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Élections au Québec : un vent de changement avec la victoire de la CAQ de François Legault

François Legault est le nouveau Premier ministre québécois après la victoire de son parti, la CAQ (centre droit) aux élections générales du lundi 1er octobre. Il succède à Philippe Couillard (Parti libéral du Québec).
François Legault est le nouveau Premier ministre québécois après la victoire de son parti, la CAQ (centre droit) aux élections générales du lundi 1er octobre. Il succède à Philippe Couillard (Parti libéral du Québec).
© Radio-Canada

Les Québécois ont voté en faveur du changement en élisant 74 députés de la Coalition Avenir Québec de François Legault (centre droit), mais aussi 10 députés du parti Québec solidaire, ce parti de gauche qui vient de réussir une percée importante. Un scrutin historique aussi, car il laisse sur le carreau les deux formations traditionnelles de la province, le Parti Québécois et le Parti libéral du Québec. Philippe Couillard pourrait d'ailleurs annoncer sa démission dès ce jeudi comme chef du Parti Libéral du Québec et député de Roberval.

C’est la grande leçon de ce scrutin : les Québécois ont rejeté les « vieux » partis que sont le PLQ et le PQ, en élisant, pour la première fois depuis 50 ans, un nouveau parti, fondé en 2011. Et en offrant à un autre nouveau parti, Québec solidaire, une percée spectaculaire ailleurs que sur le territoire montréalais, où les « Solidaires » étaient concentrés jusqu’à maintenant. Un message clair, donc, de l’électorat en faveur du changement, une volonté de donner la chance à ceux qui promettent de faire de la politique autrement, d’offrir un autre discours, qu’ils soient de droite et de gauche.
 

Débâcle du Parti libéral et du Parti Québécois

Une situation qui n’est pas sans rappeler l’éclatement de l’échiquier politique de la France lors de l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, lorsque les partis traditionnels français ont subi leur Waterloo. Au Québec aussi, les partis traditionnels que sont le Parti libéral et le Parti Québécois viennent de vivre leur Waterloo : ils ont chacun subi toute une débâcle, leurs pires résultats électoraux des dernières décennies ! Le Parti libéral du Québec a fait élire 32 députés, c’est près de deux fois moins qu’il y a quatre ans, et ses députés sont concentrés sur l’île de Montréal. Le parti a perdu ses appuis dans les régions du Québec, presque toutes passées dans le clan de la CAQ.

L’ex-Premier ministre Philippe Couillard n’a pas réussi son pari de faire réélire son gouvernement. S’il a pu garder son poste de député, il se donne quelques jours de réflexion sur son avenir politique. Traduction : il pourrait très probablement annoncer sa démission à la direction du PLQ, et comme député de Roberval ce jeudi 4 octobre. Celui qui a déjà annoncé son départ, c’est Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois. Non seulement il a perdu son siège de député à Montréal, mais en plus il a conduit le PQ à son pire résultat des dernières décennies : neuf députés péquistes seulement ont été élus, contre 28 en 2014 !

 

Qui peut sauver le Parti québécois ?

D’élection en élection, le parti fondé il y a 50 ans par René Lévesque pour faire la souveraineté du Québec ne cesse de perdre des plumes, à un point tel que beaucoup ici s’interrogent sur son avenir. Qui peut sauver le Parti québécois ? La vice-présidente du parti, Véronique Hivon, qui a résisté à la vague bleu ciel dans son comté de Joliette, au nord-est de Montréal, pourrait bien être la sauveuse de ce parti.

Mais c’est tout un défi, alors que pour la première fois depuis un demi-siècle, la souveraineté du Québec n’a pas fait partie des enjeux de cette élection. Le défi de François Legault. Le problème quand on est porté au pouvoir par une telle vague et avec une victoire si éclatante, c’est de livrer la marchandise, se montrer à la hauteur des attentes des électeurs. Et ça, François Legault le sait. Dans son discours de victoire lundi soir, il s’est voulu rassembleur.
 
Je promets de faire plus, faire mieux pour tous les Québécois, je promets un gouvernement humain avec le cœur à la bonne place, mais les pieds sur terre.

