Info

En Grèce, les migrants rigoureusement contrôlés depuis les attentats du 13-Novembre 2015

Des policiers distribuent de la nourriture à des migrants dans une zone de quarantaine anti-Covid du camp de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
Des policiers distribuent de la nourriture à des migrants dans une zone de quarantaine anti-Covid du camp de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
afp.com - Theophile Bloudanis
Le camp de migrants sur l'île grecque de Leros, le 7 septembre 2021
Le camp de migrants sur l'île grecque de Leros, le 7 septembre 2021
afp.com - Theophile Bloudanis
La directrice du camp de migrants de Leros, Filio Kiprizoglou, dans son bureau, le 7 septembre 2021 en Grèce
La directrice du camp de migrants de Leros, Filio Kiprizoglou, dans son bureau, le 7 septembre 2021 en Grèce
afp.com - Theophile Bloudanis
Des migrants dans une zone de quarantaine anti-Covid du camp de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
Des migrants dans une zone de quarantaine anti-Covid du camp de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
afp.com - Theophile Bloudanis
Une famille de migrants au camp de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
Une famille de migrants au camp de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
afp.com - Theophile Bloudanis
Vue du camp de migrants de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
Vue du camp de migrants de Leros, le 7 septembre 2021 en Grèce
afp.com - Theophile Bloudanis

Devant des policiers grecs armés, une dizaine de demandeurs d'asile fraîchement arrivés attendent d'être enregistrés sous une tente du camp de l'île grecque de Leros, où étaient passés deux des assaillants des attentats du 13-Novembre 2015.

"Vous pouvez déposer une demande d'asile, mais uniquement en Grèce", explique un agent d'accueil grec accompagné d'un traducteur. "Si vous ne le faites pas, vous serez renvoyé dans votre pays".

Après avoir été fouillés au corps, les migrants principalement somaliens – dont des femmes, un bébé et un homme âgé avec des prothèses de jambe – sont photographiés, rigoureusement interrogés, et donnent leurs empreintes digitales pour confirmer leur identité, et leur pays d'origine.

"La plupart n'ont pas de papiers", note la directrice du camp, Filio Kiprizoglou.

La Grèce a mis en place des mesures de sécurité plus strictes, après les attentats du 13-Novembre à Paris, revendiqués par l'EI, qui ont fait 130 morts et dont le procès historique se tient à Paris.

Le 3 octobre 2015, deux des kamikazes étaient passés par l'île de Leros, non loin des côtes turques, avec de faux passeports syriens, en se faisant passer pour des réfugiés.

- Des contrôles sûrs "à 100%" -

Six ans plus tard, la responsable du camp se dit sûre à "100%" que de potentiels extrémistes seraient interceptés avec succès.

Il faut seulement "cinq minutes", précise-t-elle à l'AFP, pour savoir s'il s'agit d'un suspect recherché à partir des bases de données grecques et européennes.

"Dans le cas d’arrivée par bateau, chaque personne doit être entendue individuellement. Elle peut ne pas être un réfugié mais vous ne pouvez le savoir que si vous l'interrogez", assure à l'AFP Mireille Girard, représentante en Grèce du Haut Commissariat aux réfugiés.

Les procédures de relocalisation vers d'autres pays de l'UE, mises en place en 2016 après la fermeture des frontières, sont également menées avec précaution.

A Athènes, Taher, une jeune Syrien d'Alep, se rappelle d'un entretien exténuant de six heures avec des agents des services secrets français envoyés en Grèce pour examiner les candidatures des demandeurs d'asile.

"Ils voulaient que j'admette des choses que je n'avais pas faites (...) Ils voulaient des informations sur les armes utilisées par l'armée syrienne, m'ont demandé si j'avais connu quelqu'un de radicalisé. À un moment donné, ils ont laissé entendre que j'avais déjà voyagé en France, ce qui était totalement faux", a-t-il confié à l'AFP.

Taher s'est finalement vu refuser l'entrée en France pour des "raisons de sécurité" et a dû demander l'asile en Grèce.

- L'UE "pointe du doigt" la Grèce -

De nombreux responsables grecs sont encore froissés par les accusations de négligence dans la surveillance des frontières de l'Europe en 2015, alors que la Grèce faisait face à la plus grande vague migratoire en sept décennies.

Sur plus d'un million d'exilés arrivés par mer en Europe cette année-là selon l'Organisation internationale pour les migrations, plus de 800.000 sont passés par la Grèce, qui traversait également une crise financière.

Non seulement l'État grec a été contraint par ses créanciers de réduire considérablement ses effectifs, mais les partenaires européens de la Grèce ont d'abord ignoré les appels à l'aide, souligne la générale de police Zaharoula Tsirigoti, qui dirigeait à l'époque l'administration chargée de l'immigration.

"L'Union européenne nous pointait du doigt, mais nous n'avions aucun soutien en termes de personnel et d'infrastructures", ajoute l'ex-responsable, ensuite décorée par l'État français pour sa contribution.

Filio Kiprizoglou, qui travaillait alors pour les services d'asile à Leros, se souvient aussi que l'UE ne proposait qu'une coopération "minimale" alors que l'île "sombrait".

Léros ne disposait que d'un seul terminal de base de données d'empreintes digitales Eurodac et il fallait deux jours pour identifier une personne, selon Mme Tsirigoti.

L'Allemagne a donné une dizaine de ces terminaux en octobre 2015 – après que les assaillants du 13-Novembre s'étaient faufilés à Léros – et d'autres autorités européennes ont suivi.

Les années suivantes, les patrouilles navales grecques ont été appuyées par l'envoi de navires et d'effectifs de l'agence européenne de garde-frontières, Frontex.

Et la Commission européenne s'est engagée récemment à financer à hauteur de 276 millions d'euros les nouveaux camps d'"accès contrôlé fermé" à Léros et les quatre autres îles égéennes recevant le plus de migrants.

D'après Mme Kiprizoglou, le nouveau camp de Léros sera terminé en octobre. Il disposera de portes magnétiques, de scanners à rayons X et de caméras.