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Environnement : «Le climat est en train de changer sous nos yeux » dit l’Organisation météorologique mondiale

<p>Mohamed Mohamud, un surveillant du parc animalier Sabuli Wildlife, regarde une carcasse d'une giraffe au village de Matana, au Kenya, le 25 octobre 2021.</p>

Mohamed Mohamud, un surveillant du parc animalier Sabuli Wildlife, regarde une carcasse d'une giraffe au village de Matana, au Kenya, le 25 octobre 2021.

AP/Brian Inganga

L’organisation météorologique mondiale vient de présenter ce 18 mai son dernier rapport sur « l’État du climat mondial en 2021 ». Il confirme que les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées sur Terre.

« Nous n’avons plus de temps. » Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guteres ne souhaite pas minorer son propos face au constat une fois de plus alarmant sur l’état du climat. « Ce n’est qu’une question de temps avant qu’une autre année ne devienne la plus chaude jamais enregistrée », a renchérit Petteri Taalas, le Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale.

Le rapport, fruit de la contribution de dizaines d’experts des États Membres, montre notamment qu’en 2021, la température moyenne sur la planète était supérieure d’environ 1,11 °C (± 0,13 °C) à sa valeur préindustrielle.

Le changement climatique est par ailleurs observé de près par l’OMM en raison
des conditions météorologiques extrêmes enregistrées chaque année. La météo étant précisément la traduction au quotidien du dérèglement climatique. « Le climat est en train de changer sous nos yeux » a confirmé le Secrétaire général de l’Organisation Météorologique Mondiale, Petteri Taalas.

L’OMM a dans cette idée choisi quatre indicateurs clés du changement climatique :

La concentration des gaz à effet de serre

Les concentrations de gaz à effet de serre ont atteint un nouveau sommet mondial en 2020, lorsque la concentration de dioxyde de carbone (CO2) a atteint 413,2 parties par million (PPM) dans le monde, soit 149% du niveau préindustriel.

Les PPM, c'est quoi ? 

PPM, pour "partie par million" est l'unité de mesure utilisée pour calculer le taux de pollution dans l’air et plus globalement dans l’environnement. Le PPM permet de savoir combien de molécules de polluant on trouve sur un million de molécules d’air.

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Ils ont continué d'augmenter en 2021 et au début de 2022. Et les confinements liés à la pandémie de Covid-19 n'ont eu aucun impact sur les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, selon Taalas. Pour rappel, la Terre renvoie une partie des rayons solaires qu’elle reçoit, vers l’atmosphère. Contrairement à l'oxygène et l’azote, les gaz à effet de serre absorbe et les renvoient sur Terre, ce qui participe grandement à son réchauffement.

En 2021, la température annuelle moyenne mondiale a dépassé d’environ 1,11 °C (±0,13) la moyenne préindustrielle de la période 1850-1900, tout en restant inférieure à celle constatée au cours des années récentes. La raison ? Deux épisodes de la Niña, phénomène climatique qui se traduit par une diminution de la température à la surface des eaux de l'est de l'océan Pacifique, ont eu lieu en début et en fin d’année. 

Voir aussi : COP26 : les émissions de CO2 reviennent à leur niveau d'avant la pandémie

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Les sept dernières années, de 2015 à 2019, ont tout de même été les plus chaudes jamais enregistrées. « Nous nous dirigeons maintenant vers un réchauffement de 2,5 à 3 degrés au lieu de 1,5, a assuré Petteri Taalas. La chaleur piégée par les gaz à effet de serre d'origine humaine réchauffera la planète pendant de nombreuses générations à venir. »

L’élévation du niveau de la mer

Le niveau moyen de la mer à l’échelle du globe a atteint un nouveau record en 2021, après avoir augmenté en moyenne de 4,5 mm par an au cours de la période comprise entre 2013 et 2021. 

Ce taux est plus de deux fois supérieur à celui enregistré entre 1993 et 2002 ce qui s’explique principalement par l’accélération de la perte de masse subie par les calottes glaciaires. Ce phénomène a des conséquences majeures pour les centaines de millions d’habitants des zones côtières et accroît la vulnérabilité face aux cyclones tropicaux.

