ça tue aussi". Des médias locaux ont démontré par la suite que les étals en question étaient pourtant bien achalandés ce jour-là.

Le lendemain, le 1er avril, et ce n'était pas un poisson d'avril, Jair Bolsonaro présentait ses excuses. Pas avare de contradictions, il qualifie maintenant la pandémie de "plus grand défi de notre génération", après l’avoir  présentée comme "une petite grippe".

Bolsonaro sort déstabilisé de cette volte-face  ; il s'est notamment  attiré les foudres d'une grande partie des gouverneurs du pays. Une destitution en pleine crise du coronavirus paraît néanmoins improbable, le Parlement éprouvant des difficultés à se réunir. Reste à voir ce qu'il en sera quand la pandémie sera endiguée. Mais à n'en pas douter, le sens du vent est en train de tourner au Brésil.

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