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Disparition de Peng Shuai : inquiétude autour d'un courriel suspect

La Chinoise Peng Shuai a disparu depuis ses accusations de violences sexuelles contre un ex-dirigeant chinois. Sur cette photo d'archive, elle sert la japonaise Nao Hibino à l'Open d'Australie de tennis à Melbourne, en Australie, le 21 janvier 2020.
La Chinoise Peng Shuai a disparu depuis ses accusations de violences sexuelles contre un ex-dirigeant chinois. Sur cette photo d'archive, elle sert la japonaise Nao Hibino à l'Open d'Australie de tennis à Melbourne, en Australie, le 21 janvier 2020.
AP/Andy Brownbill

La championne de tennis chinoise Peng Shuai avait disparu après avoir accusé de viol un ex-vice Premier ministre chinois le 02 novembre dernier. Après plus de deux semaines de silence radio, elle revient sur ces accusations via un mail diffusé sur le compte Twitter de la chaîne du parti communiste CGNT. Ce tweet inquiète plus qu’il ne rassure les défenseurs des droits humains.

On était sans nouvelles d'elle depuis plus deux semaines. La célèbre joueuse de tennis Peng Shuai avait disparu après la publication d'un post sur ses réseaux sociaux accusant un ex-dirigeant chinois de l'avoir violée. Deux semaines après, la championne de Wimbledon et de Roland-Garros en double revient sur ses précédentes affirmations. Elle tente de rassurer les internautes dans un mail diffusé ce 17 novembre.

"Le tweet a été publié sans mon consentement" peut-on lire sur ce message attribué à la joueuse de tennis. "Je ne suis ni disparue ni en danger. J’étais juste au repos chez moi, tout va bien."

Ce communiqué ne semble pourtant pas rassurer les défenseurs des droits humains. Et pour cause, il a été publié sur le compte twitter d'un média officiel chinois affilié Parti communiste de Xi Jinping, le CGNT. Peng Shuai subit-elle les pressions du Parti communiste chinois ?

Un scandale qui dérange le pouvoir chinois 

Pour mieux comprendre, revenons sur les faits qui ont conduit à la disparition de la joueuse de tennis. Le 2 novembre 2021, Peng Shuai accuse un ancien vice-Premier ministre de viol, Zhang Gaoli, sur le réseau social Weibo (l'équivalent chinois de Twitter). 

Son message est censuré quelques minutes après sa diffusion. Des milliers de chinois partagent des captures d'écran, promptement censurées à leur tour.

Le monde du tennis reste sans nouvelles de la championne. Christ Evert, Novak Djokovic, Naomi Osaka… De nombreuses stars du tennis mondial partagent leur inquiétude sur les réseaux sociaux. Le hashtag #OuestPengShuai agite la toile internet. 

(Re)voir : Où est Peng Shuai ?
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Plus de deux semaines après, ce 17 novembre, Le média officiel chinois CGTN diffuse sur Twitter un message attribué à la joueuse. Elle affirmerait que ses accusations contre Zhang Gaoli "sont fausses" et qu'elles auraient été publiées sans son consentement.

Un tweet suspect, selon les internautres

Peng Shuai a-t-elle rédigé ce message sous pression ?

Officiellement, la joueuse de tennis aurait envoyé un mail à la chaîne CGNT. Le média aurait réalisé une capture d'écran de ce mail pour le poster ensuite sur son compte Twitter. Or, la présence d'un curseur gris au milieu du texte sème le doute chez les internautes. Ce détail laisse penser que le mail a été édité, en tout cas en partie, par la chaîne elle-même.

Capture d'écran du tweet du média officiel chinois CGNT. En rouge, un internaute souligne le curseur gris qui laisse le doute sur l'origine réelle de l'auteur du mail. 
Capture d'écran du tweet du média officiel chinois CGNT. En rouge, un internaute souligne le curseur gris qui laisse le doute sur l'origine réelle de l'auteur du mail. 

D'autres internautes ont détourné le tweet pour critiquer l'omerta du gouvernement chinois sur les violences sexuelles faites aux femmes.

L'image ci-dessous a été postée en réponse au tweet du CGNT par un internaute au pseudonyme "Dennis // (BIP , 119)". On y observe le sigle "metoo", en référence du mouvement contre les violences sexuelles, ciselé d'un même curseur, cette fois-ci en bleu. 

Les internautes ne sont pas les seuls à exprimer leur interrogations autour de ce message de la joueuse de tennis.

Un aveu forcé, selon l'association du tennis feminin

Steve Simon, le patron de la WTA, l'association qui gère le circuit professionnel féminin de tennis, dit douter de l'authenticité de ce message. Il demandé à Pékin "une preuve indépendante et vérifiable" que Peng Shuai est en sécurité.

"Le communiqué publié aujourd’hui par les médias officiels chinois concernant Peng Shuai ne fait qu’augmenter mon inquiétude quant à sa sécurité et sa localisation", écrit-il. "J’ai du mal à croire que Peng Shuai ait effectivement écrit l’e-mail que nous avons reçu et qu’elle puisse penser les mots qui lui sont attribués", estime le patron du tennis féminin

Il affirme avoir tenté à plusieurs reprises de la joindre par différents moyens de communication. Il exige qu'elle "soit autorisée à s’exprimer librement, sans coercition ni intimidation d’aucune sorte."

Steve Simon peut également s'appuyer sur des affaires précédentes. Ce retour sur les ondes radios de la joueuse de tennis rappelle les conditions étranges de la disparition de Jack Ma, le patron de la version chinoise d'Amazon, Alibaba, en janvier dernier.


Trois mois après, il était réapparu face à l'objectif dans une vidéo vantant les mérites du pouvoir chinois. La joueuse de tennis va-t-elle refaire une apparition publique ces prochains jours ?