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États-Unis : 50 ans après, le droit à l'avortement a disparu au niveau fédéral

Des femmes manifestent à Washington pour le droit à l'avortement aux États-Unis, après la décision de la Cour suprême de renverser l'arrêt Roe v. Wade qui garantissait le droit à l'avortement.
Des femmes manifestent à Washington pour le droit à l'avortement aux États-Unis, après la décision de la Cour suprême de renverser l'arrêt Roe v. Wade qui garantissait le droit à l'avortement.
Gemunu Amarasinghe/AP

Le 24 juin, la Cour suprême des États-Unis a annoncé révoquer l'arrêt "Roe v Wade", qui garantissait le droit à l'avortement pour les Américaines. Chaque État peut désormais décider d'interdire l'avortement sur son sol. Le procureur général du Missouri a annoncé vendredi que cet Etat conservateur du centre des Etats-Unis devenait le "premier" à interdire l'avortement. Joe Biden, le président américain,  estime que "la santé et la vie des femmes de ce pays sont maintenant en danger."

Dans une volte-face historique, la très conservatrice Cour suprême des Etats-Unis a enterré vendredi l'arrêt Roe v Wade qui, depuis près d'un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n'avait jamais été accepté par la droite religieuse. Désormais les États fédérés ont toute la liberté d'interdire ou non l'avortement.

(Re) voir: aux Etats-Unis : la Cour Suprême annule le droit à l'avortement

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Joe Biden, le président des États-Unis appelle les citoyens américains à défendre le droit à l'avortement et les "libertés personnelles" dans les urnes. Les élections de mi-mandat, qui s'annoncent difficile pour le camp démocrate, auront lieu le 8 novembre 2022. Prenant la parole dans le hall d'entrée de la Maison Blanche, sous le regard d'un petit groupe de collaboratrices aux traits tirés, rassemblées pour l'occasion, le président n'a pas mâché ses mots. La Cour de neuf juges, à laquelle Donald Trump a donné pour longtemps une large majorité conservatrice et acquise aux idées de la droite religieuse, a fait une "erreur tragique" résultant d'une "idéologie extrémiste", a lâché Joe Biden.
 

Le président des États-Unis s'est exprimé après la décision de la Cour suprême de révoquer l'arrêt Roe v Wade.
Le président des États-Unis s'est exprimé après la décision de la Cour suprême de révoquer l'arrêt Roe v Wade.
Andrew Harnik/AP

Pour Donald Trump, "c'est la volonté de Dieu"

L'annulation du droit à l'avortement décidée par la Cour suprême des Etats-Unis répond à la "volonté de Dieu", estime de son côté l'ancien président américain Donald Trump. Interrogé par la chaîne Fox News sur son propre rôle, pour avoir nommé trois juges et fait ainsi franchement fait basculer la majorité de la haute juridiction dans le camp conservateur, le milliardaire républicain a répondu: "C'est la volonté de Dieu". La décision "suit la Constitution", et "ramène tout au niveau des Etats, ce qui aurait toujours dû être le cas", a-t-il ajouté.

L'ancien président des États-Unis, Barack Obama a critiqué vivement la décision de la Cour suprême. "Aujourd'hui, la Cour suprême a non seulement renversé près de 50 ans de précédent historique, elle laisse également au bon vouloir des politiciens et idéologues la décision la plus personnelle qui soit", écrit-il sur son compte Twitter.

Cette décision a suscité l'indignation dans le monde entier. Sur l'avortement, les Etats-Unis se placent ainsi en rupture avec les autres pays développés. "C'est un grand pas en arrière", pour le Premier ministre britannique. Boris Johnson, malgré sa proximité passée avec Donald Trump. Il a condamné sans équivoque une décision qui "aura des répercussions massives dans le monde". Le président français Emmanuel Macron a lui tweeté, en français et en anglais, pour assurer les Américaines de sa "solidarité", tandis que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé une décision "horrible". "Aucun gouvernement, politicien ou homme ne devrait dire à une femme ce qu'elle peut et ne peut pas faire avec son corps", écrit-il sur son compte Twitter.

