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En Europe, les extrêmes droites aux portes du pouvoir

TV5MONDE avec : Domenico Stinellis, Darko Vojinovic et Andrew Kravchenko de AP Photo.

Mi-septembre, les résultats des élections législatives suédoises ont entériné le succès électoral de l’extrême droite dans le pays. Deux semaines avant les élections législatives en Italie, cette nouvelle donne dans le nord de l’Europe donne des ailes aux droites italiennes favorites dans les sondages. Comment les coalitions d'extrêmes droites accèdent-elles au pouvoir ? Quels sont les pays d’Europe déjà gouvernés par ces coalitions ?

La bascule est historique. Jamais jusqu'ici un gouvernement suédois ne s'était appuyé au parlement sur les Démocrates de Suède. Le parti d’extrême droite sort grand vainqueur des élections du dimanche 11 septembre. Il s’impose ainsi comme le premier parti de la coalition au pouvoir et le second parti du pays. 

En Suède, l’extrême droite acteur majeur de la nouvelle coalition gouvernementale

"Maintenant nous allons remettre de l'ordre en Suède !", a déclaré ce mercredi 14 septembre Ulf Kristersson, leader des conservateurs suédois. Cet homme de 58 ans, issu du parti des "Modéré de rassemblement", s’apprête à succéder à Magdalena Andersson au poste de Premier Ministre. 

À voir : Suède : Ulf Kristersson futur premier ministre
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Cette coalition regroupe les trois mouvements de la droite dite traditionnelle (Les Modérés, les chrétiens-démocrates et les Libéraux). Elle inclut également le parti d’extrême droite suédois baptisé les "Démocrates de Suède (SD)". Ce dernier s’est imposé à l'issue des élections comme le deuxième parti du pays nordique et la première formation à droite avec 20.5% des suffrages.
 
Longtemps les partis de droites traditionnelles ont exclut la participation du SD au gouvernementPascal Delwit, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles.
Pourtant son leader, Jimmie Akesson, n'occupera pas le poste de premier Ministre traditionnellement réservé au principal parti de la majorité. "Il n’y a pas de caractère automatique à la nomination du premier ministre", explique Pascal Delwit professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles.

"Longtemps les partis de droites traditionnelles ont exclu la participation du SD au gouvernement. Pour ces nouvelles élections, ils ne l’excluent plus mais conditionnent cette acceptation. Avant même les élections législatives, il était convenu qu’en cas de victoire du bloc de droite, et quand bien même le SD serait majoritaire, le leader des modérés serait nommé premier ministre. Ces partis avaient conscience de la difficulté de faire parvenir la coalition de droite au pouvoir avec l’annonce d’une nomination d’un premier ministre issu du parti Social-démocrate." 

Le poste de premier Ministre échappe donc aux Démocrates de Suède et leur participation au gouvernement fait encore débat. 
 
Le parti des Sociaux Démocrates sera dans la majorité sans se sentir redevable de ce que fait la majorité.Pascal Delwit, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles
Pour le SD, ne pas rentrer au gouvernement mais le soutenir de l’extérieure "permet de jouer sur les deux tableaux", selon Pascal Delwit. "Le parti sera ainsi dans la majorité sans se sentir redevable de ce que fait la majorité", explique le spécialiste.

"Le processus prendra le temps qu'il faudra", a indiqué le leader du SD Jimmie Åkesson évoquant l’accès de son parti au gouvernement. En attendant il promet d’être une "force constructive et d'initiative".

Cela permet à l’extrême droite de faire valoir ses positions sur les thématiques qui ont dominés la campagne électorale à savoir: les règlements de compte meurtriers entre gangs d'origine immigrée, les débat autour de "l’intégration", la flambée des prix et les factures énergétiques. Dans le même temps, le parti peut être plus critique vis-à-vis des mesures moins populaires prise par le gouvernement. 
 
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Héritier d'un groupe néonazi à sa création en 1988, le parti d'extrême droite s'est peu à peu banalisé dans le paysage politique suédois. Il est entré au parlement en 2010 avec 5,7% avant de grimper à chaque élection. 

Italie : l’extrême droite au porte du pouvoir ?

Dans 9 jours une autre élection majeure au sein de l’Union européenne pourrait être gagnée par une coalition réunissant droite et extrême droite. En Italie, la démission du Président du Conseil italien Mario Draghi le 21 juillet dernier entraine des élections législatives anticipées prévues le 25 septembre prochain. 

