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Covid-19 : le Canada restreint au maximum les voyages pour se protéger des variants

Le premier ministre  canadien Justin Trudeau, le 5 janvier 2021, Ottawa.
Le premier ministre  canadien Justin Trudeau, le 5 janvier 2021, Ottawa.
AP

Devant les pressions qui se multipliaient de la part des provinces et les inquiétudes soulevées par les variants du virus, le gouvernement Trudeau a finalement décidé de renforcer les mesures pour restreindre au maximum les voyages et l’arrivée des voyageurs au Canada.

Le Québec et l’Ontario, les deux plus grosses provinces du Canada et qui sont les plus frappées par l’épidémie, réclamaient depuis des jours la mise en place de mesures strictes pour éviter que les Canadiens ne partent en vacances à l’extérieur du pays et n’y reviennent porteurs des variants du virus, ce qui pourrait être absolument catastrophique pour les deux provinces.

Décourager les Canadiens à voyager

Le premier ministre Trudeau vient finalement de donner suite à leurs demandes. Ainsi, les quatre principales compagnies aériennes canadiennes vont annuler tous leurs vols pour les destinations soleil dans les Caraïbes et au Mexique, à partir du 31 janvier et jusqu’au 30 avril. Cela concerne quinze destinations au total. Dans le cas de la compagnie Air Transat, elle annule carrément tous ses vols jusqu’au 30 avril.

(Re)voir >>> Covid-19 : le Canada suspend les vols vers le soleil du Mexique et des Caraïbes

Pour les voyageurs qui rentrent au Canada par voie aérienne, en plus de devoir fournir un test négatif au Covid-19 passé au moins 72 heures avant leur arrivée, de nouvelles mesures s’imposent : ils devront passer un second test dès leur débarquement à l’aéroport et en attendre les résultats dans un hôtel désigné par le gouvernement pendant au moins trois jours, moyennant des frais de 2000$ par personne. Si leur test est négatif, ils devront malgré tout s’astreindre à une quarantaine de 14 jours à la maison, un isolement qui sera surveillé par les autorités. Si le test est positif, ils devront s’installer dans l’un des centres de la Santé publique désigné par le gouvernement, une façon de contrôler la propagation des nouveaux variants. Enfin les vols internationaux seront concentrés dans quatre aéroports au pays : Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver.

A noter que depuis la mi-mars, les frontières du Canada sont fermées aux étrangers, sauf en cas de voyages jugés essentiels. Un citoyen français ne peut pas venir passer une semaine de vacances à Montréal par exemple. La frontière terrestre avec les États-Unis est également fermée depuis le 18 mars, sauf pour le transport des marchandises et en cas de voyages qualifiés d’essentiels, et elle va le rester au moins jusqu’au 21 février. Cette fermeture se renouvelle de mois en mois et on ne s’attend pas à ce que la frontière rouvre avant le printemps. 

La crainte de « la semaine de relâche »

Début mars commence ici, au Canada, ce que l’on appelle la « semaine de relâche » dans les écoles. Elle s’échelonne d’une semaine à l’autre selon les régions. Beaucoup, pendant cette semaine de relâche, en profite pour aller se reposer dans le sud au soleil ou se faire une petite virée en Europe avec leurs enfants. L’an dernier, cette semaine de relâche et les nombreux voyages qu’elle avait occasionnés ont eu un impact important dans la propagation du virus au Québec. C’est pourquoi le gouvernement québécois ne cachait pas son inquiétude ces derniers jours de se retrouver dans un cas de figure similaire cette année, avec la perspective de faire entrer massivement le variant britannique ou le variant sud-africain dans la province. Le premier ministre François Legault demandait même au gouvernement canadien d’interdire les vols non essentiel au Canada ou alors d’astreindre toute personne entrant au pays à une quarantaine de deux semaines dans un hôtel désigné à ses frais.

Vous le savez, depuis le début de la crise, ma priorité c’est de protéger les Canadiens. Il faut continuer de travailler ensemble. Les gens ne veulent pas voir de chicanes politiques sur le dos de la pandémie.

