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Covid-19 : pourquoi le Royaume-Uni est le premier pays de l'Union européenne à vacciner sa population ?

Le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, pendant une conférence de presse avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, Berlin, Allemagne, le vendredi 4 novembre 2016.
Le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, pendant une conférence de presse avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, Berlin, Allemagne, le vendredi 4 novembre 2016.
AP Photo/Michael Sohn

Le 8 décembre, le Royaume-Uni est devenu le premier pays européen à débuter la vaccination de sa population contre le Covid-19 avec le vaccin américain Pfizer/BioNTech. Comment a-t-il fait et pourquoi ne pas avoir attendu l'avis de l'Agence européenne du médicament ? 

Le Royaume Uni a-t-il vacciné sa population « grâce au Brexit » ? 


C'est ce qu'a affirmé le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, estimant que le Brexit a permis d'éviter le "rythme" lent de l'Union européenne sur la question de la vaccination.
 

"Alors que jusqu'à plus tôt cette année nous étions dans l'Agence européenne du médicament, grâce au Brexit nous avons pu prendre une décision (...) avec l'agence de la santé britannique, (...) et non au rythme des Européens, qui avancent un peu plus lentement».

Un argument que le député européen Pieter Liese fustigeait lors du dernier débat avec l’Agence européenne des médicaments. "L’urgence n’est pas due au Brexit. D’autres États membres auraient pu choisir une autre voie, conformément à la législation européenne ! ».

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En effet. En théorie et dans les textes, le Royaume-Uni demeure membre de l’Agence européenne du médicament, jusqu’au 31 décembre prochain. Le Brexit n'est donc responsable en rien de la rapidité de distribution du vaccin Pfizer/BioNTech sur le sol britannique. En réalité, le Royaume-Uni a opté pour "une autorisation temporaire d'utilisation" du vaccin, explique Sabine Saurugger, spécialiste en Droit et politique dans l'Union européenne et directrice de recherche à Sciences Po Grenoble. 

"La régulation européenne permet à tous les États membres de l'UE une commercialisation plus rapide des médicaments". À l'aide d'une dérogation, le pays qui le souhaite peut s'émanciper de la décision commune de l'Union européenne, comme le Royaume-Uni, et prendre une décision au niveau national. Les autres Etats membres ont préféré coopérer au sein de l’Agence européenne des médicaments et commencer la vaccination le 27 décembre prochain.

Voir aussi : Covid-19 : le Royaume-Uni, premier pays occidental à lancer une campagne de vaccination

Un autre élément explique l'avance du Royaume-Uni sur ses voisins européens. "Le Royaume-Uni n’a pas attendu d’analyse indépendante des données fournies par les laboratoires Pfizer/BioNTech. Cela explique leur avance", affirme Els Torreele, chercheuse en innovation médicale et en santé publique. La MHRA, l'agence britannique qui a donné le feu vert pour la vaccination, n'a en effet pas réalisé d'étude, indépendamment des résultats fournis par les laboratoires, pour s'assurer de la sécurité du vaccin et de son efficacité. Au contraire de l'Agence européenne du médicament.

Comment un vaccin est-il autorisé ? 

Sabine Saurugger : Les entreprises pharmaceutiques soumettent à l’Agence européenne du médicament une demande d’autorisation de mise sur le marché. Cette dernière effectue alors une évaluation scientifique du dossier, et recommande à la Commission européenne d’octroyer ou non une autorisation de mise sur le marché pour le vaccin. Une fois octroyée par la Commission européenne, l’autorisation de mise sur le marché est valide dans tous les États membres de l’Union.
Margaret Keenan, 90 ans, est applaudie par les soignants alors qu'elle est reconduite à sa chambre. Elle est devenue la première  patiente britannique à recevoir le vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19, au University Hospital, Coventry, Angleterre, mardi 8 décembre 2020.
Margaret Keenan, 90 ans, est applaudie par les soignants alors qu'elle est reconduite à sa chambre. Elle est devenue la première  patiente britannique à recevoir le vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19, au University Hospital, Coventry, Angleterre, mardi 8 décembre 2020.
Jacob King/Pool via AP


Voir aussi : Covid-19 : comment savoir si le vaccin sera efficace ?

Distribuer le vaccin le premier, un geste plus politique que sanitaire ? 


Pour Sabine Saurugger, la volonté du Royaume-Uni d'être les premiers à vacciner sa population contre le coronavirus serait notamment relative à la politique interne britannique. 

L'opinion des Britanniques envers l'Union européenne semble avoir radicalement changé depuis 2016. Une récente étude conduite par l'institut de recherche NatCen démontre que plus de 50% des électeurs britanniques souhaiteraient rester dans l'Union européenne

"La position du Royaume-Uni dans les négociations du Brexit a été très problématique et critiquée en interne. Le gouvernement britannique souhaite donc montrer qu'il y a des avantages à ne pas être membre de l'Union européenne. Or, le Royaume-Uni a pu distribuer le vaccin en utilisant la procédure européenne de dérogation qui permet une distribution plus rapide, puisque juridiquement il est toujours membre de l'Union Européenne", explique Sabine Saurugger.

Selon Sabine Saurugger, il s'agit également pour le Royaume-Uni de "montrer aux Etats membres qu'ils peuvent être plus rapides, se débrouiller seuls, sans être dépendants de l'Union européenne". Une situation dont le Royaume-Uni ne peut pourtant pas tout à fait encore se targuer. 

Le Premier ministre britannique Boris Johnson regarde une infirmière administrer le vaccin de Pfizer-BioNTech contre le COVID-19 à un patient au Guy's Hospital de Londres, Royaume-Uni, mardi 8 décembre 2020. <br />
AP Photo/Frank Augstein
Le Premier ministre britannique Boris Johnson regarde une infirmière administrer le vaccin de Pfizer-BioNTech contre le COVID-19 à un patient au Guy's Hospital de Londres, Royaume-Uni, mardi 8 décembre 2020. 
AP Photo/Frank Augstein
Le vaccin de Pfizer/BioNTech pas encore "approuvé"

La phase 3, qui correspond à la phase d'étude de l'efficacité et de sûreté du produit, est toujours en cours pour les laboratoires Pfizer/BioNtech. Leur vaccin n'est pas encore un produit "approuvé", c'est-à-dire autorisé à la commercialisation. Il reste un vaccin expérimental.

Lire aussi : les différentes phases d'élaboration d'un vaccin 

"Les laboratoires ont bouclé des résultats partiels mais l’étude autour du vaccin est encore en cours. La décision prise pour le moment est de ne pas donner d'approbation finale au produit mais de permettre la vaccination de la population. Ce procédé va générer beaucoup de données, en parallèle à la phase 3 de recherche qui continue. C'est après tout cela que l'on pourra approuver le vaccin", détaille Els Torreele.