À voir : Mario Draghi démissionne : l'Europe sous le choc
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Une coalition réunissant trois partis situés entre la droite et l’extrême droite italienne est donnée favorite dans les sondages. Elle regroupe le Parti postfasciste "Fratelli d’Italia" présidé par Giorgia Meloni, le parti de droite libéral "Forza Italia" de Silvio Berlusconi et l'extrême droite représentée par "La Ligue" du tribun populiste anti migrants Matteo Salvini.
 
Même dans la belle et démocratique Suède, les gauches sont défaites et renvoyées à la maison.
Matteo Salvini, leader du parti italien "La Ligue"
"Même dans la belle et démocratique Suède, les gauches sont défaites et renvoyées à la maison ! " s’est réjoui Matteo Salvini avant d’ajouter "Le dimanche 25 (septembre) c’est notre tour, nous allons gagner !"
  En quelques semaines, deux pays majeurs de l’Union européenne, l’Italie et la Suède, pourraient ainsi être gouvernés par une coalition regroupant la droite et l’extrême droite. Ils ne seraient pas les premiers en Europe, la Hongrie et la Pologne ont déjà franchi ce pas depuis plusieurs années. 

La Hongrie : un régime "hybride d'autocratie électorale", selon le Parlement européen

Viktor Orban, actuel premier ministre hongrois, est le plus ancien dirigeant en exercice de l’Union européenne. Autocrate pour les uns, défenseur de la Nation pour les autres, cet homme de 59 ans revendique l'exercice d'une "démocratie illibérale". Il assume un certain autoritarisme et relativise le primat des droits humains.

Viktor Orban est apparu dans la sphère politique hongroise en juin 1989 à Budapest. Il s’illustre alors par un discours enflammé contre le régime communiste et l’Union soviétique. D’origine modeste, il s’engage en politique et fonde en 1988 "l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz)". 

Il remporte une première fois les élections législatives de 1998. Il est ensuite relégué dans l’opposition durant 8 ans. Mais depuis 2010, il a été réélu 4 fois d’affilés. La dernière victoire du Fidesz remonte au mois d’avril 2022. Le parti s’impose largement avec 54.13 % des voix contre seulement 34,44 % pour son principal opposant "la Coalition Politique hongroise". 
 
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Pourtant, les conditions de l’élections font débat. Les instances de l’Union européenne dénoncent  à de nombreuses reprises de multiples atteintes à l'Etat de droit en Hongrie.
 
Les choses ont dramatiquement évolué en Hongrie ces dernières annéesGwendoline Delbos-Corfield, eurodéputée écologiste française.
"Restrictions des droits parlementaires", "espionnage des journalistes", "loi infamante" contre les personnes LGBT+ ou encore "mainmise gouvernementale sur les universités". Ces dénonciations sont énumérées dans un rapport adopté par le Parlement européen ce jeudi 15 septembre. 

Ce rapport survient quelques jours après la publication d’une loi hongroise qui durcit les conditions d’avortement dans le pays. Les femmes enceintes souhaitant avorter devront désormais être préalablement confrontées "d'une manière clairement identifiable" par leur obstétricien aux "fonctions vitales" du fœtus. Elles devront ainsi "écouter" le cœur du fœtus avant l’opération.
  "Les choses ont dramatiquement évolué" en Hongrie ces dernières années, déclare l'eurodéputée écologiste française Gwendoline Delbos-Corfield, rapporteure du rapport. Le parlement européen qualifie ainsi le régime hongrois de "régime hybride d'autocratie électorale". Cette évolution s’explique en partie par la transformation progressive du Fidesz de Viktor Orban.
 
De parti conservateur nationaliste, le Fidesz est devenu un parti de la droite radicale.Pascal Delwit, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles
"À l'origine le Fidesz est un parti conservateur, nationaliste très anticommuniste et très anti-gauche mais il n’est pas de droite radicale", explique Pascal Delwit. "Ce n’est que progressivement que le parti connaît un processus d’auto-exacerbation, d’auto-radicalisation. Cette transformation s’explique en partie par la création d’un parti "à la droite du Fidesz" baptisé le Jobbik. Le Fidesz ne voulant pas "se faire dépasser par sa droite" à adopter une rhétorique plus radicale. Les 20 dernières années ont-été marquée par un processus de radicalisation du Fidesz, de parti conservateur nationaliste, il est devenu très clairement un parti de la droite radicale", estime le proefesseur de science politique. 

