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Élection présidentielle aux États-Unis : "Si les jeunes et les minorités se mettent à voter, Trump sera balayé !"

Le président américain s'oppose au recours massif au vote par correspondance en ces temps d'épidemie. Donald Trump assiste à une reunion, ce 31 juillet en Floride, sur les mesures mises en place pour lutter contre la propagation du virus.
Le président américain s'oppose au recours massif au vote par correspondance en ces temps d'épidemie. Donald Trump assiste à une reunion, ce 31 juillet en Floride, sur les mesures mises en place pour lutter contre la propagation du virus.
AP Photo/Patrick Semansky

Le président américain Donald Trump avait évoqué ce 30 juillet un possible report de l'élection présidentielle dans une série de tweets, mettant en avant, sans la moindre preuve, des risques de fraude liés au vote par correspondance. Ce vote veut être développé face à l'épidémie de Covid-19. Les tweets de Donald Trump ont provoqué un tollé parmi la classe politique et même au sein de son propre camp politique, celui des Républicains. L'hôte de la Maison blanche s'est rétracté quelques heures plus tard. Erreur politique de la part de président américain, peur d’une mobilisation électorale des jeunes et des minorités ou stratégie de diversion face à des résultats économiques catastrophiques ? Réponses de Jean-Éric Branaa, universitaire spécialiste de la vie politique des États-Unis.

Jean-Éric Branaa est maître de conférences à l'université Paris II. Il est l'auteur d'une biographie de Joe Biden, candidat des démocrates à l'élection présidentielle américaine.

TV5MONDE : Comment interpréter le tweet de Donald Trump suggérant un report de l'élection présidentielle ?

Jean-Éric Branaa
: Il ne s'agit pas d'un tweet intempestif. Ce tweet est un acte réfléchi qui a été construit par son équipe de communication. Quelques minutes avant son tweet les chiffres de la croissance trimestrielle étaient annoncés. Et c'est une véritable catastrophe économique, annonçant une chute de plus de 30% sur un trimestre de la richesse nationale produite. C'est du jamais-vu depuis la Grande Dépression des années 30. En janvier dernier, le taux de chômage aux Etats-Unis ne dépassait pas les 3,5%. Il s'agissait d'un record historique. Cette diversion par un tweet a fonctionné puisque la sphère médiatique n'a parlé que de cette histoire de report de l'élection présidentielle. L'annonce des mauvais chiffres économiques est en partie passée à la trappe grâce à ce tweet.

A t-il pris le risque de fragiliser son propre camp ? Des élus républicains se sont désolidarisés des propos de Donald Trump, comme le chef des républicains du Sénat, Mitch McConnell ?

Tous les ténors républicains, en fait, Lindsay Graham ou encore Marc Rubio, ont montré leur désaccord avec Donald Trump. En novembre, l'enjeu présidentiel n'est pas le seul. Les Américains doivent également voter pour élire des gouverneurs, des sénateurs, des maires, des députés de la Chambre des représentants. Plus de 200 000 postes sont à pourvoir. Nous sommes à un peu plus de 90 jours de l'élection présidentielle et on a le sentiment qu'il s'est mis hors-jeu politiquement. En même temps, une partie importante de l'électorat républicain soutient Donald Trump et les ténors du parti républicains ne peuvent pas se passer électoralement de ces électeurs qui votent Trump.
 
Donald Trump s'oppose au vote par correspondance. Comment interprétez-vous cette polémique sur ce vote par correspondance ? La famille de George Floyd puis l'ancien président Barack Obama et une partie du mouvement « Black Lives Matter » se sont mobilisés pour que les gens aillent voter notamment par correspondance. Le vote par correspondance serait pour beaucoup de quartiers noirs, denses, frappés par le Covid, l'occasion de voter.

Les citoyens aux Etats-Unis votent très peu. Les élections ont lieu le mardi en semaine lorsque les gens travaillent. Les jeunes sont très remontés contre Donald Trump. Le parti démocrate espère que les jeunes iront voter par correspondance. Et il milite dans ce sens. Donald Trump ne recueille que 8% chez les jeunes. Les chiffres chez les minorités lui sont également très défavorables. Seulement 24% des électeurs latinos ont voté pour lui en 2016. Ces jeunes et les électeurs issus des minorités ne votent pas. Donald Trump connaît cette sociologie politique, Et Donald Trump espère pouvoir les éloigner de leur devoir civique. C'est ce qui explique ses attaques contre le vote par correspondance. Trump peut, lui, compter sur le vote des personnes âgées. Et les personnes âgées sont bien plus mobilisées électoralement que les jeunes.

Si les jeunes et les minorités votent, Trump sera balayé. Il veut à tout prix éviter un cataclysme électoral. Donald Trump brandit donc le risque de fraude avec le vote par correspondance.

17 États peuvent basculer


Le contrôle de ce type de scrutins, il est vrai, est moins aisé mais de nombreux États déjà aux États-Unis utilisent le vote par correspondance. C'est le cas notamment d'un État très républicain, l'Utah, depuis 2012. Aucune fraude massive n'a été constatée à ce jour. Ce type de votes devrait se développer avec la crise du Covid-19. Trump veut agir contre cela mais ce sont les gouverneurs qui ont la main sur le vote par correspondance. Le risque du vote par correspondance est surtout celui de la polémique. Environ 17 États sont considérés cette année comme étant des États au scrutin très serré, qui peuvent basculer d'un camp vers l'autre sur quelques centaines de voix, et pour lesquels la nervosité sera grande car une fraude peut tout faire basculer. L'interrogation de Trump peut alors paraître légitime.

Donald Trump peut-il encore gagner l'élection en novembre prochain?

Il accuse quinze points de retard dans les sondages et je ne vois pas comment il pourrait rattraper son retard. Il n'a pas construit de programme pour assurer sa réélection. Il voulait juste construire sa campagne sur son bilan et plus précisement sur son bilan économique. La crise sanitaire puis la crise économique qui ont suivi  mettent à mal cette stratégie. On ne voit pas comment la situation économique pourra se transformer positivement d'ici quelques mois.

Ces attaques personnelles contre Joe Biden ont surpris. Biden est une figure que les Américains connaissent depuis plusieurs décennies et chacun a déjà sa propre idée à son propos. Ce n'est pas ce type de campagnes qui permettra à Trump de renverser les choses.