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Entretien TV5MONDE : Philippe Couillard, Premier ministre du Québec

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Propos recueillis par Patrick Simonin
© TV5MONDE

Le Premier ministre québécois, Philippe Couillard, est cette semaine en France dans le cadre de la 20ème Rencontre alternée des premiers ministres québécois et français. Avant de s'entretenir avec son homologue Edouard Philippe, il est passé ce jeudi sur le plateau de TV5MONDE avec Patrick Simonin.

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La relation entre la France et le Québec est certes forte et privilégiée, mais elle est aussi "stratégique". Le mot est du président français Emmanuel Macron que Philippe
Couillard a rencontré le lundi 5 mars à l'Elysée, mais le Premier ministre québécois s'y retrouve tout à fait. Il rappelle que le Québec est, pour la France, "la porte
d'entrée de l'Amérique, et encore plus maintenant avec la prochaine entrée en vigueur de l'accord de libre échange
". Car le CETA (ou AECG pour accord économique et commercial global) a bien été l'un des sujets de discussions de cette visite de Philippe Couillard en France. Sur ce point, le Premier ministre québécois considère avoir "senti le soutien d'Emmanuel Macron". Si le texte doit encore être ratifié par le Parlement français, Philippe Couillard note toutefois que 95% de ses clauses sont déjà appliquées et cite en exemple une grande enseigne d'articles de sport d'ores et déjà implantée au Québec à la faveur de la suppression de taxes sur ses exportations.
Le CETA avait été, en France, l'un de sujets dominants de la dernière campagne pour l'élection présidentielle, chaque candidat sommé de s'exprimer pour ou contre. Emmanuel Macron y était déjà favorable, mais -depuis- le texte a encore été "amélioré et rendu plus transparent" promet le Premier ministre québécois. 

► Relire : Que contient le CETA ?

Le protectionnisme peut donner du confort à court-terme pour ceux qui en font la promotion, mais cela finit toujours par être négatif car c'est le citoyen qui en souffre.

Philippe Couillard, Premier ministre québécois

Ce retour du CETA dans le débat intervient alors que le président américain Donald Trump annonce de nouvelles taxes sur les importations d'aluminium et d'acier. Commentaire de Philippe Couillard : "le protectionnisme peut donner du confort à court-terme pour ceux qui en font la promotion, mais cela finit toujours par être négatif car c'est le citoyen qui en souffre" au final. Le Premier ministre du Québec donne l'exemple du bois de construction dont l'augmentation des taxes a fait augmenter le prix des maisons aux Etats-Unis. Philippe Couillard espère donc que Donald Trump va "moduler son annonce pour qu'elle ne nuise pas à sa propre économie". "Ne nous replions pas sur protectionnisme et populisme", conclut-il.

Parler français, mais pas seulement !

Entre la France et le Québec, un sujet incontournable : la langue française.
Philippe Couillard admet que le voisinage des Etats-Unis maintient une forte pression linguistique. Quelle réponse ? Inutile d'être dans une posture "exclusivement défensive, estime-t-il. Il faut certes faire la promotion de la langue française, mais sans se fermer à la langue anglaise". La promotion du Français passe notamment par l'Afrique où se situe l'avenir de notre langue commune. Philippe Couillard y voit "un devoir et une immense opportunité". Concrètement, la France et le Québec envisagent d'unir leur force pour, en Afrique, favoriser la diffusion et l'enseignement du français pour améliorer la qualité de la langue enseignée mais aussi "le contenu numérique francophone qui doit être plus facilement accessible". "L'Afrique, on peut soit la laisser à elle-même face à l'explosion démographique et là on aura un enjeu de sécurité et de stabilité dans le monde, soit en faire un nouveau foyer de prospérité, et alors on aura gagné".
 

Un Premier ministre franco-québécois

Philippe Couillard est franco-québécois. Sa mère grenobloise lui a donné la nationalité française. Il a d'ailleurs passé son baccalauréat. Il précise qu'au titre de cette
double-citoyenneté, il aurait eu droit de voter à la dernière présidentielle française mais il ne l'a pas fait estimant "gênant de voter pour un gouvernement à l'étranger".