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Elections du 20 septembre au Canada : les enjeux débattus qui vont faire la différence

Le candidat des Conservateurs Erin O'Toole en campagne à Oakville, 19 septembre 2021 (Reuters).
Le candidat des Conservateurs Erin O'Toole en campagne à Oakville, 19 septembre 2021 (Reuters).

Ce dimanche 19 septembre marque la fin d’une campagne électorale qui a duré 35 jours au Canada. Lundi, les Canadiens iront aux urnes pour élire leur prochain gouvernement.  Les Libéraux et les Conservateurs sont au coude-à-coude dans les sondages et la lutte s’annonce serrée. Quels sont donc les principaux enjeux qui ont dominé cette campagne électorale ?

L’enjeu de la pandémie

C’est sur fond de pandémie que s’est déroulée cette campagne électorale : les chefs ont dû adapter leurs activités en fonction des mesures sanitaires en place, donc pas de grands rassemblements et respect des deux mètres de distanciation physique. Justin Trudeau s’est fait critiquer parce qu’il faisait des « selfies » avec des partisans, le chef conservateur, lui, a surtout fait campagne virtuellement.

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Au-delà de cette logistique, la question de la gestion de la crise sanitaire a été l’un des enjeux de cette campagne, avec, notamment, l’agressivité et l’hostilité de manifestants antivaccins et anti-mesures sanitaires, qui ont pourchassé le premier ministre sortant des jours durant. Plusieurs de ces manifestations ont dégénéré : en plus de se faire régulièrement copieusement insulter, Justin Trudeau s’est fait jeter des graviers alors qu’il remontait dans son autocar de campagne – des accusations ont même été portées -, des scènes plutôt rares au Canada.

« Les images et les slogans qui ont circulé de la part de cette frange qui a tenté de bousculer l'itinéraire du premier ministre, ça a été un élément marquant de la campagne » souligne la politologue Stéphanie Chouinard, professeur au département des Sciences politiques de l’Université Queen. Beaucoup de ces manifestants radicaux sont des partisans du Parti populaire du Canada, un parti de l’extrême droite fondé par Maxime Bernier qui récolte pour l’instant autour de 6% des intentions de vote et qui divise le vote conservateur au Canada. 

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La question de la vaccination contre la COVID 19 a polarisé les partis : les Libéraux de Justin Trudeau et les Néo-Démocrates sont partisans de la vaccination obligatoire pour les fonctionnaires canadiens et les voyageurs de train et d’avion au Canada. Une position que rejette le chef conservateur Erin O’Toole : il se dit en faveur de la vaccination mais ne veut l’imposer à personne, arguant qu’on peut se servir des outils comme les tests de dépistage rapide pour contrôler l’épidémie.

D’ailleurs il n’a pas exigé que les candidats de son parti soient pleinement vaccinés alors que le Parti libéral et le Parti Néo-Démocrate l’ont exigé. « Le Parti libéral et les néo-démocrates ont tenté de faire de ces questions de vaccination un enjeu clivant durant la campagne, ça a fonctionné mais beaucoup moins que les Libéraux auraient souhaité, estime Stéphanie Chouinard. La très grande majorité des Canadiens sont en faveur de mesures fermes comme la vaccination obligatoire et le passeport vaccinal et le calcul politique a été de s’arroger la très grande majorité du vote des gens qui croient en ça. Pour les Conservateurs, le calcul se fait de façon différente parce qu'on avait peur de perdre beaucoup d'électeurs à l'extrême droite du spectre... On voit d'ailleurs une érosion du vote en faveur du Parti Populaire du Canada de Maxime Bernier ». 

<p>Le Premier ministre canadien Justin Trudeau en visite en Belgique pour visiter la compagnie pharmaceutique Pfizer, le 15 juin 2021.</p>

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Le Premier ministre canadien Justin Trudeau en visite en Belgique pour visiter la compagnie pharmaceutique Pfizer, le 15 juin 2021.

 

AP/ Frederic Sierakowski

En cette fin de campagne électorale, la crise sanitaire a rattrapé le chef conservateur : la situation s’est considérablement détériorée en Alberta, une province de l’ouest canadien dirigée par un premier ministre conservateur, Jason Kenney. Ce dernier a levé toutes les mesures sanitaires dans sa province au cours de l’été, ce qui s’est traduit par une augmentation exponentielle de cas de Covid-19 et un quasi-effondrement du système de santé.

Penaud, Jason Kenney vient de s’excuser auprès des Albertains en remettant en place les mesures sanitaires pour endiguer cette quatrième vague. Mais le mal est fait, et invité à réagir à cette situation, le chef conservateur Erin O’Toole s’est défilé devant les questions des journalistes. Comment, après ça, dire aux Canadiens que c’est avec un gouvernement conservateur qu’ils vont pouvoir sortir de cette crise sanitaire ? L’Alberta vit la pire crise de l’histoire de son système de santé à cause d’un premier ministre conservateur qui estimait que la quatrième vague ne toucherait pas sa province : Jason Kenney est devenu une épine au flanc des Conservateurs d’Erin O’Toole.

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On s’attend d’ailleurs à ce que le Parti libéral gagne quelques sièges dans cette province où il avait été rayé de la carte lors des élections de 2019. 

Les armes d’assaut  

Voilà un autre dossier délicat pour les Conservateurs : celui des armes d’assaut. Les Libéraux de Justin Trudeau veulent bannir ces armes d’assaut. Les Conservateurs, dans leur programme électoral, promettent de renverser cette décision, mais, en cours de campagne, le chef conservateur, qui travaille fort pour recentrer son parti avec des idées plus progressistes, a dit qu’il allait maintenir cette interdiction s’il devenait premier ministre.

