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Effondrement d'un pont en Italie : à qui la faute ?

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TV5MONDE

L'Etat d'urgence a été décrété à Gênes, sous le choc de l'effondrement d'un viaduc routier qui a fait 38 morts selon le dernier bilan. Ce samedi, l'Italie se prépare à enterrer les victimes, alors que la controverse enfle entre le gouvernement et la société gestionnaire du viaduc. 
 

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Plusieurs jours après le drame, avec l'aide des chiens renifleurs, les pompiers tentent toujours de localiser cinq disparus parmi l'enchevêtrement des décombres d'acier et de béton. Au-delà du périmètre de sécurité, certains habitants, encore abasourdis, ont reçu l'autorisation de rentrer chez eux. Si tant est que leur logement soit intact, car beaucoup n'ont pas cette chance. Ceux-là tentent de récupérer ce qui peut être sauvé des décombres, en attendant un relogement.

Du côté des responsables politiques, on se rejette la responsabilité à qui mieux mieux. Au pouvoir depuis mars 2018, le Mouvement 5 Étoiles est accusé d'avoir fait campagne, en 2009, contre un projet de bretelle qui aurait permis aux poids lourds de contourner ce pont, déjà très fréquenté.

Celui qui dit que mon gouvernement a pris de l'argent des Benetton ou d'Autostrade est un menteur.
Matteo Renzi

De son côté, le gouvernement  accuse le gestionnaire de ce tronçon de l'A10, la société "Autostrade per l'Italia" - une société privée qui appartient à 30 % à la famille Benetton - de ne penser qu'au profit et d'avoir intrigué pour décrocher une prorogation de sa concession, en 2015. Au grand dam de Matteo Renzi, à l'époque président du Conseil : "Celui qui dit que mon gouvernement a pris de l'argent des Benetton ou d'Autostrade est un menteur".

Reste que le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a dénoncée le contrat — pour l'Etat italien — avec Autostrade, dès mercredi soir. À ses côtés, se trouvaient les deux leaders de sa coalition, Matteo Salvini  et Luigi Di Maio, chef du parti et vice-président du Conseil italien, qui partagent ce choix. Le président du Conseil, Giuseppe Conte, estime justifié le fait de prendre cette décision sans attendre les résultats de l'enquête pénale, estimant la tragédie inacceptable. 

Autre bouc émissaire pour le gouvernement italien, la Comission européenne, dont la politique d'austérité aurait empêché l'Italie d'investir. Mais l'UE renvoie l'Italie à ses responsabilités et réaffirme avoir plus qu'encouragé le pays à investir dans ses infrastructures de transport : "Sur la période de 2014 à 2020, l'Italie doit recevoir 2,5 milliards et demi d'euros de fonds structurels et d'investissement européens pour ses infrastructures de transport, comme la route et le rail... Les Etats membres sont libres de déterminer leurs priorités, le développement et ou la maintenance de l'infrastructure, par exemple, dit Christian Spahr, porte-parole de la Commission européenne. "Le président Juncker l'a rappelé : "L'Italie fait partie des principaux pays bénéficiaires du pacte européen de stabilité et croissance."

Tous les experts le disent : il est trop tôt pour déterminer les responsabilités avec précision. Une chose est sure, c'est que "les ponts, c'est comme les voitures. Quand on les utilise trop, il faut les changer. Surtout quand les coûts de maintenance égalent ou dépassent les coûts de reconstruction," explique l'ingénieur Antonio Brenchich. Lors de son inauguration, en 1967, le pont Morandi, du nom de son concepteur, était considéré comme une innovation, car en béton armé. Une phase de travaux d'entretien avait été  programmé dans quelques mois ; un budget de 20 millions d'euros lui était déjà consacrée.

Loin de la polémique, les funérailles des 38 victimes de l'effondrement du viaduc ont lieu à Gênes ce 18 août, jour de deuil national en Italie.