La décision de la Cour suprême ne devrait trouver grâce qu'aux yeux de dirigeants tels que le président brésilien d'extrême-droite Jair Bolsonaro, qui jeudi encore a dénoncé l'interruption volontaire de grossesse d'une enfant de 11 ans, enceinte suite à un viol.

Des manifestations à Washington après l'annonce de la Cour suprême


Dès l'annonce de la décision, des manifestants ont afflué par centaines vers le temple du droit à Washington, avec des larmes de joie ou de tristesse.

"Mon corps, mon choix": des milliers de personnes ont manifesté vendredi soir à New York et à Boston, criant leur colère après l'enterrement du droit à l'avortement décidé par la Cour suprême des Etats-Unis. Arborant des foulards verts et brandissant des pancartes lors d'une marche entre deux places connues de Manhattan, une majorité de jeunes femmes ont exigé que leurs droits à pouvoir disposer de leurs corps soient rétablis et respectés.

"C'est insensé ! On a reculé de 100 ans (...) C'est insensé qu'on doive continuer à se battre pour cela", s'est insurgée Brandy Michaud, une manifestante new-yorkaise. Interrogée aussi par l'AFP, Wendy Erhardt a dit trouver la volte-face historique de la Cour suprême "scandaleuse": "J'ai 50 ans, je suis tellement reconnaissante aux femmes plus âgées et je n'avais jamais imaginé devoir m'inquiéter de perdre un droit" fondamental.

De premiers Etats américains bannissent l'avortement après la décision de la Cour suprême

Dans la foulée de la décision, plusieurs Etats américains annoncent déjà prendre des mesures pour interdire les interruptions volontaires de grossesse sur leur territoire. Le procureur général du Missouri a annoncé vendredi que cet Etat conservateur du centre des Etats-Unis devenait le "premier" à interdire l'avortement. La gouverneure républicaine du Dakota du Sud, Kristi Noem, a elle annoncé que l'avortement était désormais illégal dans cet Etat du nord des Etats-Unis, en vertu d'une loi dite "zombie" ou "gâchette" qui avait été rédigée à l'avance, pour entrer en vigueur automatiquement en cas de changement de jurisprudence à la Cour suprême.

Peu après, le gouverneur républicain de l'Indiana a annoncé convoquer la législature de cet autre Etat du nord des Etats-Unis pour prononcer au plus vite l'interdiction de l'avortement.

Les Etats de Californie, de l'Oregon et de Washington s'engagent ensemble à défendre le droit à l'avortement

Les trois Etats progressistes de la côte Ouest des Etats-Unis annoncent qu'ils s'engagent ensemble à défendre le droit à l'avortement, enterré un peu plus tôt par un arrêt de la Cour suprême. 

"Les gouverneurs de Californie, de l'Oregon et de Washington ont publié aujourd'hui un engagement pour défendre l'accès aux soins de santé reproductive, y compris l'avortement et les contraceptifs, et se sont engagés à protéger patientes et médecins contre les tentatives d'autres Etats d'exporter leur interdiction de l'avortement vers nos Etats", selon un communiqué. A New York ou en Californie, dirigeants, médecins ou citoyennes promettent de se "battre" pour que leurs Etats démocrates soient des "sanctuaires" garantissant à des centaines de milliers de femmes chaque année le droit à un avortement légal et sûr. Dans l'Etat de New York, quatrième du pays (20 millions d'habitants).

Des associations communautaires et religieuses militent également pour le droit à l'avortement. A l'image du Conseil national des femmes juives (National Council of Jewish Women, NCJW), basé dans la capitale fédérale Washington, qui a créé un "fonds juif d'accès à l'avortement en partenariat avec la fédération nationale pour l'avortement", explique à l'AFP sa présidente Sheila Katz. Elle compte, elle aussi, sur les Etats démocrates du nord-est pour être des "sanctuaires" pour les femmes: car "l'urgence est d'aider les gens à se mettre en contact pour un accès à l'avortement". Mme Katz promet de "continuer à (se) battre pour que chacune puisse prendre sa propre décision, en conscience, sur son corps, sa vie, son avenir. Qui qu'elle soit et où qu'elle vive".

Gemunu Amarasinghe/AP