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Covid-19 en Guadeloupe : pillages, incendies, barrages... les raisons de la colère

La Guadeloupe est le théâtre de violentes émeutes en marge de la contestation sociale qui frappe l'île depuis plusieurs jours. En témoigne cette voiture retournée dans une rue du Gosier, dimanche 21 novembre.
La Guadeloupe est le théâtre de violentes émeutes en marge de la contestation sociale qui frappe l'île depuis plusieurs jours. En témoigne cette voiture retournée dans une rue du Gosier, dimanche 21 novembre.
Elodie Soupama/AP

Depuis plusieurs jours, la Guadeloupe est le théâtre d’un mouvement social de grand ampleur qui s'inscrit dans le cadre de l'obligation vaccinale et du pass sanitaire. Si bien que le gouvernement a décidé d’y envoyer le Raid et le GIGN. Comment expliquer que la contestation prenne une telle ampleur ? Éléments de réponse. 

Magasins et pharmacies pillées, incendies, émeutes, barrages routiers…. Depuis le 15 novembre, une mobilisation en Guadeloupe contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale a dégénéré. Un collectif d’organisations syndicales et citoyennes est à l'origine de cet appel à la mobilisation dans le département français situé dans les Antilles. En effet, c'est à cette date que l'état d'urgence sanitaire a pris fin sur l'île.

A partir de cette date du 15 novembre, l'obligation vaccinale pour les personnes concernées entre en vigueur, comme c'est le cas déjà dans l'Hexagone depuis le 15 septembre. Résultat : les soignants et pompiers non-vaccinés ont dû être démis de leurs fonctions. 

Mais très rapidement, de violentes émeutes ont eu lieu en marge du mouvement de contestation. Rien que dans la nuit du 20 au 21 novembre, 38 nouvelles personnes ont été interpellées.

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Un couvre-feu de 18h à 5h du matin est en place jusqu’au mardi 23 novembre. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a dénoncé dimanche 21 novembre une situation "inacceptable". Selon lui, les violences de ces derniers jours sont le fait d’une "petite minorité." Le ministre de l’Intérieur a annoncé l’envoi d’une cinquantaine de membres du GIGN et du Raid ce 21 novembre dans le département.

Pourquoi la contestation prend une telle ampleur ? 

Max Évariste, secrétaire général de FO Guadeloupe met la faute sur l’État. Selon lui, "le seul responsable de ce qu’on vit aujourd’hui, c’est le préfet." "Depuis juillet 2021 on lance des appels tous les samedis pour leur expliquer que l’application de la loi du 5 août concernant l’obligation vaccinale et le pass sanitaire n’est pas possible en Guadeloupe", détaille-t-il.  
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On ne peut pas comparer la vie d'un Guadeloupéen à la vie d'un Français.
Max Évariste, secrétaire général de FO Guadeloupe

"Les pouvoirs publics n’ont rien compris, ils ne veulent rien entendre de ce qu’on leur a expliqué." Le syndicaliste estime également que l’on "ne peut pas comparer la vie d’un Guadeloupéen avec la vie d’un français." Le député guadeloupéen LREM, le parti présidentiel, Olivier Serva évoquait au micro de BFMTV "l’affaiblissement de la parole de l’autorité publique", signe d’une perte de confiance dans les autorités publiques en Guadeloupe. 

On s’est fait avoir avec le chlordécone, on s’est fait avoir sur la qualité de l’eau, on s’est fait avoir avec l’esclavage et le code noir.
Max Évariste, secrétaire général de FO Guadeloupe

La faible couverture vaccinale du département de la Guadeloupe fait que les réalités n'y sont pas les mêmes que dans l'Hexagone. Si désormais, plus de 85% des soignants sont vaccinés, la situation était différente il y a deux mois : plus de 70% des agents du CHU de Guadeloupe n'étaient pas encore vaccinés, alors que la loi sur l'obligation vaccinale entrait en vigueur, le 15 septembre.

Cependant, par décision du ministre de la Santé Olivier Véran, tous les territoires d'outre-mer touchés par la quatrième vague de coronarivus ont bénéficié d'une dérogation pour reporter l'obligation vaccinale à la fin de l'état d'urgence sanitaire dans ces territoires concernées.

Concernant la population générale, seule 46% des Guadeloupéens avaient reçu une dose de vaccin le 16 novembre, selon l'Association régionale de santé.

Une défiance grandissante

Par ailleurs, si la dérogation au pass sanitaire et à l’obligation vaccinale sont au cœur des revendications, ce ne sont pas les seules. "On s’est fait avoir avec le chlordécone, on s’est fait avoir sur la qualité de l’eau, on s’est fait avoir avec l’esclavage et le Code noir [ndlr, qui régit la traite escalvagiste sous Louis XIV], énumère Max Évariste. Et aujourd’hui on veut nous imposer une loi qui n’est pas applicable ici.
  Le syndicaliste fait ici référence au scandale du chlordécone, un insecticide très puissant utilisé dans les bananeraies jusque dans les années 1990 et qui pollue encore les sols de l’île. Si bien que des traces du pesticide peuvent être retrouvées dans le sang de près de 90% des Guadeloupéens. Depuis Il déplore aussi les nombreux problèmes d’eaux potables auxquels font face les Guadeloupéens, qui perdurent depuis des années.
 
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Une crise qui risque de durer

La Guadeloupe a un passé très marqué par les mouvements sociaux. En 2009, le département avait été paralysé pendant 44 jours. La raison ? Un conflit social de grande ampleur contre la vie chère. Le mouvement avait pris une tournure violente et un syndicaliste y avait trouvé la mort. Depuis, d’autres mouvements sociaux très intense ont eu lieu sur l’île. Max Évariste considère qu’il est probable que le scénario de 2009 se reproduise.

"Le colonisateur, c’est comme ça qu’il fonctionne (…) et nos jeunes risquent d’être tués", craint-il. "À partir de là tout va se terminer mais c’est ça qu’ils veulent", martèle-t-il. Dans un communiqué, l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe a appelé à poursuivre la mobilisation.