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Elections législatives au Québec : Candidats, enjeux, sondages... les clés du scrutin

Cinq listes ont animé la campagne de ces élections législatives québécoises.
Cinq listes ont animé la campagne de ces élections législatives québécoises.
© TV5MONDE / Radio-Canada

Cinq semaines de promesses électorales, de confrontations d’idées et présentations de programmes, deux débats, cinq partis politiques en lice et 125 sièges de députés à pourvoir à l’Assemblée nationale : que décideront les Québécois ce lundi 3 octobre ? Bilan, analyse et perspectives.

Si on se fie aux sondages menés au cours des cinq dernières semaines, la Coalition Avenir Québec du Premier ministre sortant François Legault devrait remporter haut la main ces élections, avec une majorité à l’Assemblée nationale.

► Avec 35-37% des intentions de vote – selon les sondages -, il ne devrait donc pas y avoir de surprise le soir du 3 octobre pour ce qui est du parti qui arrivera premier sur le fil d’arrivée. Et pourtant, la CAQ a perdu cinq points dans les sondages depuis le début de la campagne, à cause de la mauvaise performance de son chef, François Legault, dans cette course électorale. Bourru, en permanence sur la défensive, peu souriant, on se demandait même parfois s’il avait vraiment envie d’être assis dans ce siège de Premier ministre sortant qui aspire à se faire réélire.

Aux dernières élections François Legault était le chasseur, alors qu’en 2022 il est un peu la proie.

Sébastien Bovet, journaliste politique à Radio-Canada

Pourtant, François Legault avait trouvé le ton juste, apaisant, réconfortant alors qu’il gérait la pire crise sanitaire dans l’histoire du Québec, il avait réussi à rassembler derrière lui la grande majorité des Québécois pour lutter contre la pandémie. "La question qu’on se pose c’est : où est passé le bon père de famille qu’on avait pendant la pandémie ?", s’interroge Sébastien Bovet, chef du bureau parlementaire de Radio-Canada à Québec. "Peut-être que c’est la pression des élections, poursuit l’analyste, peut-être que c’est l’idée d’avoir 36 jours de campagne électorale, alors qu’on est largement en avance dans les sondages, peut-être qu’il est fatigué aussi et ça peut se comprendre après deux ans de gestion de la pandémie, il a paru fatigué à plusieurs reprises, manquant un peu d’énergie. Et il y a un autre élément important : il n’est pas dans la même position qu’en 2018 : aux dernières élections il était le chasseur, alors qu’en 2022 il est un peu la proie.  Donc il est l’objet de toutes les attaques et c’est une position dans laquelle il n’a pas beaucoup été, parce que pendant deux ans de pandémie tout le monde poussait dans la même direction et avant il était dans l’opposition et c’est lui qui pourchassait le gouvernement".

Cette mauvaise performance a donc fait perdre des points à la Coalition Avenir Québec mais le parti avait tellement d’avance sur les quatre autres que cela ne va pas remettre en question sa victoire le soir du 3 octobre, avec une majorité de sièges à l’Assemblée nationale.

François Legault, Premier ministre sortant du Québec.
François Legault, Premier ministre sortant du Québec.
© Radio-Canada

La course pour la deuxième place

► Tout l’enjeu de ce scrutin sera donc de savoir quel parti arrivera deuxième et formera l’opposition officielle. Si le Parti libéral du Québec, mené par la cheffe Dominique Anglade, partait favori au début de la campagne électorale pour décrocher la deuxième position, il a perdu des plumes en cours de route.
Car selon un dernier sondage, les Libéraux remportent entre 15 et 16% des intentions de vote, ils sont au coude à coude avec Québec Solidaire, le parti le plus à gauche sur l’échiquier politique québécois. Mais le Parti libéral reste privilégié par le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour, explique Sébastien Bovet :  "L’enjeu, ce n’est pas d’avoir un taux d’appui en pourcentage, mais c’est de gagner des sièges. Et le Parti libéral est en meilleure position pour gagner plus de sièges que les autres partis qui lui font la lutte pour la deuxième place parce que son vote est concentré dans l’ouest de l’île de Montréal où il y a beaucoup de circonscriptions donc beaucoup de sièges en jeu, ce qui permettrait au Parti libéral de conserver son statut de parti de l’opposition officielle".

Les Québécois n’arrivent pas à déterminer l’identité du Parti libéral.

Sébastien Bovet, journaliste politique à Radio-Canada

Il reste que la campagne électorale du Parti libéral du Québec, menée par la cheffe, Dominique Anglade, n’a jamais levé. Elle n’a pas réussi à augmenter son appui auprès des Francophones, ils sont seulement 9% à vouloir voter pour le PLQ. "Le paysage politique québécois est en train de changer, souligne Sébastien Bovet. Dans les 50 dernières années, il y avait deux partis, l’un souverainiste, le Parti Québécois, l’autre fédéraliste, le Parti libéral, mais d’autres partis sont arrivés qui ne jouent pas sur ces enjeux-là, Québec Solidaire, plus à gauche, et le Parti Conservateur du Québec, plus à droite. Le problème de Dominique Anglade et du Parti libéral, c’est qu’à l’intérieur de ce bouillonnement politique, il n’a pas réussi à trouver son identité : on est quoi, nous, en 2022 ? Oui, on est un parti fédéraliste qui veut rester au sein du Canada, mais sur les questions sociales, questions financières, on se situe où ? Les Québécois n’arrivent pas à déterminer l’identité de ce parti et ça explique la décroissance de ce parti-là ». Dominique Anglade risque de jouer son poste de cheffe du parti lundi soir, il faut impérativement qu’elle se fasse réélire dans sa circonscription montréalaise si elle veut le sauvegarder.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec.
Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec.
© Radio Canada

