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En France, après la Convention citoyenne sur le climat, que restera-t-il de "l'expérimentation démocratique" ?

Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans les jardins de l'Elysée où ils s'apprêtent à recevoir les 150 délégués de la Convention citoyenne sur le climat, ce lundi 29 juin.
Emmanuel Macron et Edouard Philippe dans les jardins de l'Elysée où ils s'apprêtent à recevoir les 150 délégués de la Convention citoyenne sur le climat, ce lundi 29 juin.
©AP Photo / Christian Hartmann

Au lendemain d'une vague verte aux élections municipales, Emmanuel Macron a reçu, lundi 29 juin, les membres de la Convention citoyenne sur le climat pour donner sa première réponse à leurs propositions, parfois décriées, quelques jours avant de lancer une "nouvelle étape" de son quinquennat, qu'il a promise écologique.

"Make our planet great again". On se souvient de ce slogan lancé par Emmanuel Macron en juin 2017 suite à la décision des Etats-Unis de sortir de l'Accord de Paris sur le climat. Le président français appelait alors les chercheurs et les entrepreneurs à rejoindre la France pour mener la lutte contre le réchauffement climatique et faisait un joli pied de nez au président le plus écolosceptique qu'aient connu les Etats-Unis.
 

Entre temps, la vague des Gilets jaunes est passée par là, la forêt amazonienne et le bush australien se sont embrasés et les écologistes ont commencé à remporter des élections importantes en Europe. Comme hier, en France, les élections municipales ont vu la victoire des Verts dans de grandes métropoles comme Lyon ou Bordeaux.


146 propositions sur 149 retenues

Ce lundi, les 150 "citoyens" de la Convention pour le climat se sont rendus à l'Elysée. Six d'entre eux ont présenté les conclusions de leur travaux au chef de l'Etat, qui les avait rencontrés en janvier quelques mois après le lancement de la Convention dans la foulée de la crise des "Gilets jaunes", née de la contestation d'un projet de taxe carbone sur le carburant.

 
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Emmanuel Macron a annoncé que "15 milliards d'euros supplémentaires sur deux ans seront injectés pour la conversion écologique de notre économie". "Nous allons mettre en place un fonds de transformation écologique de notre économie dans le plan de relance", a-t-il précisé.

Il a également accepté le moratoire sur les nouvelles zones commerciales : "Vous préconisez d'instaurer un moratoire sur les nouvelles zones commerciales en périphérie des villes. Allons-y", a-t-il dit.


Les mesures refusées :

- la taxe de 4% sur les dividendes :
Emmanuel Macron a écarté l'instauration d'une taxe de 4% sur les dividendes afin de ne pas "décourager l'investissement".

- le moratoire sur le CETA :
Concernant le moratoire sur l'accord commercial UE-Canada (CETA), Emmanuel Macron a déclaré : "je vous réponds,continuons à évaluer".

- le préambule de la constitution :
"Telle que proposée, la rédaction pour le préambule menace de placer la protection de l'environnement au-dessus des libertés publiques, au-dessus même de nos règles démocratiques", estime M. Macron. Il est essentiel de ne pas mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains".

Calendrier et consultations

"Je veux que toutes les propositions qui sont prêtes soient mises en oeuvre au plus vite", a affirmé M. Macron, en indiquant que certaines seront "abordées lors d'un prochain Conseil de défense écologique (...) d'ici fin juillet".
Des mesures figureront dans le plan de relance "économique, écologique et social", qui sera "soumis au parlement dès la fin de l'été".

"Par ailleurs, un projet de loi spécifique sera présenté à la fin de l'été. Il intègrera vos mesures finalisées dans les prochaines semaines et d'autres, qui méritent d'être encore affinées ou complétées", a ajouté M. Macron. Des groupes de travail vont être mis en place dès mardi à cet effet et le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand recevra les membres de la Convention "dès le mois prochain".

Lors de son allocution télévisée du 14 juin, le locataire de l'Elysée avait affiché sa volonté de se "réinventer" et appelé de ses voeux le développement d'une "économie forte, écologique, souveraine et solidaire" pour sortir de la récession dans laquelle la crise née de l'épidémie de coronavirus a plongé le pays. En attendant de dévoiler dans les prochains jours sa stratégie pour les deux dernières années de son quinquennat, Emmanuel Macron a salué le travail "remarquable" de la Convention, une "expérimentation démocratique", selon lui.

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Les propositions de la CCC ont parfois été taxées, notamment à droite, d'écologie punitive. Les ONG environnementales, elles, tout en les jugeant parfois timorées ou pas très originales, s'appuient sur elles pour maintenir la pression sur le président français.
 

La Convention l'a appelé à soumettre à référendum l'introduction de la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution et la création d'un crime "d'écocide". Mais des ténors de la majorité plaident plutôt pour une consultation sur des propositions plus concrètes de la Convention, comme la limitation à 110 km/h de la vitesse maximale sur autoroute.

Nouvelle page

Deux ans après la polémique sur les 80 km/h, cette mesure très controversée monopolise l'attention et fait passer au second plan nombre des autres propositions, "pensées et conçues pour former un tout cohérent," selon Amandine Roggeman, une "citoyenne", entendue jeudi par des commissions de l'Assemblée nationale. "En isoler certaines ferait courir le risque de perdre cette cohérence", a-t-elle averti.

Dans leur rapport, les membres de la Convention reconnaissent que certaines de leurs propositions "peuvent sembler extrêmes", tout en soulignant qu'elles risquent d'être "encore insuffisantes pour atteindre l'objectif de réduction d'au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030" que leur avait fixé l'exécutif.

Limitation drastique de la publicité, rénovation thermique globale et obligatoire des bâtiments, réduction de la place de la voiture individuelle, taxation de l'alimentation ultra-transformée, interdiction des semences OGM ou des terrasses chauffées : les citoyens ont traité nombre de sujets clivants, à l'exception notable de la taxe carbone.

Alors que le monde politique spécule sur un remaniement gouvernemental, l'intervention présidentielle donnera le coup d'envoi à un nouveau "temps d'initiative politique", selon l'entourage du président. Les 150 citoyens, qui se sont constitués en association pour défendre leurs mesures, seront aux premières loges pour scruter cette "nouvelle page qui s'ouvre".