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Elections fédérales au Canada : l'environnement, sujet incontournable de la campagne

L'écologie au coeur des préoccupations des électeurs pour les prochaines fédérales du 21 octobre ? 
L'écologie au coeur des préoccupations des électeurs pour les prochaines fédérales du 21 octobre ? 
©TV5MONDE / C. François

La jeune militante environnementaliste suédoise Greta Thunberg est attendue à Montréal, ce vendredi 27 septembre, à l'occasion de la grande manifestation pour la planète. L’occasion de faire entendre aux hommes politiques canadiens en campagne électorale les revendications de ces citoyens qui ont comme priorité la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Un enjeu  incontournable de ces élections fédérales. 

Comme un peu partout sur la planète, les citoyens canadiens sont nombreux à se sentir interpelés par la montée des températures et son impact sur l’environnement. Que ce soient par des initiatives individuelles comme changer ses habitudes ou descendre dans la rue pour manifester, les Canadiens n’ont pas attendus que leurs gouvernements adoptent des lois.

Mais la majorité d’entre eux s’attendent à ce que le prochain gouvernement présente des mesures efficaces pour réduire notre empreinte carbone et lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Alors justement, que proposent les partis politiques canadiens en pleine campagne électorale pour le scrutin du 21 octobre ? 

Les libéraux de Justin Trudeau

Le 24 septembre, l’ex-Premier ministre Justin Trudeau a présenté sa principale mesure environnementale : faire du Canada un pays « carboneutre » d’ici 2050. Comment ? Il ne l’a pas précisé, ajoutant par contre qu’il allait, s’il était réélu le 21 octobre, mandater un groupe d’experts pour se doter d’un plan d’action concret.

Les libéraux ont toujours dit qu’ils allaient respecter les engagements des Accords de Paris, qui visaient la réduction de 30% d’ici 2030 des seuils d’émission de gaz à effet de serre de 2005. En arriver à zéro émission d’ici 2050, c’est toute une étape de plus à franchir.  

Le gouvernement de Justin Trudeau a aussi annoncé qu’il allait interdire le plastique à usage unique dès 2021 et éliminer les centrales au charbon d’ici 2030, ainsi que la vente de véhicules à essence d’ici 2040.  

Les libéraux ont également imposé une taxe carbone aux provinces qui n’ont pas de plan de lutte contre le réchauffement climatique et ils comptent non seulement la maintenir mais aussi en augmenter les redevances. 

Enfin les libéraux sont allés chercher un candidat vedette pour porter leur plan environnemental : Stephen Guilbeault, un environnementaliste qui a cofondé et dirigé de 2008 à 2018 Équiterre, un organisme québécois de défense de l’environnement.

Mais ils trainent derrière eux comme un boulet leur décision d’acheter un oléoduc, le Trans Mountain, pour pouvoir transporter le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’au port de Vancouver, afin de pouvoir l’exporter notamment vers l’Asie.

Une décision qui a soulevé l’ire des environnementalistes et qui a déçu bien des Canadiens, même si elle est assortie d’une sorte de mécanisme pour qu’une partie des profits issus de la vente de ce pétrole soit consacré au développement d’énergies vertes et de solutions pro-environnementales. 

Les conservateurs d’Andrew Scheer

Les conservateurs portent un lourd héritage en matière environnemental parce que les gouvernements de l’ex-Premier ministre Stephen Harper ont fait figure de cancre dans ce domaine, notamment sur la scène internationale.

Voilà pourquoi l’environnement est une épine au flanc des conservateurs d’Andrew Scheer : ils sont contre la taxe carbone, qu’ils qualifient d’inefficace, alors que des experts viennent de publier une étude qui confirme au contraire son efficacité. Ils promettent donc de mettre fin à cette taxe carbone.

Ils sont également en faveur du soutien à l’industrie pétrolière de l’Alberta, ce n’est pas pour rien qu’ils font le plein de vote dans cette province de l’ouest canadien, ainsi que dans les deux provinces avoisinantes.

Cette position pro-pétrole n’est pas gagnante au Québec par contre : quand Andrew Scheer a déclaré qu’il pourrait imposer aux Québécois la construction d’un oléoduc sur leur territoire pour que le pétrole puisse circuler d’un bout à l’autre du pays, le Premier ministre du Québec François Legault l’a rapidement renvoyé dans le fond du ring, en lui disant que c’était hors de question et que l’environnement était une prérogative de la province. Les Québécois, en majorité, ne sont pas favorables au passage d’un oléoduc.