Justin Trudeau, premier ministre canadien

Justin Trudeau n’a pas voulu aller jusque-là, surtout pour protéger la chaîne de distribution des marchandises qui est aussi assurée par voie aérienne, mais il a quand même pris des mesures qui vont décourager les Canadiens à envisager tout voyage au cours des prochains mois. Le gouvernement québécois se dit d’ailleurs satisfait par ces nouvelles mesures imposées par Ottawa, alors que le premier ministre ne cachait pas son impatience devant la lenteur de Justin Trudeau à prendre des décisions. « Il y a plusieurs raisons légales, logistiques et pratiques qui font en sorte que des décisions comme celles-ci ne doivent pas être prises à la légère ou sur le coin d’une table. On va toujours garder une approche rigoureuse pour prendre des décisions réfléchies et efficaces qui prennent en compte l’ensemble des facteurs et des conséquences » a répliqué Justin Trudeau. Et d’ajouter : « Vous le savez, depuis le début de la crise, ma priorité c’est de protéger les Canadiens. Il faut continuer de travailler ensemble. Les gens ne veulent pas voir de chicanes politiques sur le dos de la pandémie ».

Inquiétudes sur le front de la vaccination

Justin Trudeau tente de se faire rassurant aussi sur le front de la vaccination au pays. Jusqu’à maintenant, 10% des Canadiens ont été vaccinés, en grande majorité des médecins, des infirmières et les résidents des centres de soin de longue durée ou les foyers pour aînés, soit les personnes les plus vulnérables au virus. Mais depuis cette semaine, les provinces ont dû mettre au ralenti leur campagne de vaccination parce que le Canada, tout comme de nombreux pays, n’a pas reçu les doses prévues de la part de Pfizer, en lien avec les travaux de rénovation de son usine en Europe. Et la semaine prochaine, la compagnie Moderna ne va livrer que 80% des doses qu’elle s’était engagée à fournir. « Ce délai ne change rien au fait que nous allons quand même recevoir deux millions de doses du vaccin de Moderna d'ici la fin mars, comme nous le disons depuis des mois » a assuré le premier ministre Trudeau. Il promet que 4 millions de doses seront administrées au Canada d’ici la fin mars et que tous les Canadiens qui le veulent seront vaccinés d’ici la fin de l’été.  

Au Québec, le maintien des mesures en place

De son côté, le premier ministre François Legault avertit les Québécois : les principales mesures mises en place en décembre et début janvier vont se poursuivre après le 8 février, dont le couvre-feu, en vigueur entre 20h et 5h du matin sauf pour les déplacements jugés essentiels. Il doit annoncer la semaine prochaine un assouplissement de ces mesures dans plusieurs régions du Québec où il n’y a presque plus de cas de Covid, mais ce ne sera pas le cas pour les régions de Montréal et de Québec. « Il y a des attentes qu'il y ait beaucoup d'assouplissements. Je veux être très clair aujourd'hui : il va y avoir des assouplissements le 8 février, mais la plupart des mesures vont rester » a précisé jeudi le premier ministre Legault. On peut donc s’attendre à ce que les commerces non essentiels restent fermés dans les régions de Montréal et de Québec, ainsi que les restaurants, théâtres, cinémas, centres de conditionnement physique, alors qu’ils pourraient rouvrir dans les autres régions. 

Il y a des attentes qu'il y ait beaucoup d'assouplissements. Je veux être très clair aujourd'hui : il va y avoir des assouplissements le 8 février, mais la plupart des mesures vont rester.

François Legault, premier ministre québécois

Depuis deux semaines, le nombre de cas quotidiens a baissé au Québec pour se stabiliser en moyenne à 1 300. Le nombre d’hospitalisations est en légère baisse aussi, mais pas suffisamment pour que les hôpitaux puissent reprendre leurs opérations régulières. Les délestages effectués dans le réseau de la santé québécois pour absorber le flot de malades de la COVID ont des impacts dramatiques pour des milliers de Québécois qui souffrent d’autres maladies : annulations d’examens diagnostics, annulations de chirurgies non urgentes dont orthopédiques, au total, ce sont quelque 140 000 opérations qui ont été suspendues. On estime que cela va prendre entre trois et quatre ans pour rattraper ce retard dans les chirurgies. Pendant ce temps, des milliers de personnes souffrent, et d’autres risquent de succomber à des cancers détectés ou traités trop tardivement. Combien de victimes collatérales fera au total cette épidémie, en plus des morts du Covid-19 ? Le gouvernement québécois a décrété que le 11 mars sera une journée de commémorations pour rendre hommage aux victimes du virus dans la province. En date du 29 janvier, 9717 personnes ont succombé au Covid-19 dans la province et près de 260 000 personnes ont contracté le virus.