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Par exemple en Angola, dont la moitié de la population vit au bord de l'océan, l'élévation de la température de la mer affecte les stocks de poissons et les pêcheries. Les taux d'élévation du niveau de la mer le long des côtes tropicales et de l'Atlantique Sud ainsi que de l'océan Indien sont par ailleurs plus élevés que le taux moyen mondial.

Aux États-Unis, un dernier rapport annonce l’élévation du niveau de la mer le long des côtes des Etats-Unis en moyenne entre 25 et 30 centimètres durant les 30 prochaines années, soit autant que la hausse mesurée durant les 100 dernières années.

Le réchauffement des océans

Le réchauffement océanique bat des records. En 2021, l’océan a continué de se réchauffer jusqu’à une profondeur de 2 000 mètres et il est prévu que cette tendance se maintienne.  Il s’agit d’ "un changement irréversible sur des échelles de temps centenaires à millénaires", a déclaré l'OMM.

Tous les jeux de données indiquent que le réchauffement des océans a connu une augmentation particulièrement marquée au cours des deux dernières décennies. La chaleur pénètre à des niveaux toujours plus profonds.

Une grande partie de la surface océanique a connu au moins une vague de chaleur «forte» à un moment donné en 2021. L’océan est un acteur phare dans la régulation du climat car il absorbe environ 23% des émissions annuelles de CO2 d'origine humaine dans l'atmosphère.

L’acidification des océans 

La capacité d’absorption des émissions de CO2 toujours plus conséquentes entraîne une acidification des océans qui menace les organismes et les services écosystémiques, et compromet donc la sécurité alimentaire, le tourisme et la protection du littoral. Les coraux les moins profonds « ne devraient pas survivre jusqu'à la fin du siècle si le réchauffement se poursuit sans relâche » avait affirmé le GIEC à la sortie de son rapport

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Plus son pH diminue, moins l’océan peut absorber le CO2 de l’atmosphère. Selon le rapport du GIEC, «il est possible d’affirmer avec une grande certitude que la valeur du pH de surface en haute mer est actuellement la plus basse depuis au moins 26 000 ans et que les taux actuels de variation du pH atteignent des niveaux sans précédent depuis au moins vingt-six millénaires».

Autres chiffres alarmants

— Fonte des glaciers

En moyenne, les glaciers de référence de la planète ont perdu 33,5 mètres d’épaisseur (équivalent glace) depuis 1950, 76 % de cette fonte ayant eu lieu depuis 1980.

L’année 2021 a été particulièrement draconienne pour les glaciers du Canada et du nord-ouest des États-Unis, avec une perte de masse glaciaire record due aux vagues de chaleur et aux incendies de juin et juillet.

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Le Groënland a connu un épisode de fonte exceptionnel à la mi-août et on a enregistré pour la toute première fois des précipitations à Summit Station, le point culminant de la calotte glaciaire, à 3 216 m d’altitude. 

— Catastrophes climatiques

Les inondations ont entraîné un préjudice économique de 17,7 milliards de dollars des États-Unis dans la province chinoise du Henan, et l’Europe occidentale a connu à la mi-juillet des inondations comptant parmi les plus graves jamais enregistrées, avec des pertes économiques supérieures à 20 milliards de dollars en Allemagne. Le bilan humain a également été très lourd.

L’ouragan Ida a été le plus destructeur de la saison dans l’Atlantique Nord, touchant terre en Louisiane le 29 août et occasionnant des pertes économiques estimées à 75 milliards de dollars aux États-Unis.

— Sécheresse extrême 

La sécheresse a touché de nombreuses régions du monde, donc la Corne de l’Afrique, le Canada, l’ouest des États-Unis, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan et la Turquie. En Amérique du Sud subtropicale, ce phénomène a provoqué d’importantes pertes agricoles et a perturbé la production d’énergie et le transport fluvial. 

La sécheresse dans la Corne de l’Afrique continue à gagner en intensité en 2022. L’Afrique de l’Est est confrontée à la possibilité bien réelle d’une absence de pluies pour la quatrième saison consécutive, l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie subissant ainsi le plus long épisode de sécheresse de ces 40 dernières années.