► Quant à Québec Solidaire, le chef Gabriel Nadeau-Dubois, ex-leader de la révolte étudiante du printemps 2012, a mené une bonne campagne qui a permis à son parti de gagner des points dans les sondages. "Les gens apprécient Gabriel Nadeau-Dubois comme chef de parti politique, ils pensent qu’il ferait le meilleur chef de l’opposition, mais le problème, c’est que les gens font un peu moins confiance à son parti, fait remarquer Sébastien Bovet. QS doit faire la démonstration que ses politiques environnementales, son cadre financier et ses politiques sociales, sont réalistes. Souvent on a l’impression que les membres de QS sont des pelleteux de nuages, qui vivent dans un monde de licornes, où l’argent pousse dans les arbres et cette étiquette colle encore au parti. Pour l’instant, QS a encore des preuves à faire pour gagner la confiance des Québécois".

Gabriel Nadeau-Dubois, chef de Québec Solidaire (gauche).
Gabriel Nadeau-Dubois, chef de Québec Solidaire (gauche).
© Radio-Canada

Un paysage politique éclaté

Le coût de la vie, la lutte contre l’inflation, la lutte contre les changements climatiques, la protection de la langue française au Québec et la délicate question de l’immigration ont été les thèmes centraux de cette campagne électorale. Chaque parti a défendu son programme sur ces dossiers, et les différences sont notables.
Ce qui est sûr, c’est que ces élections concrétisent l’éclatement du paysage politique québécois, avec, d’un côté, un parti dominant, la Coalition Avenir Québec et, de l’autre, quatre partis qui divisent le vote de l’opposition. « Les plaques tectoniques politiques sont en train de bouger au Québec, avec les résultats qui pourraient donner le ton dans les prochaines années dans le paysage politique, le nombre de partis qui seront là et la force de chacun de ces partis » conclut Sébastien Bovet.
Il faudra voir aussi quel sera le taux de participation. Il a été historique lors des deux journées de vote par anticipation, près d’un électeur sur 4 a déjà déposé son bulletin dans l’urne, plus de 24%, un record.

Plus d’infos sur les sondages et projections de vote.

Le plein d’électeurs du côté du Parti conservateur du Québec

► Le petit nouveau sur la scène politique québécoise, le Parti conservateur du Québec, a maintenu ses appuis tout au long de la campagne : 15% d’intentions de vote.
Mené par l’ex-animateur d’une radio poubelle de Québec, Éric Duhaime, ce parti adepte des idées de la droite libertarienne a construit sa récente popularité sur la base du mécontentement d’une partie de la population envers les mesures sanitaires mises en place pour lutter contre la pandémie. « La force de Mr Duhaime, c’est quand même d’avoir fait passer son parti de 1 ou 2% en 2018 à environ 15% de taux d’appuis dans les sondages, c’est d’avoir été invité aux débats des chefs et d’avoir mis le PCQ sur la carte électorale du Québec, observe Sébastien Bovet. On va voir maintenant comment ça va se matérialiser dans les votes. La fin des consignes sanitaires a enlevé des munitions à Éric Duhaime, il devait démontrer que son parti, c’est plus que des frustrés sanitaires, mais il n’a peut-être pas réussi à élargir sa base électorale ». Qui plus est, ce parti, qui est ancré dans la région de Québec, peine à percer ailleurs dans la province.
 

Eric Duhaime (Parti Conservateur du Québec)
Eric Duhaime (Parti Conservateur du Québec)
© Radio-Canada

Le Parti Québécois a repris du poil de la bête

► Alors qu’il était crédité de 9% d’intentions de vote dans les sondages au début de la campagne, le Parti Québécois a gagné six points en cours de route, grâce à la bonne performance de son chef, Paul Saint-Pierre Plamondon.
Les analystes s’entendent pour dire que c’est lui qui a mené la meilleure campagne : il a défendu le programme de son parti avec clarté et simplicité, il a été le plus performant dans les deux débats télévisés, et pour beaucoup de Québécois, qui ne le connaissaient pas ou peu, il a été une belle découverte. « Pour le Parti Québécois, il faudrait que la campagne se prolonge de plusieurs semaines, souligne Sébastien Bovet ! L’exploit de Paul Saint-Pierre Plamondon, c’est d’être sorti de l’indifférence, il a commencé cette campagne dans l’indifférence, il est apparu sur le radar et maintenant il a à peu près le même nombre d’appuis que d’autres partis politiques, donc il a mené une bonne campagne. Mais même si le taux d’appuis augmente, cela ne va pas se traduire en sièges à l’Assemblée nationale, au moment où on se parle, le PQ peut espérer avoir un maximum de 3 ou 4 députés si le succès d’estime se concrétise en vote ». En 2018, le Parti Québécois avait fait élire 10 députés. « Si Paul Saint-Pierre Plamondon réussit à sauver des meubles, et non pas les meubles, il devrait rester chef du PQ » croit l’analyste de Radio-Canada.Le 

+ En images : fin de campagne

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