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Cyber espionnage : le téléphone portable du patron d’Amazon, Jeff Bezos aurait été piraté par l’Arabie saoudite

Le PDG d'Amazon Jeff Bezos avec Lauren Sánchez le 16 janvier 2020 à Bombay (AP Photo / Rafiq Maqbool)
Le PDG d'Amazon Jeff Bezos avec Lauren Sánchez le 16 janvier 2020 à Bombay (AP Photo / Rafiq Maqbool)

Deux experts de l’ONU affirment qu’ils ont réuni suffisamment de preuves prouvant que l’Arabie saoudite aurait piraté le téléphone du fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Ils réclament une enquête. L’ambassade d’Arabie saoudite à Washington nie ces affirmations les qualifiant d’ « absurdes ».

Le téléphone portable de Jeff Bezos aurait été piraté en 2018 après la réception d'un message WhatsApp en provenance d'un compte attribué au prince saoudien Mohammed ben Salmane. Les deux hommes avaient échangé une conversation amicale par Whatsapp le 1er mai.

Un piratage rocambolesque

Le message du prince contenait un fichier corrompu qui aurait permis le piratage du téléphone de M. Bezos d’après le quotidien britannique The Guardian. Très peu de temps après cette infiltration, des volumes exceptionnels de données ont été téléchargés du GSM de M. Bezos.

Cette intrusion dans l'appareil du fondateur d'Amazon a conduit, toujours selon le Guardian, à la publication neuf mois plus tard de messages intimes de M. Bezos à la présentatrice de télévision Lauren Sánchez  par l’hebdomadaire à scandales, le National Enquirer. A l’époque Jeff Bezos était encore marié.

Cette première fuite a fait diligenter une enquête par le responsable de la sécurité du dirigeant, Gavin de Becker, qui a découvert que cette fuite de données venait d’Arabie saoudite.

Jeff Bezos est aussi propriétaire du Washington Post, quotidien qui employait comme chroniqueur Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien critique envers Ryad qui a été assassiné le 2 octobre 2018 au consulat saoudien à Istanbul.

Ce mercredi, Agnès Callamard, rapporteur sur les exécutions extrajudiciaires, et David Kaye, rapporteur sur la liberté d'expression, experts indépendants pour le Haut commissariat aux droits de l'Homme, ont annoncé sur twitter qu'ils feraient des déclarations sur l'implication de l'Arabie saoudite.  Les deux experts ont estimé que "le piratage présumé du téléphone de M. Bezos, et de ceux d'autres personnes, exige une enquête immédiate de la part des autorités américaines et des autres autorités compétentes".
Qui sont les rapporteurs spéciaux

Agnès Callamard est directrice du département « Global Freedom of expression » à l’Université de Columbia à New York. C'est un experte des droits de l'homme. Elle a été chargée de l’enquête sur le meurtre de Khashoggi (son rapport peut être lu ici, ndlr).
David Kaye est professeur de droit à l’Université d’Irvine en Californie. Ils ont tous les deux été nommés comme experts indépendants par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies respectivement en 2016 et 2014.
Cette position est honorifique. Ils ne sont pas rémunérés par les Nations Unies, une garantie de leur indépendance. 

L'Arabie saoudite de plus en plus isolée

Les rapporteurs de l'ONU indiquent avoir reçu des informations qui «suggèrent l'implication possible du prince héritier dans la surveillance de M. Bezos, dans un effort pour influencer la manière dont le Washington Post informait sur l'Arabie saoudite, voire même réduire au silence» ce journal.


Ce mercredi à Davos, le ministre des affaires étrangères le prince Faiçal Bin Farhan al Saud démentait qualifiant les accusations « absurdes ». 

«L’idée même que le Prince puisse pirater le téléphone de Jeff Bezos est complètement idiote. Et à ma connaissance le rapport de l’ONU n’en est pas un mais plutôt une annonce se fondant sur un rapport publié par une compagnie privée qui n’a pas été confirmé par aucune autre agence et qui n’a pas de preuves concrètes pour étayer l’accusation qu’ils portent. »

Les rapporteurs de l'ONU demandent que l'enquête porte sur «l'implication directe et personnelle du prince héritier dans les efforts visant à cibler les opposants présumés».
Ce piratage présumé «renforce les informations faisant état d'un programme de surveillance ciblée des personnes perçues comme étant des opposants et de celles qui revêtent une importance stratégique» aux yeux de Ryad.