François Legault, nouveau Premier ministre québécois
En conférence de presse mardi, la première en tant que Premier ministre élu, le chef de la CAQ a qualifié cette élection d’"historique" et il a précisé qu’il allait tenir les promesses prises durant la campagne électorale : la maternelle pour tous les petits Québécois de quatre ans, réduire le fardeau fiscal des Québécois, améliorer l’accès aux soins de santé, réformer le mode de scrutin pour le faire passer à la proportionnelle.
Et il a repris son discours rassembleur :
 

Quand j’ai créé la CAQ, mon objectif c’était de sortir de cette polarisation souverainiste, fédéraliste et de rassembler les Québécois. Je pense qu’hier, on a commencé à rassembler les Québécois, mon objectif dans les prochaines semaines, les prochains mois, c’est de rassembler encore plus de Québécois, de travailler ensemble à faire avancer le Québec.

François Legault, nouveau Premier ministre québécois

François Legault s’est aussi voulu rassurant sur le thème de l’immigration : « On veut bien accueillir les immigrants, on veut continuer de recevoir des immigrants et je veux poser des gestes dans les prochains mois pour montrer un Québec qui est inclusif ». Le chef caquiste devrait présenter son conseil des ministres d’ici deux semaines. On verra alors s’il tiendra aussi sa promesse de présenter un conseil paritaire. Il ne manquera pas de choix pour nommer des femmes ministres, puisqu’elles sont 30 sur les 74 députés de la CAQ ( et 41% des nouveaux élus de l’Assemblée nationale sont de l’autre sexe, un record ).

François Legault au Sommet de la Francophonie

La première sortie de François Legault à l’international en tant que Premier ministre élu se fera la semaine prochaine à Erevan, en Arménie, au Sommet de la Francophonie.

> Voir notre page spéciale dédiée au Sommet de la Francophonie

Durant la campagne électorale, François Legault refusait d’accorder son soutien à la Québécoise Michaëlle Jean, qui tente de se faire réélire à la tête de l’OIF. Il disait vouloir son appui conditionnel à l’étude des problèmes de gouvernance qui entachent le bilan de Mme Jean. Donc dossier à suivre.​

Encadré : Qui est François Legault ?

Né en 1957, père de deux garçons, François Legault est un ex-homme d’affaires : c’est lui notamment qui a cofondé en 1986 la compagnie aérienne Air Transat. Il entre en politique en 1998 sous la bannière du Parti Québécois, car il est alors un souverainiste convaincu, ce qu’il n’est plus. Il va occuper plusieurs ministères sous divers gouvernements péquistes : éducation, santé, industrie et commerce. Il quitte le Parti Québécois pour cofonder, en 2011, la Coalition Avenir Québec, avec un autre homme d’affaires Charles Sirois. Il se fait élire en 2012 sous la bannière de la CAQ avant de prendre le pouvoir en 2018.

 Dès l’annonce de la victoire de la CAQ, d’un bout à l’autre du pays, les messages de félicitations à François Legault ont afflué. Du Premier ministre canadien Justin Trudeau, tout d’abord, qui vient quand même de perdre un allié naturel avec la défaite du libéral Philippe Couillard, mais aussi du chef conservateur Andrew Scheer, qui dit avoir hâte de travailler avec Mr Legault dans le futur et qui, lui, gagne un allié dans cette élection.
 

Un virement à droite pour le Québec

Félicitations aussi du Premier ministre conservateur de l’Ontario, le controversé Doug Ford. Certes, la CAQ est un parti plus « conservateur » que le Parti libéral du Québec si on les place sur un échiquier politique. Mais on ne peut pas dire, en tant que tel, que le Québec vire à droite avec l’élection des troupes caquistes, car les Libéraux de Philippe Couillard sont aussi de droite, alors que le Parti Québécois est de centre gauche et Québec solidaire clairement un parti de gauche.

D’une manière générale, le Québec est une province qui se gouverne au centre : centre droit, centre gauche, l’extrême ici, de droite comme de gauche, n'est pas populaire. Oui, certaines des valeurs défendues par la CAQ sont plus conservatrices que celles des Libéraux et des péquistes, mais ce sont surtout des valeurs néo-libérales teintées, pour certaines, d’une forme de nationalisme.