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Crise à Hong Kong : pourquoi une telle mobilisation ?

©AP Photo

Après la manifestation monstre du dimanche 9 juin et l'annonce d'un nouveau rassemblement ce dimanche 15 juin, le gouvernement pro-Pékin de Hong Kong a suspendu le projet de loi controversé de l'extradition vers la Chine.
TV5MONDE fait le point sur un mouvement dont les revendications dépassent la mise en place d'une telle loi.

Longtemps symbole de la prospérité et de la règle de droit à l’occidentale, face à la Chine du continent, Hong Kong, ville-monde, cosmopolite, traverse une épreuve importante et cruciale. Ces derniers jours, ce sont un million de Hongkongais, soit un habitant sur sept, qui sont descendus dans la rue pour contester le projet de loi de l’exécutif local, qui prévoit de faciliter les extraditions vers la chine et donc, de détruire l’indépendance du système judiciaire en place.
Une nouvelle mobilisation monstre est annoncée ce dimanche 16 juin, même si, ce samedi matin, la cheffe de l’exécutif local, Carrie Lam, a annoncé la suspension de ce projet de loi.
Une première victoire pour les Hongkongais, dans un contexte de mobilisation qui rappelle le mouvement des parapluies de 2014.
 

Pourquoi les Hongkongais manifestent-ils ?

Le million de personnes qui ont manifesté contestent le très controversé projet de loi sur l'extradition vers la Chine. Voulu par l'exécutif local, il autorise Hong Kong à extrader les personnes résidant sur son territoire vers d'autres régions comme la Chine continentale. La réalité, selon le directeur de recherche à l'IRIS, Jean-Vincent Brisset, "c'est qu'on essaye d'imposer aux Hongkongais une loi qui va restreindre, encore un peu plus, leur liberté" et ce, même si les autorités hongkongaises affirment que cette nouvelle loi va combler un vide juridique, évitant à la région d'être un refuge pour certains criminels. L'opposition redoute, par ailleurs, que cette loi permette d'extrader des réfugiés politiques, mais aussi des hommes d'affaires, au motif qu'ils constitueraient une menace pour Pékin.
 

Que contient ce projet de loi sur l'extradition ?

Cette loi sur l'extradition, appelée "ordonnance sur les délinquants fugitifs", dispose que quiconque, directement ou indirectement lié à une activité jugée criminelle par la Chine continentale, résidant ou étant de passage à Hong Kong, pourra être arrêté, extradé et jugé en Chine continentale. Une mesure inédite qui concerne aussi les territoires de Macao ou Taïwan.
"Personne ne sera en sécurité y compris les activistes, les défenseurs des droits de l'homme, les journalistes et travailleurs sociaux", a alerté l'ONG Human Rights Watch dans un communiqué.
 

Cette contestation se limite-t-elle au projet de loi controversé ?

Non, cette loi est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. D'ailleurs, comme l'affirme Jean-Vincent Brisset, "les autorités chinoises ont découvert que ce mouvement de grande ampleur allait beaucoup plus loin que ce qu’elles pensaient. Si la révolution des parapluies de 2014 impliquait essentiellement les étudiants, cette fois-ci, la majorité de la population se sent concernée".
Le chercheur fait d'ailleurs un parallèle saisissant avec la situation en France : "Imaginez qu'en France, environ 9 millions de manifestants composent les gilets jaunes ! Tout le monde serait dehors."
Un phénomène auquel Pékin sait qu'il est impossible de répondre par la répression comme en 2014.
 

Un pays, deux systèmes ?

Plus généralement, cette contestation, durant laquelle les Hongkongais ont scandé "Hong Kong n'est pas la Chine" met en exergue que le "un pays, deux systèmes", énoncé par Deng Xiaoping en 1997 est, selon Jean-Vincent Brisset, "quasi fictif". Selon lui, "depuis un peu plus d'une dizaine d'années, Pékin exerce un contrôle permanent sur Hong Kong dans tous les domaines", alors que ce statut particulier devait permettre à Hong Kong de faire partie de la Chine sans appliquer les mêmes règles politiques et économiques. C'est d'ailleurs une prise de conscience de cette érosion de leurs droits spécifiques, par les Hongkongais, qui a été à l'origine du mouvement des parapluies en 2014.

Il ajoute que "le gouvernement de Hong Kong devait être élu au suffrage universel, ce que Pékin a refusé. C'est via l'élection d'un comité, essentiellement composé de membres de l'establishment pro-Pékin, que la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, a été élue".

Celle que le Guardian surnomme "la marionnette de Pékin" dans un article, souffre d'ailleurs d'un manque de légitimité, lié à son élection, mais aussi à des propos qu'elle a pu tenir, notamment dans une interview au Financial Time, dans laquelle elle révélait vouer une "admiration" pour Xi Jinping.

La "révolution des parapluies" est un mouvement de protestation qui s'est déroulé à Hong Kong, à la fin de l'année 2014. Ils étaient des dizaines de milliers de Honkongais à manifester dans les rues pour réclamer plus de démocratie, face au projet du gouvernement chinois, qui tentait de limiter la portée du suffrage universel. Cette "révolution" eu un impact important sur l'échiquier politique hongkongais. Après le soulèvement, le mouvement s'est fragmenté, entraînant la création de nombreuses formations politiques prodémocratiques. Une fragmentation qui a résulté de désaccords, notamment sur la question du respect du statut de Hong Kong. Certains voulaient le respect de sont autonomie vis-à-vis de la tutelle chinoise, quand d'autres réclamaient une indépendance totale. Les leaders de ce mouvement ont, par ailleurs, été jugés pour "troubles à l'odre public".

La suspension annoncée ce samedi matin est-elle un mirage ?

"Cette suspension est certainement un trompe-l’œil dans les intentions", selon Jean-Vicent Brisset. "Mais le fait d’avoir réussi à faire plier Pékin, d'avoir réveillé une conscience politique et une solidarité plus importante que par le passé, constitue une victoire pour les Hongkongais", ajoute-t-il.

Une nouvelle grande manifestation est prévue ce dimanche 16 juin, mais elle devrait être d'une moindre ampleur, maintenant que la suspension de ce projet de loi a été déclarée. Néanmoins, le problème étant plus global, elle devrait rester importante.

Jean-Vincent Brisset s'interroge désormais sur la suite : "Les manifestants vont devoir mener une réflexion, car ce soulèvement reste populaire, pas formaté et peu organisé. Dans un deuxième temps, il va y avoir une nécessité de trouver une manière de concrétiser le mouvement. Sera-t-il fragmenté ou non ? Le risque est majeur car les intérêts des Hongkongais qui ont manifesté sont différents."