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Disparition de Zizi Jeanmaire : "il lui suffisait d'entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes"

Renée Marcelle Jeanmaire, dite Zizi Jeanmaire est morte  le 17 juillet à 96 ans. Ici, lors d'un défilé Yves Saint Laurent le 27 juillet 1977 au centre de la photo (à gauche, Catherine Deneuve). 
Renée Marcelle Jeanmaire, dite Zizi Jeanmaire est morte  le 17 juillet à 96 ans. Ici, lors d'un défilé Yves Saint Laurent le 27 juillet 1977 au centre de la photo (à gauche, Catherine Deneuve). 
AP Photo

Zizi Jeanmaire, danseuse incomparable, muse et épouse du chorégraphe Roland Petit, a promené ses jambes gainées de noir, ses plumes et ses paillettes sur les scènes du monde entier, bouleversant les frontières traditionnelles de la danse, de la chanson et du music-hall. Elle s'est éteinte ce vendredi 17 juillet chez elle, en Suisse, à l'âge de 96 ans.

Malicieuse, enthousiaste et travailleuse acharnée, elle a tout exploré: ballet, comédie musicale, théâtre, récital, télévision, revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps.

Sa carrière est étroitement liée à celle de Roland Petit, l'un des plus grands chorégraphes français et l'homme de sa vie, décédé en 2011. Ils se sont rencontrés la première fois en 1933, quand ils avaient 9 ans chacun, à l'école de danse de l'Opéra de Paris. Ils se marient en 1954 et ont une fille. Zizi sera au coeur de toutes ses créations.
Renée (son véritable prénom) Jeanmaire naît le 29 avril 1924 à Paris. "Petit rat" à l'Opéra, elle en claque la porte sur un coup de tête, à 19 ans: "on rêvait d'aller voir le monde... j'avais envie de gloire, d'être reconnue avec autre chose que Giselle", l'héroïne d'un grand ballet romantique.

"Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n'ai eu de doute sur ma carrière".

Au sein de la toute nouvelle compagnie de Roland Petit, les Ballets de Paris, Zizi s'illustre dans Carmen en 1949, à la chorégraphie étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen aux cheveux à la garçonne - coiffure que Zizi ne quittera plus -  brûlera les planches à Paris, à Londres, à Broadway (sept mois à l'affiche).
Elle se révèle aussi dans La Croqueuse de diamant en 1950, dans un genre alors inconnu: le ballet sur pointes avec chansons. Elle travaille un temps à Hollywood et à New York. Le grand producteur Sam Goldwyn lui conseille de garder comme prénom de scène "Zizi", le mot qu'elle répétait ("Mon zizi") quand sa mère l'appelait "Mon Jésus".
Dans les années 50, elle apparaît au cinéma dans des films, souvent de danse, comme Hans Christian Andersen de Charles Vidor, Folies-Bergère et Charmants garçons d'Henri Decoin, Guinguette de Jean Delannoy.
                  

Mon truc en plumes                

                  
Raymond Queneau, Serge Gainsbourg ou Barbara vont se mettre à écrire ou à composer pour "Mademoiselle Jeanmaire"
Boris Vian disait qu'elle avait "des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes" ou encore "une voix comme on n'en fait qu'à Paris".
Yves Saint Laurent, qui l'habilla durant quarante ans, estimait qu'"il lui suffisait d'entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes".
Yves Saint Laurent avec Zizi Jeanmaire, à l'ouverture de sa propre maison de couture, le 29 janvier 1962. (AP Photo)
Yves Saint Laurent avec Zizi Jeanmaire, à l'ouverture de sa propre maison de couture, le 29 janvier 1962. (AP Photo)


"Sans elle, Paris ne serait pas Paris", s'émerveillait Louis Aragon.
A l'Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson Mon truc en plumes de Bernard Dimey et Jean Constantin.
 


"Plumes de zoiseaux, De z'animaux/Mon truc en plumes, C'est très malin/Rien dans les mains, Tout dans l'coup d'reins", chante-t-elle.
"C'est un superbe numéro de music-hall que j'ai présenté dans le monde entier et qui est probablement l'un des plus beaux du genre", notait-elle.

Elle monte sur les planches notamment dans La dame de chez Maxim de Feydeau, donné plusieurs centaines de fois en 1965/66. "Quand je jouais cette pièce, on ne comprenait pas que j'aille tous les matins au cours de danse: mais pour moi, c'était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir", assurait-elle.

La danseuse interprète en 1966 Le jeune homme et la mort aux côtés de Rudolf Noureev pour une version filmée :
 


Puis elle continue à se produire dans des revues flamboyantes, comme La Revue et Zizi je t'aime au Casino de Paris, reprise par le couple Petit-Jeanmaire en 1970.

A 85 ans passés, son "port d'attache" demeurait l'Opéra de Paris: "je connais tous les danseurs, tout ce qui s'y passe. Et je continue à vivre, maintenant que je ne monte plus sur scène, à travers ça".