Concernant la lutte contre le réchauffement climatique, les conservateurs se sont engagés à respecter les Accords de Paris, ils promettent également de réduire le taux d’imposition des technologies vertes qui sont brevetées au pays. Ils misent sur le secteur privé pour développer ces technologies.

Quand Andrew Scheer a présenté en juin dernier le plan de son parti pour l’environnement, qui comprend une cinquantaine de mesures, il n’a pas convaincu les environnementalistes canadiens, qui l’ont qualifié de superficiel, sans réelle mesure pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. A noter qu’Andrew Scheer ne va pas participer à la marche de ce vendredi 27 septembre pour le climat. 

Les néo-démocrates de Jagmeet Singh

La position environnementale du NPD est somme toute assez proche de celle des libéraux. Ils veulent éliminer la production d’électricité produite par les combustibles fossiles d’ici 2030 et sont en faveur de la création d’une Banque pour le climat, spécifiquement dédiée à la création et au développement de technologies vertes et/ou liée aux énergies renouvelables. Le plastique à usage unique serait banni en 2022 sous un gouvernement néo-démocrate.

Les verts d’Elizabeth May

Pas de surprise, c’est le Parti vert du Canada qui a le programme environnemental le plus complet et le plus drastique, notamment pour la lutte contre le réchauffement climatique. Les Verts veulent réduire de 60% les seuils d’émission des gaz à effet de serre de 2005 d’ici 2030, soit le double des Accords de Paris, avec, en 2050 l’objectif de devenir carboneutre, zéro émission. Ils veulent mettre en place un « cabinet de survie » qui comprendrait les représentants de tous les partis politiques du pays pour mener à bien cette lutte contre le réchauffement de notre planète.

L’énergie électrique serait produite par des énergies renouvelables à 100% d’ici 2030, donc fin des énergies fossiles, pétrole, gaz, etc… Le parti prévoit la création d’un programme pour que tous les bâtiments du pays soient éco énergétiques d’ici 2030. Et bien sûr, ils maintiendraient la taxe carbone.

Sans oublier : plus de voiture à essence d’ici 2030, et des trains à haute vitesse entre Québec et Toronto, Edmonton et Calgary pour limiter le nombre de voitures et d’avions en circulation dans le pays. 

Le Bloc québécois, le parti nationaliste du Québec

Même si ce parti n’aspire pas à prendre le pouvoir, car il ne présente des candidats qu’au Québec, son chef, Yves-François Blanchet, se targue de présenter le meilleur plan environnemental.

Les Bloquistes proposent un système de « péréquation verte » qui permettrait de taxer les pollueurs et récompenser ceux qui polluent moins. Le parti veut faire adopter un projet de loi pour contraindre le prochain gouvernement canadien à respecter les Accords de Paris.

Le Bloc veut encourager les entreprises qui se spécialisent dans les technologies vertes et n’est pas favorable au développement de l’industrie pétrolière de l’Ouest du pays. 

Les revendications de la « boussole électorale de Radio-Canada »

Depuis plusieurs années, Radio-Canada a mis en place la « boussole électorale » sorte de grille d’analyse qui permet à l’électeur de mesurer de quel parti politique il est le plus proche en fonction de ses valeurs et ses revendications. La boussole indique ainsi que l’environnement est maintenant la priorité numéro un des quelque 113 000 personnes qui y ont participé, devant l’économie.
Les trois-quarts des utilisateurs de la boussole souhaitent que le Canada réduise davantage ses émissions de gaz à effet de serre. Une revendication portée par 9 femmes sur 10, contre 7 hommes sur 10. Ces électeurs sont portés à accorder leur vote au Nouveau Parti Démocratique, au Parti vert du Canada, au Bloc Québécois et au Parti libéral. Les partisans du Parti conservateur n’ont pas cette priorité.
La boussole révèle également qu’une majorité de ceux qui ont utilisé cet outil d’analyse approuvent la décision du gouvernement de Justin Trudeau d’imposer une taxe carbone aux provinces qui n’en ont pas, un tiers s’y oppose. Là encore, les partisans de la taxe carbone sont des partisans du Parti libéral, du NPD, du Parti vert et du Bloc Québécois, ceux qui sont contre sont proches des conservateurs. 
Là où il y a unanimité dans les utilisateurs de la boussole, c’est l’appui à la décision de gouvernement de Justin Trudeau de bannir, dès 2021, les plastiques à usage unique comme les sacs dans les épiceries, les pailles et autres.