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Environnement : peut-on arrêter la lèpre des oliviers ?

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Xylella fastidiosa, la bactérie qui décime les oliviers italiens depuis six ans, est désormais en France. Comment fonctionne ce vecteur de la "lèpre des oliviers" qui affectait déjà les vignobles californiens au 19ème siècle ?

Depuis 2013, les oliviers de la région des Pouilles en Italie sont décimés par la bactérie Xylella fastidiosa. Trois autres pays sont désormais touchés en Europe : l'Espagne, le Portugal et la France. La bactérie a été détectée sur deux oliviers d'ornements dans les Alpes-Maritimes, à Antibes et Menton, il y a quelques jours. Les premières alertes de sa présence en Corse et à Nice, datent de 2015 mais ne concernaient pas des oliviers. La propagation de Xylella fastidiosa n'est pourtant pas une fatalité, loin de là : elle serait plutôt causée par la négligence mais aussi par ce commerce des oliviers qui semble très peu contrôlé. 
 

Une bactérie bien connue venue d'Amérique…

Aux États-Unis, Xylella fastidiosa est connue comme vecteur de la maladie de Pierce qui a fortement touché les vignobles californiens à la fin du 19ème siècle. Elle est également responsable de la "chlorose variéguée des agrumes" au Brésil, depuis la fin des années 1980. Xylella fastidiosa se décline en réalité en six différentes "sous-espèces" qui touchent des centaines de plantes hôtes spécifiques. Chaque variété de plante touchée par la bactérie ne réagit donc pas de la même manière, mais dans le cas de l'olivier, c'est un "complexe du dessèchement rapide" qui survient chez les arbres matures, particulièrement ceux de plus de 30 ans. La bactérie fait un barrage à l'eau et l'empêche de s'alimenter : les feuilles se déssechent jusqu'à la mort de l'arbre. 

Le commerce des plantes mis en cause

En Italie, dans le sud des Pouilles, les champs d'oliviers ont été totalement ravagés, avec un million d'arbres morts depuis l'arrivée de la bactérie en 2013, probablement par l'importation d'arbres importés du Costa Rica. Et c'est désormais en Corse que l'inquiétude grandit : la bactérie — présente sur certaines variétés de plantes — aurait touché pour la première fois des oliviers cette année, selon le syndicat des oléiculteurs de l'île. Cette propagation de la maladie depuis l'Italie à d'autre régions d'Europe n'est pour autant pas une fatalité, ce que le syndicat Oliu di Corsica dénonce, par la voix de de Fabienne Maestracci, sa vice-présidente, interrogée par France Info en août dernier : "En principe, les oliviers ne doivent pas provenir de zones infestées, comme d'Espagne ou d'Italie. Il en rentre quand même sur dérogation. Il en rentre des milliers et des milliers. Comment voulez-vous lutter, quand au nom du fric, on vous dit qu'on ne peut pas arrêter un commerce ?". 

Les responsables de la dissémination de la maladie semblent être avant tout les autorités Italiennes, selon la Commission et la justice européenne, qui a estimé ce jeudi 5 septembre que l'Italie avait "manqué à son obligation de mettre en place des mesures pour empêcher la progression de Xylella". Bruxelles pourrait introduire un nouveau recours pour réclamer des sanctions pécuniaires si Rome ne mettait pas en place les mesures réclamées par la  Cour de justice de l'Union européenne (CJUE).

Comment la bactérie se transmet-elle ? 

La multiplication, l’exportation et la plantation de plants contaminés représentent un risque important de dissémination. De plus, tout insecte piqueur-suceur se nourrissant de sève brute (xylème) est à considérer comme potentiellement vecteur de cette bactérie. Enfin, les outils de taille ou autres outils provoquant des blessures sont suspectés de participer à la dispersion de la maladie de plante à plante. (Site du ministère de l'agriculture)

Des solutions au fléau ? 

Aujourd'hui, les seules solutions connues pour combattre la lèpre des oliviers est l'arrachage des plants contaminés, puisqu'aucun traitement n'a été trouvé pour éradiquer la maladie, même si des études pour un vaccin sont en cours. En France, pour l'heure, le président de la chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes a déclaré s'opposer à l'arrachage des arbres, avant de bien vérifier les résultats d'analyse, pour être certain "qu'il s'agit vraiment de la Xylella fastidiosa pauca qui a contaminé deux oliviers". Des solutions de protection existent, ce que le responsable rappelle : "On peut mettre des filets, surveiller l'arbre, avant de prendre des décisions drastiques et difficiles pour le monde agricole". Un périmètre de lutte a été établi, comprenant l'arrachage des végétaux sensibles à la bactérie, ainsi qu'une surveillance renforcée de tous les végétaux dans un rayon de cinq kilomètres.

En Italie, l'espoir principal réside dans deux variétés d'oliviers qui semblent résister à la souche de Xylella fastidiosa. Des tests sont effectués en inoculant la bactérie à des jeunes plants. Mais remplacer le million d'oliviers décimés prendra du temps si cette résistance s'avère effective : il faut 7 ans avant que les premières olives n'apparaissent sur un arbre et entre 20 à 30 ans pour qu'il produise pleinement, selon les espèces.