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Disparition de Ghislaine Dupont et Claude Verlon : 8 ans après des documents toujours classifiés

Le 2 novembre 2013 Ghislaine Dupont (57 ans) et Claude Verlon (55 ans), deux journalistes de RFI sont enlevés puis tués près de Kidal au Mali. Les circonstances de leur mort ne sont toujours pas élucidées.
Le 2 novembre 2013 Ghislaine Dupont (57 ans) et Claude Verlon (55 ans), deux journalistes de RFI sont enlevés puis tués près de Kidal au Mali. Les circonstances de leur mort ne sont toujours pas élucidées.
Photo association "Les amis de Ghislaine Dupont et Calude Verlon". D.R.

Le 2 novembre 2013 Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes de RFI sont enlevés puis tués près de Kidal au Mali. Depuis, leurs proches se sont constitués en association afin de faire la lumière sur leur disparition. Huit ans après, l’enquête peine à progresser. L'association de leurs proches réclame la déclassification de documents couverts par le secret défense.

Ce 2 novembre, anniversaire de la mort de Ghislaine Dupont, 57 ans et Claude Verlon 55 ans, leurs proches se manifestent. L’avocate de leur association "Les amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon", Maître Marie Dosé réclame les déclassifications de documents couverts par le secret défense, ce qu’elle considère comme "une entrave à la manifestation de la vérité".

En effet, la lumière n’a jamais été faite sur les circonstances précises du drame. Le double assassinat a été revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Selon la version officielle, un convoi de militaires français avait découvert le 2 novembre 2013 le corps des reporters, tués par balles, non loin du pick-up de leurs ravisseurs. Ce dernier était tombé en panne, d'après les enquêteurs, qui privilégient la thèse d'une prise d'otages ratée d'un groupe djihadiste.

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Cette version est contestée par les proches : "On ne croit absolument pas à la théorie officielle (...) ils ont été tués pour une raison qu'on ne connaît pas", a déclaré à l'Agence France Presse Antoine Glaser, vice-président de l'association.

L’inconnue autour du principal accusé, Sedane ag Hita

Maître Dosé, l'avocate de l'association "Les amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon", demande au juge d’instruction de "diligenter des demandes de déclassifications". Elle s’interroge surtout sur le rôle que le Malien Sedane ag Hita "co-organisateur" du double assassinat a pu jouer également dans la libération à l'automne 2020 de quatre otages au Sahel, dont Sophie Pétronin.

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"Avec qui a-t-il été en relation dans le cadre de ces négociations ? Est-ce une entreprise de réhabilitation dans son pays ? Quid de la relation de la France et le Mali dans ce dossier-là ?", s'est-elle interrogée. Elle souhaite que puisse être entendu l'ancien chef des services de renseignement malien, le général Moussa Diawara, arrêté en juillet dernier dans l'enquête sur la disparition d'un journaliste en 2016. 


Si en huit ans l'instruction a légèrement avancé, les membres de l’association n’ont toujours par de réponses sur les circonstances exactes et sur les motifs de l'enlèvement et du double assassinat de Kidal. Les commanditaires et les tueurs auraient été identifiés. Certains d'entre eux ont été tués depuis, (ou victime d'accident de la route), et d'autres sont en liberté, repérés souvent ici ou là au Sahel.

L’un des principaux suspects, Baye Ag Bakabo, considéré comme le co-commanditaire du rapt des deux journalistes de RFI, cadre d'Aqmi, a été tué le 5 juin au Mali par les militaires français de l'opération Barkhane.

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Il y a un an, en 2020, l’association s’était émue du fait que "l'un des présumés recherchés, et pas des moindres si l'on sait que la justice française le présume désormais co-organisateur de l'enlèvement fatal de Ghislaine et Claude" ait été "l'interlocuteur djihadiste de ceux qui ont négocié récemment la libération d'otages contre plus de 200 prisonniers au Mali".  "Il est intolérable qu'un tel criminel, Sedan ag Hita, soit ainsi, de fait, réhabilité et demain pourquoi pas blanchi, bénéficiant d’une impunité insupportable pour nous, mais aussi pour toutes ses autres victime" avait déclaré à l’époque le secrétaire général et porte-parole de l’association Pierre-Yves Schneider.

Une enquête qui se heurte au secret défense

Ces lenteurs et réticences de lever le secret bancaire avaient provoqué la colère de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard.

Avant de quitter ses fonction, elle envoie le 15 janvier 2021 un courrier de 30 pages aux autorités françaises, dans lequel elle exprime "(sa) plus vive préoccupation quant à l'absence de justice rendue quelque sept ans après" l'enlèvement puis l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. 

"Bien que l'identité des suspects soit connue depuis plusieurs années - et ce malgré l'imposition du secret-défense sur certains aspects importants de l'enquête - aucun mandat d'arrêt international, en particulier à destination du Mali, n'a été émis", dénonce celle qui est devenue depuis la présidente d'Amnesty International.

Pour Mme Callamard, "des zones d'ombre troublantes demeurent", qui selon elle "sont largement le résultat direct de l'absence de coopération de la part des autorités militaires françaises -dans le cadre de la protection du secret défense- et des autorités maliennes".

Cette lettre a été rendue publique en avril dernier par le site d’information français Mediapart et le quotidien britannique The Guardian. 

Le 3 mai, journée de la liberté de la presse, l’association "Les amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon" se joint à la voix d’Agnès Callamard "pour réclamer un débat public au parlement français sur ce secret défense."

Mais la situation se complexifie avec le retrait de la force française Barkhane du Mali et la position du gouvernement provisoire du Mali qui annonce négocier avec les djihadistes. 

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Les membres de l’association réclament plus de clarté de la part "des autorités françaises et maliennes vis à vis du cerveau présumé de l’opération, le Malien Sedane ag Hita".

Dans une réponse, en date du 16 mars 2021, la Mission permanente de la France auprès de l'ONU à Genève a indiqué que ces faits "faisaient toujours l'objet d'une information judiciaire menée par le pôle antiterrorisme du tribunal judiciaire de Paris".