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Edward Snowden : l'avocat des "anges gardiens" du lanceur d'alerte en appelle au Canada

Les "anges gardiens" d'Edward Snowden en mai 2015 devant les bureaux de l'immigration à Hong Kong.
Les "anges gardiens" d'Edward Snowden en mai 2015 devant les bureaux de l'immigration à Hong Kong.
© AP Photo/Vincent Yu

Ils avaient hébergé Edward Snowden en 2013 lors de son mois d'exil à Hong Kong. Alors que deux d'entre eux ont pu trouver refuge au Canada en mars 2019, cinq autres -dont deux enfants- sont toujours coincés à Hong Kong. Des réfugiés venus des Philippines et du Sri Lanka qui subiraient harcèlement et intimidation. Leur avocat a écrit début octobre au Premier ministre canadien Justin Trudeau. Sa lettre est, pour l'heure, restée sans réponse.

L’objectif de cette lettre est d’obtenir votre soutien”. Maître Robert Tibbo est inquiet. Sa lettre compte quatre pages, elle est accompagnée de photos et s’adresse directement au Premier ministre canadien Justin Trudeau. Tout au long de ce courrier, l’avocat se demande pourquoi le dossier de cinq réfugiés philippins et sri lankais, aujourd’hui apatrides, n’aboutit pas, malgré les promesses du gouvernement canadien.

Retour en arrière. En juin 2013, trois familles réfugiées à Hong Kong en provenance des Philippines et du Sri Lanka hébergent Edward Snowden. Le lanceur d’alerte américain, qui travaille pour un sous-traitant de la CIA, le renseignement américain, vient de dévoiler au monde entier, documents à l’appui, le système de surveillance globale mis en place par Washington. Snowden a fui les Etats-Unis et s’est envolé pour Hong Kong où, traqué, il trouve refuge notamment chez ses “anges gardiens” venus d’Asie du sud-est qui résident dans un quartier pauvre. Edward Snowden passera un mois à Hong Kong avant de partir pour la Russie où il se trouve toujours aujourd’hui.

Harcèlement

Depuis lors, les trois familles qui ont accueilli Snowden subissent harcèlement et intimidation de la part “d’agences gouvernementales hongkongaises” si l’on en croit leur avocat. Dans son courrier à Justin Trudeau, il rapporte par exemple qu’en décembre 2016, “les autorités ont permis que la police du Sri Lanka notoire pour son utilisation de la torture, parte à la recherche de (ses) clients à Hong Kong, exposant ces derniers à des risques réels et importants”. 

C’est en janvier 2017 que le dossier est transmis aux autorités canadiennes. Elles reconnaissent le caractère urgent de la situation. En vertu de quoi, deux des sept personnes concernées, une mère et sa fille, arrivent au Canada en mars 2019 et vivent aujourd’hui à Montréal. Mais depuis, pour les cinq autres, dont deux enfants, plus rien. 

Dans son courrier écrit de France où il réside, Robert Tibbo explique que “le Canada a fait volte-face sans explication”. Oubliée la procédure d’urgence. Selon l’avocat, le délai d’attente pourrait désormais être de plus de quatre années, “soit une période assez longue pour que les demandeurs se trouvant à Hong Kong perdent leurs derniers droits et procédures dans ce pays et soient renvoyés dans leur pays d’origine où ils feront l’objet de situations intolérables et mettant directement leur vie en péril.

Elections fédérales canadiennes

La lettre de Maître Tibbo est datée du 3 octobre 2019 mais elle a été rendue publique ce mercredi 16 octobre. A cinq jours des élections fédérales canadiennes car, explique l’avocat au journal Le Monde, il faut craindre qu’une alternance politique “ne change la façon dont ces dossiers en cours vont être traités”. 
Dans son courrier, l’avocat des “anges gardiens d’Edward Snowden”, considère que “le gouvernement du Canada a séparé des membres d’une même famille (...) il s’agit là d’une injustice qui pourrait être remédiée par une action rapide” des autorités canadiennes. Sans réponse donc. Au point que le silence du Premier ministre canadien fait dire à Robert Tibbo, toujours dans les colonnes du quotidien français Le Monde, que “c’est à se demander si monsieur Trudeau ne reçoit pas une sorte de pression de la part du gouvernement américain et fait tout pour ne pas avoir à prononcer le nom de Snowden”.