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En pleine tourmente, le judo français élit un nouveau président

Le judoka Stéphane Nomis (en blanc) lors des Championnats d'Europe, le 8 mai 1997 à Ostende
Le judoka Stéphane Nomis (en blanc) lors des Championnats d'Europe, le 8 mai 1997 à Ostende
afp.com - GERARD CERLES
Le président de la Fédération française de judo Jean-Luc Rougé (c), à l'INSEP à Paris, le 5 décembre 2012
Le président de la Fédération française de judo Jean-Luc Rougé (c), à l'INSEP à Paris, le 5 décembre 2012
afp.com - FRANCK FIFE

Violemment secoué par une série de révélations de cas de violences sexuelles, le judo français a élu dimanche un nouveau président, l'ex-judoka Stéphane Nomis, préféré à Jean-Luc Rougé, en poste depuis 2005.

Le verdict (59,99% de suffrages) fait office de désaveu pour le président sortant, l'indéboulonnable Jean-Luc Rougé, ex-champion du monde qui officiait à la tête de la fédération depuis 2005 et quatre mandats.

Le choix entre ces deux seuls candidats est intervenu dans un climat délétère, alors que les révélations de cas de violences sexuelles dans ce sport pratiqué par 500.000 licenciés en France s'enchaînent depuis près de trois semaines, et qu'une des affaires au moins pourrait éclabousser les instances du judo tricolore.

Jeudi, une enquête préliminaire a en effet été ouverte par le parquet de Lille pour des faits d'agressions sexuelles à l'encontre de trois victimes visant un ex-membre du comité de direction fédéral âgé d'une soixantaine d'années, interrogeant sur une éventuelle protection de la part de la fédération.

Comme dans d'autres sports avant le judo, la parole se libère et les témoignages affluent notamment depuis le récit, dans Le Parisien début novembre, d'une ancienne élève racontant avoir été violée par son entraîneur quand elle était mineure.

Selon un dernier pointage, une trentaine de cas de violences sexuelles - sur près de 340 tous sports confondus - a été recensée dans le judo par la cellule mise en place en début d'année par le ministère des Sports.

- "Briser l'omerta" -

Les 250 délégués départementaux ont donc choisi du sang neuf pour diriger ce sport majeur en France, avec Stéphane Nomis, ancien judoka international âgé de 50 ans, désormais PDG d'une société informatique, qui appelait à "briser l'omerta".

Alors qu'une mission d'inspection sur les violences sexuelles a été déclenchée par la ministre des Sports Roxana Maracineanu, Stéphane Nomis s'était réjoui que "la parole se libère".

"Je remercie tous celles et ceux qui nous ont fait confiance, et nous allons nous mettre au travail, dès demain, pour remplir l'objectif principal qui a toujours été le nôtre: redynamiser le judo français et rendre au judo ce qu'il nous a donné", a-t-il indiqué dimanche, cité dans un communiqué de la fédération.

En plus du climat délétère, le judo prend en effet de plein fouet la fermeture des clubs depuis le reconfinement, et perd près de 2.000 adhérents par jour selon une source à la fédération.

Les difficultés économiques à venir pour les clubs, faire revenir sur les tatamis son demi-million de pratiquants, mobiliser les bénévoles dans les clubs: le nouveau président ne manque ainsi pas de dossiers brûlants en plus de celui des violences sexuelles, sûrement loin d'être clos.

"Je souhaite réussite totale à cette nouvelle équipe pour continuer à faire partager notre passion pour nos disciplines dans le respect de nos valeurs, a déclaré pour sa part Jean-Luc Rougé. Comme je m'y suis engagé ces derniers temps, je sais que Stéphane Nomis, traitera prioritairement la lutte contre toute forme de violence."