Les positions conservatrices prônées par le Fidesz se retrouvent en partie chez un autre Parti au pouvoir en Europe, le Parti polonais "Droit et Justice" dont est issu le président en exercice Andrzej Duda.
 

La Pologne d’Andrzej Duda, une sphère politique pluraliste dominée par les conservateurs

"La Polgone est un cas plus complexe" que la Hongrie, selon Pascal Delwit. Andrzej Duda membre du parti conservateur "Droit et Justice" (PiS) est élu président en mai 2015 puis réélu une seconde fois en juillet 2020.
 
Il y a toujours un débat dans la communauté scientifique pour savoir s’il convient de considérer le PiS comme un parti d'extrème droite. Pascal Delwit, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles.
"Il y a toujours un débat dans la communauté scientifique pour savoir s’il convient de considérer le Parti Droit et Justice (le PIS) comme un parti d’extrême droite. C’est un parti très conservateur sur les questions de société, très catholique, avec une vision hostile à l’IVG et au mariage des couples de même sexes", rappelle Pascal Delwit.
  Pourtant, on ne retrouve pas en Pologne toutes les dynamiques présentes en Hongrie. À l’échelle nationale,"dans une certaine mesure le débat est un peu binaire en Pologne". Il existe d’un côté "la Coalition Civique", un mouvement politique plutôt "pro-occidentale" et libérale sur les sujets de société et de l’autre le "PiS" figure de proue des partis plus conservateurs.
 
Le pluralisme est plus vivant en Pologne et la domination de "Droit et Justice" n’est pas aussi forte que celle du "Fides" en HongriePascal Delwit, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles.
En Pologne, bien plus qu’en Hongrie, les débats portent sur les enjeux de "modernité", "sur les clivages économiques entre villes et campagnes" et sur les "questions de société". "Ces débats sont plus récurrents et plus profonds qu’en Hongrie", mais dans l’ensemble, "le pluralisme est plus vivant en Pologne et la domination de Droit et Justice n’est pas aussi forte que celle du Fides en Hongrie" selon Pascal Delwit.

De plus, la Pologne et la Hongrie ont des positions antinomiques, notamment concernant la guerre en Ukraine. Viktor Orban s’est toujours opposés aux sanctions européennes à l’encontre de la Russie tandis que la Pologne d'Andrzej Duda multiplie les gestes de soutiens à l’égard de l’Ukraine.
 
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L’ascension de l’extrême droite dans le reste de l’Europe

En Espagne, au niveau régional des gouvernements de coalitions se forment entre les partis de droite et d’extrême droite. Dans la région de Castille-et-León au Nord de l’Espagne, le Parti ultra-nationaliste et anti-immigration VOX a remporté 13 sièges sur 81 aux élections locales d’avril 2022. Le parti qui ne possédait jusqu’alors qu’un seul siège au sein des instances gouvernementales locales, s’est allié avec le Parti Populaire (droite) pour exercer le pouvoir.
  "Ce gouvernement de coalition [est] une alternative possible pour toute l'Espagne", a déclaré aux journalistes le leader de Vox, Santiago Abascal, en avril 2022. Le parti ne cache pas son ambition de répéter l’opération au niveau national. 

En France, la chef de file du parti d’extrême droite, le "Rassemblement National" (RN), arrive pour la seconde fois de sa carrière au second tour des élections présidentielles en mai 2022. Son parti réussit par la suite une percée historique lors des élections législatives de juin. Il obtient alors 89 sièges à l’Assemblée nationale soit 81 sièges de plus que lors des législatives de 2017.
 
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Durant les élections présidentielles françaises, Marine Lepen s’était rendue à Budapest pour obtenir le soutien de Viktor Orban. Ce dernier a longtemps refusé de rencontrer la dirigeante du "Rassemblement Nationale", selon la politologue Eszter Petronella Soos relayée par le Figaro. Ce refus s’expliquait d’une part par la volonté du Premier ministre d’échanger uniquement avec des responsables au pouvoir mais également par la nécessité d’entretenir de bonnes relations avec le "PPE", le groupe parlementaire conservateur au parlement européen.

Mais en mars 2021, le dirigeant hongrois quitte définitivement le groupe des euros conservateur en raison des critiques de ces derniers concernant les conditions de l’État de droit en Hongrie. Viktor Orban ainsi isolé cherche à bâtir de nouvelles alliances des "droites radicales" au sein de l’Union, résume Paul Germain correspondant de TV5MONDE. 
 
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