Info

Covid-19 : "on se retrouve dans une situation extrêmement complexe à anticiper"

Des résidents de Beijing, en Chine, font la queue pour se faire tester au Covid-19.
Des résidents de Beijing, en Chine, font la queue pour se faire tester au Covid-19.
AP Photo/Andy Wong

Partout dans le monde, le nombre de contaminations au Covid-19 repart à la hausse. Est-ce qu’il faut parler d’une neuvième vague ? Celle-ci est-elle de la même nature que les précédentes ? Éléments de réponse.

L’épidémie de Covid-19 connaît un regain d’intensité. Le 29 novembre, la Première ministre française Elisabeth Borne lance un « appel solennel » au respect des gestes barrières. « Portons le masque dès que nous sommes avec des personnes fragiles ou dans des zones de promiscuité comme les transports en commun », détaille la Première ministre. Elle fait aussi état d’une hausse de « près de 10% des hospitalisations sur une semaine » et de 22% celles « en soins critiques », et de 400 décès la semaine passée.

Le virus dépasse également les frontières françaises. « Une neuvième vague est en train de se former en France et plus généralement en Europe, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Nord », déclare l’épidémiologiste Antoine Flahault à l’AFP. Est-ce que le terme de neuvième vague est approprié ? Quels en sont les principales caractéristiques ?

Est-ce une neuvième vague de Covid-19 ? 

« Si on regarde les chiffres des derniers jours, on est sur une augmentation assez soutenue, affirme Yannick Simonin, virologiste et maître de conférence à l’Université de Montpellier. En France, on est sur une hausse d’environ 40% des contaminations depuis quelques jours ».
Cependant, il faut regarder ces chiffres avec parcimonie. Le 14 novembre 2022, les laboratoires d’analyses médicales se sont mis en grève pour protester contre les 250 millions d'euros d’économie demandés au secteur. « En fait, on est à +50% par rapport à quelque chose qu’on ne comprenait pas bien », précise l’immunologue Brigitte Autran, présidente du comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (COVARS) sur le plateau de l’émission Internationales du 26 novembre 2022 sur TV5MONDE.

Les chiffres qui sont vraiment incontestables, se sont les chiffres d’hospitalisation.Brigitte Autran, présidente du COVARS

 

Pour Brigitte Autran, « les chiffres qui sont vraiment incontestables, se sont les chiffres d’hospitalisation. » Au moment de l’interview, elle considère que « nous sommes néanmoins dans un plateau, avec une toute petite tendance à la hausse. »
De son côté, Yannick Simonin parle de neuvième vague. « Si on regarde les entrées en hospitalisation et en réanimation, on voit qu’on est sur une hausse qui confirme la tendance qu’on observe depuis quelques jours », ajoute-t-il. Le virologue précise aussi que cette tendance à la hausse des contaminations est constatée aussi ailleurs dans le monde. 

Chargement du lecteur...

À quoi est dûe cette hausse des contaminations ?

La particularité de cette hausse des contaminations, c’est qu’elle est liée à un nouveau variant : BQ.1.1. « C’est un petit de BA.5, qui lui-même est un petit de Omicron », détaille Brigitte Autran. « C’est d’ailleurs celui qui infecte la Chine en ce moment », précise-t-elle.
Antoine Flahault juge que ce variant est « responsable de l’augmentation récente des contaminations mais aussi des hospitalisations en France » et qu’il remplace progressivement BA.5.

« On n’a pas encore de notion très importante sur sa gravité. Mais néanmoins, on est extrêmement vigilants », avertit Brigitte Autran. Elle annonce également que « le COVARS s’apprête à s’autosaisir du sujet et à donner un avis dans les quinze premiers jours de décembre. »
« On sait que BQ.1.1 a davantage de contagiosité que les autres sous-variants d’Omicron, notamment parce qu’il échappe mieux au système immunitaire », analyse Yannick Simonin. Cela signifie donc que les anticorps ou les vaccins ne préviennent plus contre une infection. 

Ce qu’on peut dire pour l’instant, c’est qu’il est plus contagieux, qu’il est en train de s’imposer un peu partout dans le monde et qu’il a un impact hospitalier. Yannick Simonin, maître de conférences à l'Université de Montpellier

Pour le moment, « il n’y a pas de données hospitalières ou autres qui permettent de dire que c’est un variant plus dangereux, ou moins, que les autres de la famille Omicron », précise Yannick Simonin. « Ce qu’on peut dire pour l’instant, c’est qu’il est plus contagieux, qu’il est en train de s’imposer un peu partout dans le monde et qu’il a un impact hospitalier. »

« Soupe de variants »

Si le variant BQ.1.1 semble s’imposer globalement, il n’est pas tout seul. « On a ce qu’on appelle une soupe de variants, explique Yannick Simonin. C’est-à-dire qu’il y a BQ.1.1, il nous reste aussi du variant BA.5 qui circule, il y a XVB, un autre sous-variant qui augmente, mais aussi BQ.1,… » Les précédentes vagues de contaminations étaient caractérisées par un seul variant du Covid-19 : il y a d'abord la souche originelle, puis Alpha, Delta, Omicron… « Là, le mélange des variants rend la situation plus complexe que ce que l’on avait pu connaître précédemment », précise le virologue.

Face à ces différents variants, on a une immunité très hétérogène, en raison des différents schémas d’infections et de vaccinations.Yannick Simonin, maître de conférences à l'Université de Montpellier

Conséquence : « on se retrouve dans une situation extrêmement complexe à anticiper », analyse Yannick Simonin. « Face à ces différents variants, on a une immunité très hétérogène, en raison des différents schémas d’infections et de vaccinations », poursuit-il. Au début de l’épidémie, comme il n’y avait pas d’immunité, les projections étaient plus facilement réalisables. « En raison de ces incertitudes qui pèsent, les projections sont compliquées à faire », estime le virologue. 

Des facteurs aggravants

La reprise de l’épidémie de Covid-19 risque de percuter un système de santé déjà en difficulté. L’hôpital est en effet déjà éprouvé par une épidémie de bronchiolite d’une ampleur sans précédent. En parallèle, les autorités sanitaires annoncent ce 30 novembre que l’épidémie de grippe saisonnière est désormais déclarée sur l’Hexagone. 

Si on rajoute les hospitalisations liées à la grippe et celles liées aux virus respiratoires, on se retrouve avec une situation qui pourrait devenir compliquée les semaines à venir. 
Yannick Simonin, maître de conférences à l'Université de Montpellier

« Lors des vagues précédentes, il n’y avait que le Covid et très peu d’autres virus respiratoires, notamment en raison des gestes barrières, du port du masque obligatoire, etc », confirme Yannick Simonin. « Comme le masque est beaucoup moins porté et que les distanciations physiques sont moins importantes, on se retrouve avec les hôpitaux confrontés à trois maladies respiratoires concomitantes », analyse-t-il. 

« Grâce à la vaccination et aux infections passées, on se retrouve avec des taux d’hospitalisations liés au Covid qui sont moins important que ceux qu’on observait lors des premières vagues, poursuit le virologue. Mais si on rajoute les hospitalisations liées à la grippe et celles liées aux virus respiratoires, on se retrouve avec une situation qui pourrait devenir compliquée les semaines à venir. »