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Dans le Béthunois, sept communes s'allient pour une police rurale

Des policiers du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) contrôlent un véhicule, le 18 novembre 2022 à Verquin, Pas-de-Calais
Des policiers du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) contrôlent un véhicule, le 18 novembre 2022 à Verquin, Pas-de-Calais
afp.com - DENIS CHARLET
afp.com - Emeline HENRY
Des policiers du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) en patrouille, le 18 novembre 2022 aux alentours de Béthune, dans le Pas-de-Calais
Des policiers du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) en patrouille, le 18 novembre 2022 aux alentours de Béthune, dans le Pas-de-Calais
afp.com - DENIS CHARLET

"On a beau être à la campagne, se dire qu'on peut compter sur la réactivité de policiers municipaux rassure et comble un sentiment d'abandon": Michel Drain, 72 ans, se félicite des rondes d'une nouvelle police intercommunale dans sa bourgade du Pas-de-Calais.

Son village d'Essars, 1.600 habitants, fait partie des sept communes situées dans un rayon de vingt kilomètres autour de Béthune qui ont choisi de profiter de cette police gérée par un syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM), une première en France.

La loi de sécurité globale de 2021 "permet désormais à des syndicats de communes comme le nôtre de mutualiser une police municipale intercommunale sur un territoire discontinu, ce qui n'était pas le cas avant", détaille Pierre-Emmanuel Gibson, président du SIVOM du Béthunois, qui compte 29 communes.

Les sept municipalités concernées par le projet, de 500 à 3.500 habitants, peuvent désormais compter sur cette police, "mobilisable tous les jours, aussi bien équipée et fournie que celle d'une grande ville", poursuit-il. "Elles n'auraient jamais pu prétendre à un tel service" sans cette loi.

Les six policiers de cette brigade - ex-agents d'autres polices municipales ou gardiens de prison - ont été recrutés parmi 180 candidats. Leur chef, Thomas Léonard, est un ancien gendarme

En ce jour de novembre, ils enchaînent, en uniforme bleu, contrôles routiers, rondes pédestres sur un terril et sécurisation de sortie d'école.

- Rodéos -

"On insiste vraiment sur la proximité", affirme M. Léonard. "Notre but est donc de prendre du temps et de provoquer le contact avec les habitants. On gère les petits soucis du quotidien."

Pour Yvette Drain, 70 ans, qui habite avec son mari à quelques rues d'une départementale très passante, "cette police rassure et décourage les personnes indélicates".

La mutualisation des services permet surtout aux communes de partager les coûts, avec une cotisation de vingt euros par an et par habitant.

"On n'aurait pas pu embaucher ne serait-ce qu'un garde-champêtre à temps partiel", assure Rosemonde Mullet, maire d'Ecquedecques, 516 habitants, pendant que deux agents sécurisent la sortie de l'école.

"Il n'y a qu'à regarder les comportements des automobilistes: la présence de la police fait ralentir instantanément, c'est magique", poursuit-elle.

Le maire de Verquin, Thierry Tassez, l'assure : "On n'a plus le sentiment d'insécurité, mais le sentiment de sécurité." Il constate que les rodéos de moto-cross ont diminué sur les terrils protégés de sa commune de 3.500 habitants.

Cette police municipale intercommunale fonctionne sous l'autorité des maires, "qui donnent les directives et les missions", précise M. Gibson. Quelque 169 interventions ont été menées depuis le lancement en juin.

- "Poisson-pilote" -

La brigade est dotée de "trois voitures flambant neuves, deux motos" et disposera "d'armes à feu et de caméras piéton à partir de janvier", détaille Thomas Léonard.

Autrefois un problème, la discontinuité du territoire n'en est plus un. En cas d'infraction ou de délit lors d'un transit entre deux communes concernées par cette police, les agents sont tenus d'intervenir ou de prévenir les forces de l'ordre.

"Qu'on doive créer une nouvelle police municipale pour combler les manques de moyens d'une police existante, aussi bonne soit-elle, est regrettable", relève cependant Gaëtan D'Alessandro, agent SNCF venu à la rencontre des agents lors d'un contrôle routier devant chez lui.

Mais les "missions sont différentes de celles de la police nationale ou de la gendarmerie", réplique M. Léonard. "On intervient uniquement là où les forces de l'ordre étatiques n'ont plus les moyens humains d'aller."

Une huitième commune intégrera en janvier le dispositif et ce projet donne des idées, ailleurs en France.

"On est un peu le poisson-pilote", s'amuse M. Gibson. "Nous sommes sollicités par d'autres territoires en France qui aspirent à se doter du même service, notamment dans des secteurs ruraux".

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