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Covid-19 : à Davos la guerre au vaccin s'invite dans les discussions

La présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen lors d'un sommet européen sur la pandémie du coronavirus le 21 janvier dernier à Bruxelles. 
La présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen lors d'un sommet européen sur la pandémie du coronavirus le 21 janvier dernier à Bruxelles. 
© Olivier Hoslet, Pool Photo via AP

Après des retards annoncés par Pfizer dans les livraisons de vaccins contre le Covid, une annonce similaire d'AstraZeneca, le 22 janvier, a suscité la colère de l'Union européenne. Face aux difficultés de production et d'acheminement du vaccin la tentation du chacun pour soi est grande. Au Forum économique de Davos, des voix, notamment en Afrique, se sont élevées pour réclamer un accès "équitable" aux vaccins.

Alors que la barre des 100 millions de cas de Covid-19 dans le monde est en passe d'être dépassée, les pays les plus riches ont pris une longueur d'avance dans la course à la vaccination.

Retards en Europe

Bénéficiaires d'investissements massifs de l'Union européenne, les fabricants de vaccins anti-Covid "doivent maintenant tenir leurs promesses et honorer leurs obligations", a averti la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 26 janvier dans une intervention vidéo, car, pandémie oblige, le Forum économique mondial a déserté cette année la station de ski suisse de Davos.

Déjà à cran après des difficultés d'acheminement du vaccin Pfizer-BioNTech, le premier déployé dans l'UE, Bruxelles est sous pression après l'annonce de délais de livraison pour le vaccin du britannique AstraZeneca en raison d'une "baisse de rendement" sur un site de fabrication.

"L'important est d'avoir une répartition équitable" et d'"opter pour une voie multilatérale", déclare pour sa part Angela Merkel. La chancelière allemande souligne les enjeux diplomatiques derrière la grande question éthique de l'égalité d'accès, au moment où la Chine notamment multiplie les annonces de dons et de livraisons de ses vaccins aux pays en voie de développement. "Ne nous faisons pas d'illusions: la question de qui dans le monde va avoir accès à quel type de vaccins va créer de nouveaux liens. Qui reçoit de l'aide en une telle situation d'urgence s'en souviendra naturellement plus nettement."


Coronavirus : la guerre des vaccins désavantage les pays les plus pauvres
 

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Situation critique en Afrique

Les pays africains alertent sur l'urgence de la situation. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa notamment qui fustige "Les pays riches du monde accaparent ces vaccins," et il ajoute que les pays pauvres sont mis à l'écart par ceux qui ont les moyens d'acquérir "jusqu'à quatre fois ce dont leur population a besoin".

L'Afrique du Sud, pays le plus touché du continent africain, paiera ses premiers vaccins, acquis par le biais de négociations directes entre le gouvernement et le laboratoire AstraZeneca, 2,5 fois plus cher que les pays de l'Union européenne. 

L'appel du président Ramaphosa fait écho à des avertissements répétés de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) contre le "nationalisme vaccinal". Lundi 25 janvier, le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé les pays riches à ne pas "couper la file" et mettre à disposition des pays pauvres leurs doses excédentaires par le biais du mécanisme Covax, pour un accès équitable aux vaccins.
 


Le fossé vaccinal entre riches et pauvres se creuse, s'inquiète l'OMS, qui a besoin de 26 milliards de dollars pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre le Covid-19. "Le nationalisme vaccinal pourrait coûter à l'économie mondiale jusqu'à 9.200 milliards de dollars", a déclaré aux journalistes le chef de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, citant une nouvelle étude de la Chambre de commerce internationale.

(RE) voir : L'Afrique est-elle oubliée dans la distribution du vaccin ?

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D'autres vaccins doivent également être fournis par l'intermédiaire de l'Union africaine (UA), qui s'est engagée à procurer 270 millions de doses aux pays du continent. Mais selon le président sudafricain Ramaphosa, qui a lui-même lancé l'initiative alors qu'il était président de l'UA, celle-ci ne connaît jusqu'ici qu'un "succès marginal".

Pour l’instant, en Afrique, il n’y a que les Seychelles qui ont commencé à se vacciner dès le 10 janvier, grâce à un envoi provenant du gouvernement indien. Le Sénégal est en discussion avec la Chine pour l'acquisition de 200.000 doses de vaccin contre le Covid-19, en plus de celles qu'il recevra par le programme international Covax, en vue d'une campagne qui visera initialement 20% de sa population. "Dans un premier temps nous attendons les vaccins de l'initiative Covax", explique le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr dans une vidéo sur les réseaux sociaux diffusée e 13 janvier, "mais nous sommes aussi en discussion avec la partie chinoise pour acquérir des vaccins Sinopharm".

L'Algérie a commandé le vaccin chinois mais aussi le Sputnik russe, moins cher que ses rivaux occidentaux mais dont des journaux locaux ont mis en doute la fiabilité.

(RE)voir : Covid-19 : pourquoi les vaccins chinois et russes ont la cote au Maghreb ?

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Un rique de "panique vaccinale"

L’Ukraine attend toujours de recevoir ses vaccins. Confrontée à des difficultés d'approvisionnement, l'Ukraine va obtenir "prochainement" un million de doses de vaccins anti-covid pour lancer sa première campagne de vaccination, a annoncé le 25 janvier le président Volodymyr Zelensky.

A cause des nouveaux variants, "actuellement, une panique vaccinale" s'est emparée du monde, a estimé lors d'une table ronde au sommet économique et social de Davos l'épidémiologiste Seth Berkley, qui dirige l'Alliance pour les vaccins (Gavi), l'une des organisations qui tentent d'assurer la livraison de doses aux pays défavorisés. "Nous allons commencer à distribuer les vaccins en février et monter en puissance pour tenter d'atteindre notre objectif de 2 milliards de doses d'ici la fin de l'année", a-t-il confirmé. 

Dans une étude commandée par la Chambre de commerce internationale (ICC), des épidémiologistes calculent que même si les économies avancées vaccinent leur propre population, elles auraient néanmoins à subir des coûts allant jusqu'à 4.500 milliards de dollars si les pays les moins avancés n'ont pas accès aux vaccins. "C'est bien plus que les 38 milliards de dollars qu'il en coûterait pour fabriquer et distribuer les vaccins à l'échelle internationale", selon ce document.

Combien de pays ont reçu le vaccin et commencé leur campagne de vaccination ?
Le 20 janvier au moins 51.285.801 doses ont été administrées dans au moins 61 pays ou territoires, selon des données compilées par l'AFP à partir de sources officielles.

Israël est, de loin, le pays le plus en avance puisque plus d'un quart de sa population (26,1%) a déjà reçu au moins une dose, soit 2,3 millions de personnes. Quelque 6,2% des Israéliens ont même reçu les deux doses nécessaires pour une protection optimale, un record également.

En volumes, ce sont les Etats-Unis qui font la course en tête, avec 15,7 millions de doses administrées à 13,6 millions de personnes (4,1% de la population), devant la Chine (plus de 15 millions de doses).
Le Royaume-Uni, qui se classe troisième avec 4,7 millions de doses injectées à 4,3 millions de personnes (6,3%), est le premier pays européen. Il est suivi, sur le Vieux Continent, par l'Italie et l'Allemagne, qui ont chacune administré 1,2 million de doses à respectivement 2% et 1,4% de leur population. La France a quant à elle administré des doses à 585.664 personnes (0,9%).