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Des lycéens enfilent la blouse de chercheurs pour étudier les tiques

Photo d'une pipette contenant deux tiques, prise au laboratoire de à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) de Champenoux le 28 septembre 2018
Photo d'une pipette contenant deux tiques, prise au laboratoire de à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) de Champenoux le 28 septembre 2018
afp.com - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Une tique dans le laboratoire de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) à Champenoux
Une tique dans le laboratoire de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) à Champenoux
afp.com - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Arcadius, 16 ans, injecte avec précaution un liquide dans une pipette contenant une tique broyée: des lycéens de 1ère STL participent au tout premier stage en immersion "Tous chercheurs", à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), à Champenoux (Meurthe-et-Moselle).

"Quand on manipule, on évite les chewing-gums: on peut postillonner et des trucs volatiles comme l'éthanol peuvent s'accrocher au chewing-gum", prévient Jonas Durand, ingénieur d'études en charge d'un groupe de lycéens.

Autour d'une paillasse, cinq garçons et deux filles, âgés de 16 et 17 ans, sur-blouse bleue sur blouse blanche, sabots en caoutchouc aux pieds, écoutent les consignes.

Le programme "Tous chercheurs" propose à des élèves et au grand public de participer pendant deux à trois jours à une expérience scientifique dans les mêmes conditions que les chercheurs, dans une aile spécialement aménagée de l'Inra.

Au menu de la matinée: "Extraire l'ADN contenu dans une tique pour détecter ou non la présence de la borrélia", pouvant être à l'origine de la maladie de Lyme, expose M. Durand.

La veille, le métier de chercheur et la vie de la tique ont été présentés à 21 élèves du lycée Arthur-Varoquaux à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle), répartis en trois groupes. Puis, ils ont déterminé une question de recherche et proposé une approche expérimentale. Le troisième jour, ils présenteront les résultats obtenus.

Chacun s'est vu attribuer un ou deux acariens, envoyés dans le cadre du projet Citique. L'Inra collecte des tiques depuis l'été 2017 auprès des particuliers pour constituer une "tiquothèque" et mieux connaître le parasite.

Honorine, jeune fille blonde à lunettes, a hérité "d'une tique pleine de sang, très grosse, qui faisait toute la largeur du tube. Je me demande si elle a été récupérée sur un animal ou un humain", s'inquiète-t-elle.

Arcadius, "pas habitué à aller en forêt", ignorait l'existence de ces bestioles suceuses de sang, mais se dit très intéressé pour "trouver des réponses aux hypothèses qu'on a posées le premier jour".

- Approche pédagogique et coopérative -

Pendant la matinée, les tubes contenant les parasites à huit pattes, broyés, sont passés dans diverses machines (vortex, bain à sec, centrifugeuse), avant ou après l'adjonction de solutions différentes.

Clara, cheveux bruns attachés, prend des notes pour l'équipe et s'assure que le protocole, détaillé sur une feuille, est respecté.

Les adolescents s'approprient facilement la méthode et reproduisent les gestes, déjà enseignés en cours. "Attention, même si la pipette est vide, ne jamais la mettre sur le côté. C'est bien de prendre tout de suite l'habitude", conseille l'ingénieur.

"Ce type d'expérience rend plus concret ce qu'on essaie de leur inculquer au lycée et favorise le travail en équipe, les discussions", note Catherine Duval, professeur de biotechnologie.

L'immersion dans la peau d'un chercheur fait douter Damien, qui envisageait de se réorienter dans la cuisine. "Ce que l'on fait aujourd'hui compte plus que ce que l'on fait en cours, car ça va servir à d'autres. Ça prend une autre dimension, on s'investit davantage", dit l'adolescent.

"Même si on se trompe, ce n'est pas grave, l'erreur est humaine, et on peut aussi faire une découverte en se trompant", ajoute le garçon, qui participe avec entrain à toutes les étapes de l'extraction d'ADN.

Pour Pascale Frey-Klett, directrice de recherches à l'Inra, le projet "Tous chercheurs" a "une ambition pédagogique, car on utilise la démarche scientifique comme élément pour structurer l'esprit critique" et "une approche coopérative".

"Le citoyen a un savoir profane et une observation du quotidien qui enrichissent les discussions avec les chercheurs. Ensemble, ils co-construisent des propositions de recherches", ajoute-t-elle.

Et les résultats obtenus sont mis à la disposition des chercheurs de l'Inra.

Une dizaine de stages en immersion sur la thématique de la tique seront programmés chaque année.