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Du "bore out" à l’"emportiérage" : les nouveaux mots du Petit Larousse

La nouvelle édition du Petit Larousse arrive en librairies. Comme chaque année, des mots y sont introduits. L’expression d'innovations technologiques mais aussi de dominations culturelles, préoccupations sociales ou mutations sociétales. Humour ou imagination s’y faufilent parfois.

Ce n’est pas l’Académie ni un Conseil supérieur ou une structure gouvernementale mais elle est, avec Le Robert, une autorité de fait. Chaque année, la nouvelle édition du Petit Larousse illustré donne une mesure des mots qui entrent effectivement dans la langue française. Dictionnaire dominant et référence usuelle, il contribue fortement par la suite à leur validation officielle. Chaque édition est donc scrutée attentivement, pour le bonheur de son propriétaire avisé, le groupe Hachette.

De la technologie

Pour la cuvée 2020 (en librairies le 21 mai), 150 mots et expressions nouvelles font leur entrée. Certains reflètent, sans surprise, des innovations ou évolutions scientifiques, techniques ou numériques. Dans cette catégorie : « bioplastique » (plastique biodégradable), « hypnothérapie » (thérapie par l’hypnose), « cryptomonnaie » (monnaie virtuelle, telle le bitcoin), « bigorexie » (addiction à une activité sportive) ou encore « illectronisme » (incapacité à maîtriser le numérique).

Des expressions anglaises s’imposent comme « darknet » (réseaux permettant de partager de manière anonyme des données cryptées), « deep learning » (technologie basée sur des réseaux de neurones artificiels) ou la contrepartie humaine de ces enchantements, telle le « bore out » (syndrome d'épuisement professionnel dû à l'ennui).

Préoccupations

Plus intéressante est l’observation de nouveaux termes révélateurs de préoccupations sociales, politiques ou sociétales : le très à la mode « inclusif » (qui s’oppose à l’exclusion), la « fachosphère » (mouvance d’extrême-droite et son expression sur Internet), « antispécisme » (qui refuse la hiérarchie entre les espèces animales, homme compris), « adulescence » (phénomène générationnel où de jeunes adultes continuent d'avoir un comportement d'adolescents), « locavorisme » (recherche des "circuits courts" pour l’alimentation), « datacratie » (gouvernance par les données numériques), « survivalisme » (mode de vie de personnes se préparant à une catastrophe nucléaire, écologique ou économique), « doxocratie » (système politique où l’opinion publique dicte les prises de décisions, par l’intermédiaire des sondages, de la télévision et d’Internet).

La culture économique dominante, enfin, apporte son lot : le mot « ubériser » (appliquer le modèle de la compagnie Uber à un secteur en remplaçant, notamment, le salariat par une supposée indépendance de ses travailleurs). Elle attribue un sens assez peu féerique à « licorne » (start-up dont la valorisation dépasse le milliard de dollars). Et constate son pendant : la « smicardisation » (tendance à la généralisation du salaire minimum).

Diversité

Moins déprimants sont les nouveaux mots de la diversité francophone, souvent emprunts d’une certaine imagination ou poésie. Un « dagobert » est un sandwich belge. Un « taxieur » un chauffeur de taxi algérien. Une « nounoune », une nunuche du Québec, contrée où « divulgâcher » signifie divulguer prématurément la clef d’une intrigue (au lieu de l’anglicisme « spoiler ») et l’«emportiérage » la manie des automobilistes - de tous pays, semble-t-il - à percuter les cyclistes en ouvrant leur portière. Au Maroc et au Burundi, un « alphabète » est quelqu’un qui sait lire et écrire. En Côte d’Ivoire, un « boucantier » désigne un personnage qui se fait remarquer dans un style qu’on dirait, en France, un peu bling-bling … ou kéké.

63.000 mots, au total composent le Petit Larousse. En 1871, son ancêtre en comptait 35.000. On en sort rarement : 90% des mots qui étaient dans le dictionnaire de 1871 y sont demeurés. Une institution inclusive.