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Dans le souci de ne pas mécontenter la base plus radicale de son parti, il a aussi promis qu’il mettrait en place un processus de révision pour déterminer ce qu’est une arme d’assaut. Un message plus que flou dans lequel Erin O’Toole s’est perdu et qu’il a traîné comme un boulet durant toute la campagne électorale.

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Une majorité de Canadiens sont en faveur de cette mesure de bannissement des armes, surtout devant la montée de la violence dans les grandes villes canadiennes et la multiplication de fusillades parfois meurtrières dans des quartiers de Toronto et de Montréal. Ce n’est certainement avec ce flou artistique maintenu par les Conservateurs sur ce dossier que des électeurs progressistes vont pencher en leur faveur. 

Les garderies 

Autre dossier épineux pour les Conservateurs d’Erin O’Toole : celui des garderies, l’équivalent des crèches au Canada. Elles coûtent une fortune aux parents, sauf au Québec, où a été mis en place un système de garderie publique peu couteux, à 10$ par jour. Ce régime est envié du reste du Canada et les Libéraux promettent de mettre en place un système pancanadien calqué sur celui du Québec à 10$ par jour.

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Ils ont conclu des ententes avec plusieurs provinces à ce sujet, notamment avec le Québec, un plan de 6 milliards de dollars qui va permettre de créer 37 000 places de garderies dans la province. Le plan libéral permettra de créer 250 000 places en garderie avec l’embauche de 30 000 éducateurs à la petite enfance.

Les Conservateurs d’Erin O’Toole, s’ils prennent le pouvoir, vont mettre au rancard ces ententes : ils proposent plutôt d’offrir aux parents des déductions d’impôt pour les frais de garde de leurs enfants et de bonifier les allocations familiales. Une position difficile à vendre auprès des électeurs canadiens et qui a été vivement critiquée au Québec notamment.  

Le réchauffement climatique 

Voilà un autre sujet qui a été au centre de cette campagne électorale, surtout que l’environnement et les changements climatiques sont, pour une majorité de Canadiens, au centre de leurs préoccupations. Beaucoup critiqué pour avoir acheté un oléoduc dans l’ouest du pays, Justin Trudeau explique qu’il faut assurer une transition entre le pétrole et la fin des énergies fossiles. Il promet d’éliminer les subventions à l’industrie pétrolière en 2023 et de mettre le pied sur l’accélérateur pour généraliser les véhicules électriques au Canada d’ici 2030. Et de réduire de 40 à 45% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005. L’objectif est que le Canada devienne carboneutre d’ici 2050. 

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Du côté des Conservateurs, le chef conservateur a fait un grand pas en avant puisqu’il a reconnu la réalité des changements climatiques, ce que les chefs précédents n’avaient pas fait. Mais les mesures préconisées par le PCC pour lutter contre le réchauffement climatique sont bien plus timides que celles des autres partis et surtout, ils proposent notamment de remplacer la tarification du carbone par des mesures comme un prix sur le carbone pour les particuliers. Et surtout, la position du chef n’est pas endossée par une partie de ses candidats, un décalage certain donc entre Erin O’Toole et la base dure de son parti, ce que n’a pas manqué de faire remarquer Justin Trudeau à maintes reprises et ce qui peut faire douter bien des électeurs. 

Pour plus d’informations sur ce que promettent les uns et les autres dans cette campagne électorale, une analyse complète a été faite par Radio-Canada.

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Tout va se jouer en Ontario, au Québec mais aussi en Colombie-Britannique

Comme toujours lors d’élections au Canada, tout va se jouer en Ontario et au Québec : c’est l’Ontario, la plus grosse province du Canada donc celle qui a le plus de circonscriptions, qui décide de qui va gouverner le pays, surtout dans la grande banlieue de Toronto, avec une cinquantaine de sièges pour laquelle les résultats sont déterminants. Et c’est au Québec que se gagne, ou se perd, la majorité pour le vainqueur. Encore une fois cette année, le Bloc Québécois va jouer les trouble-fêtes : il peut priver les Libéraux d’une majorité et empêcher les Conservateurs de remporter l’élection.

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Cette année, il faudra surveiller aussi de très près la Colombie-Britannique, où il y a, dans de nombreux comtés, des luttes à trois, entre Libéraux, Conservateurs et Néo-Démocrates. La soirée électorale risque donc d’être longue, lundi, au Canada, il va peut-être falloir attendre les résultats dans l’ouest du pays, qui a trois heures de décalage avec l’est, pour savoir qui va l’emporter. 

Dans le sprint final, Justin Trudeau a multiplié les appels au vote stratégique : il encourage tous les Canadiens progressistes à voter « Libéral » pour barrer la route aux Conservateurs. Ces derniers de leur côté répètent qu’ils sont la seule alternative pour se débarrasser de Justin Trudeau et de son équipe.

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Les Néo-Démocrates, quant à eux, tentent tant bien que mal de faire comprendre aux électeurs qu’ils sont différents des Libéraux et qu’ils offriraient aux Canadiens une gouvernance axée sur la défense des plus pauvres et la taxation des plus riches. Enfin le Bloc Québécois souligne que voter pour le Bloc, c’est s’assurer de voir les intérêts du Québec défendus bec et ongles au Parlement à Ottawa. Alors, que décideront les Canadiens lundi ?