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En France, un seul magasin Tati devrait subsister

L'un des magasins Tati à Paris en 2003. 
L'un des magasins Tati à Paris en 2003. 
©AP Photo/Franck Prevel

Le site historique du boulevard Barbès à Paris sera bientôt le seul Tati en France, son propriétaire depuis deux ans ayant décidé de fondre l'enseigne dans sa quasi-totalité au sein de Gifi, avec au passage la fermeture de 13 autres magasins Tati en difficulté. Un emblème qui vient de loin et peine à survivre aux mutations du monde nouveau.

En 2020, « il ne restera qu'un seul Tati en France, celui de Barbès » à Paris, a annoncé mardi à l'AFP Philippe Ginestet, le président du groupe GPG, en précisant que la centaine d'autres magasins de l'enseigne au vichy rose passeront sous pavillon Gifi.

Cette « réorientation stratégique » répond à « une logique économique et sociale de préservation des emplois », les tests effectués par le groupe démontrant que les Tati déjà passés en Gifi dégagent de meilleurs chiffres d'affaires, a expliqué M. Ginestet, propriétaire des deux marques.

Annoncée mardi en CCE, elle s'accompagnera d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) visant à la fermeture des 13 magasins Tati « qui affichent des pertes durables » et la suppression des postes de 189 collaborateurs pour qui « des mesures de reclassement » seront mises en place.

Chez Tati

Fondée en 1948 par Jules Ouaki, commerçant juif de Tunis installé en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Tati doit son nom à l'anagramme de sa mère, Tita.

 
Le logo
Le logo
Implantée à Paris boulevard de Rochechouart, dans un quartier populaire proche de la Goutte d'Or très habité et fréquenté par l'immigration, son enseigne est pionnière d'un domaine dans lequel elle devient emblématique avec son logo « Vichy » : bazar en libre service d'articles textiles à bas prix.

Célèbre auprès de clientèles variées - entre autres maghrébines et africaines -, Tati se développe en plusieurs succursales à Paris et en province. Et après le décès du fondateur en 1982, sous la conduite de son fils Fabien, en de multiples activités (optique, téléphone, voyages…) et implantations étrangères, en Europe, Afrique du Sud ou jusque sur la prestigieuse Vème avenue de New York.
 
Elle connaît cependant des difficultés à partir des années 1995, du fait notamment de la concurrence d'autres enseignes de produits bon marché. En 2007, l'entreprise familiale est reprise par Eram, fabriquant de chaussure qui s'étend dans le textile. Celui-ci poursuit avec quelques modifications la politique de diversification de l'offre et d'internationalisation de Tati, qui se lance en 2010 dans la vente en ligne.

 
Annonce des années 90
Annonce des années 90
La célèbre marque compte en 2013 130 points de vente en France et y emploie plus de 1700 salariés.  Les affaires, cependant sont moins florissantes qu'il n'y paraît et le groupe connaît des difficultés. En février 2017, Eram met en vente sa filiale déficitaire Agora, qui regroupe Tati, Giga Store, Degrif'Mania et Fabio Lucci13.

Le 28 avril 2017, la direction de l'entreprise annonce la cessation de paiement de Tati. Le 4 mai, elle est placée en redressement judiciaire. Le groupe GPG de Philippe Ginestet, fondateur des magasins Gifi, est alors choisi pour reprendre les 109 magasins et 1.428 salariés, avec la promesse de maintenir l'enseigne Tati.

28 millions d'euros de pertes en 2018

« Pendant deux ans, nous avons tout fait pour sauver l'enseigne et les emplois, j'y tenais depuis le début », a affirmé M. Ginestet, mais les pertes de l'entité Tati ont été trop importantes en 2018, « de l'ordre de 28 millions d'euros », et « malheureusement » cette année elles le seront encore plus.

« On avait annoncé qu'on investirait 80 millions d'euros, on en a finalement investi 150 pour redresser cette équipe, notamment sur le textile avec l'embauche de 100 personnes », redynamiser l'enseigne, remettre les magasins en état, innover au niveau des concepts, ou encore faire de la publicité, avec un nouveau slogan: « chez Tati, t'as tout », a rappelé M. Ginestet. « On a totalement réinventé Tati de l'intérieur en deux ans » mais en vain, a-t-il plaidé.

Dans le même temps, Gifi, fondée en 1981 et spécialisée dans l'équipement de la maison à bas prix, a enregistré, lors de son exercice 2017-2018 clos au 30 septembre dernier, « un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros, en croissance de 4,9% ».

D'où la nécessité de « nous adapter pour repenser l'organisation globale du réseau dans une approche responsable vis-à-vis de nos équipes pour maintenir nos performances et nos emplois », a souligné M. Ginestet.

Lieu emblématique

En 2019, « nous avons déjà passé 25 magasins Tati à l'enseigne Gifi et nous avons vu la différence en terme de chiffre d'affaires », a également affirmé le dirigeant. Pour donner un exemple, un Tati dégage environ 1.000 euros de chiffre d'affaires au mètre carré quand Gifi en fait 1.700, a-t-il précisé. Au total, 49 magasins seront concernés par cette évolution en 2019 et 2020.  

Pour le dirigeant, « l'enseigne Tati a beaucoup souffert ces quinze dernières années », à tel point qu'on se demandait si elle existait encore. Or, aujourd'hui, « quand on évoque Tati, on parle toujours du magasin de Barbès, donc celui-là il faut le garder », pour les « fans de la marque », a estimé Philippe Ginestet.

Dans un communiqué, le groupe a par ailleurs fait savoir qu'un « collectif de managers » s'était constitué pour bâtir un "projet de redéploiement de 30 magasins choisis au sein du réseau Tati" -- qui seront cédés « pour un euro symbolique », a précisé M. Ginestet -- et faire évoluer l'offre, « avec une gamme renforcée par des produits de marque, en y intégrant davantage de déstockage », créant ainsi une nouvelle enseigne dont le nom sera communiqué ultérieurement.